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Özgecan est une résistance !

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C'était en 2008. J'avais préparé une série d'articles pour le magazine Aktüel en parcourant les quartiers de Çay et Çilek, où vivaient des Kurdes contraints de migrer de Mardin, Van et Hakkari vers Mersin, après avoir été expulsés de leurs villages dans le cadre d'une politique de déplacement forcé.

Dans l'un des quartiers de Çay et Çilek, une chorale polyphonique avait été créée à l'initiative de Nevit Kodallı, compositeur et chef d'orchestre originaire de Mersin, qui a offert d'innombrables œuvres à l'opéra turc. Composée majoritairement de jeunes talents issus de familles kurdes, la chorale, malgré des moyens limités, avait rapidement connu un grand succès. Le chef de chœur, Engin Aktuğ, un musicien idéaliste, permettait à ces jeunes issus de quartiers pauvres, dotés d'un beau timbre de voix et capables de chanter à l'oreille sans connaître le solfège, d'accéder à la musique. Il formait des altos, des basses, des sopranos et des ténors. J'avais été très impressionnée.

J'y ai rencontré un père et ses deux filles qui chantaient dans cette chorale.

L'une des filles avait 13 ans, l'autre 17.

La plus jeune n'est pas retenue car elle a une « voix d'enfant ». Le père et la fille aînée, dont le timbre de voix est apprécié, sont acceptés dans la chorale. Cependant, chaque semaine, la petite fille vient aussi regarder son père et sa sœur pendant les répétitions.

La fille aînée n'a qu'un seul rêve : devenir une soprano accomplie ! D'ailleurs, un an plus tard, elle obtient une bourse pour intégrer le Conservatoire d'État de l'Université Çukurova à Adana.

Quant à la petite fille, elle ne manque aucun concert de la chorale où chantent son père et sa sœur. Le père et ses filles, qui vivent dans une maison modeste du côté du « quartier des jardins » (Bahçe Mahallesi) dans le quartier de Kiremithane, sont très aimés de tous. Le père dit toujours cette phrase à ses deux filles :

« Il faut avoir un objectif dans le monde extérieur et un rêve immense dans son monde intérieur ».

La petite fille, tout comme sa sœur, tient parole envers son père. Elle est très brillante à l'école. Son plus grand rêve est de devenir la psychologue la plus célèbre de Turquie.

Le nom de cette petite fille est Özgecan Aslan !

**

La vie d'Özgecan Aslan n'a malheureusement pas suffi pour qu'elle devienne la meilleure psychologue de Turquie, mais elle est devenue une héroïne qui a réussi à faire battre des centaines de milliers de cœurs à l'unisson et qui a poussé les femmes à agir avec courage pour lutter ensemble…

Özgecan Aslan est un tournant.

C'est là où les mots s'arrêtent et où l'action commence.

Özgecan Aslan, c'est l'effacement total des définitions de provocation et de circonstances atténuantes des dictionnaires. C'est la détermination des juges à appliquer la réclusion à perpétuité aggravée, et non des remises de peine, à ceux qui tuent des femmes !

Özgecan Aslan, c'est l'obligation pour les mères d'élever leurs filles à égalité avec leurs fils, sans accorder à ces derniers des titres comme « mon prince, mon pacha ».

C'est la prise de conscience pour les pères de montrer leur amour à leurs fils.

C'est l'arrêt, pour les élus, de ces absurdités selon lesquelles « les femmes sont confiées par Dieu aux hommes ».

Tout commence par l'amour égal. Tu aimeras ta fille et ton fils de manière égale. Tu veilleras sur eux de manière égale…

Aujourd'hui, il est temps d'être une personne sage, digne, qui investit du temps dans ses enfants et qui est capable de leur dire « je t'aime » chaque jour, comme Mehmet Aslan, le père d'Özgecan.

 ***

Depuis Özgecan, malgré toutes les pressions et la violence, les femmes sont dans la rue. Nous étions dans la rue hier, nous y serons demain. Car descendre dans la rue pour défendre le droit des femmes à vivre n'est pas un crime.

Depuis le premier jour de l'année 2023, les hommes ont tué 288 femmes en Turquie. La mort d'au moins 228 femmes a été rapportée dans les médias comme suspecte. Ceux qui, en une nuit, se sont retirés de la Convention d'Istanbul, un traité international contraignant pour l'État qui définit la violence contre les femmes comme une violation des droits humains et une forme de discrimination, ont publié hier une circulaire. « Circulaire sur la lutte contre la violence faite aux femmes ! ». Elle prévoirait des mesures avec une approche de tolérance zéro envers la violence.

Si vous reconnaissez l'existence de la violence, pourquoi vous êtes-vous retirés de la Convention d'Istanbul ?

Özgecan a fait ses adieux à la vie en résistant. Elle est partie en semant cette graine de résistance dans le cœur de chaque personne dotée d'une conscience.

Nous ne nous habituerons pas à cet ordre établi.

Nous ne nous tairons pas tant qu'il restera une seule femme victime de violence.

Et nous gagnerons, c'est certain.

Car Özgecan est une résistance !