C'étaient les premières années du gouvernement de l'AKP.
Aux quatre coins du pays, et particulièrement à Istanbul, les actifs de l'État, ses usines et ses banques ont été ouverts aux « investissements » internationaux, conformément à l'ordre de « vente et marketing » donné par Erdoğan.
Un cheikh de Dubaï devait ériger des tours en forme de spirale au cœur d'Istanbul. Comme si la ville impériale d'Istanbul n'avait pas d'histoire ancienne, ces structures étaient portées en une des médias à la solde du pouvoir, sous prétexte qu'elles « deviendraient le symbole du Bosphore dans le monde ».
Les intellectuels, honneur du pays, notamment au sein de la Chambre des architectes et de la Chambre des urbanistes de l'époque, portaient ce système de pillage devant la justice, et comme la haute juridiction n'était pas encore affectée par le clientélisme, des décisions en faveur du pays étaient prises.
Du Galataport, secrètement bradé à Ofer, jusqu'au pillage des mines, des côtes et des forêts...
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Les lois que l'on cherchait à faire adopter à la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM) pour faciliter ces ventes et ce marketing se heurtaient également au veto du président de l'époque, Ahmet Necdet Sezer.
À chaque fois qu'un « mégaprojet » ou une grande opération commerciale était annulé, Erdoğan se plaignait de la justice auprès du peuple. Selon lui, la haute juridiction était le plus grand obstacle aux investissements !
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À mesure que le gouvernement de l'AKP s'est renforcé, il a levé un à un les « obstacles aux investissements » !
Il a anéanti les unités d'inspection et de contrôle. Les inspecteurs des finances et les experts-comptables, sélectionnés et formés comme les bureaucrates les plus éminents du pays, ont été mis au pas des contrôleurs fiscaux.
Les inspecteurs de la Cour des comptes ont été mis sous pression. Ils ont été contraints de dissimuler dans leurs rapports les cas de corruption qu'ils avaient détectés... Au bout d'un moment, ils ont même été empêchés de les écrire !
Ainsi, fort de pouvoir se « débarrasser » du contrôle public, le gouvernement est devenu étranger au droit et à la loi dans ses processus de vente, de marketing et d'appels d'offres. Après tout, personne ne demandait : « Comment avez-vous fait cela ? »
En tant que journaliste ayant enquêté sur la plupart de ces affaires et écrit des livres à ce sujet, je pourrais citer un nombre d'exemples suffisant pour remplir une encyclopédie, à commencer par les hôpitaux municipaux de la période récente.
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L'AKP a semé la peur dans la société et parmi tous les segments luttant pour l'intérêt public grâce à des « opérations » régulières.
Ceux qui s'opposaient haut et fort au système de l'homme seul et à l'économie de la corruption ont été, à une époque, impliqués dans des procès comme Ergenekon et Balyoz. Plus tard, lors du processus de lutte contre le FETÖ, ceux qui dérangeaient le pouvoir ont été accusés d'être des « membres du FETÖ ». Les assassinats de réputation menés par les médias à la solde du pouvoir ont dilué la lutte contre le FETÖ et nui à ce combat.
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L'AKP construisait un système où il ne serait responsable d'aucun de ses actes, ni d'aucune de ses décisions.
La TBMM était également le plus grand obstacle à cette « tranquillité » ! Les questions parlementaires, la Haute Cour, les nombreuses illégalités portées devant la Cour constitutionnelle étaient autant de pierres sur le chemin de cette gestion arbitraire...
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Ayant changé le régime par référendum, l'AKP a mis la TBMM hors jeu en instaurant le pouvoir du Palais.
Avec le nouveau régime, les institutions constitutionnelles ont été bouleversées. La politique a infiltré toutes les institutions de l'État, des directeurs d'école à la haute juridiction.
Désormais, celui qui était proche de l'AKP avait droit au crédit, à l'appel d'offres, à l'emploi, à la nomination et même à sa propre justice !
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La crise déclenchée ces derniers jours autour de la Cour constitutionnelle n'est évidemment pas une coïncidence...
L'État-parti est en train d'être reconstruit de manière à ce qu'aucune voix discordante ne s'élève et qu'aucun contrôle, même minime, ne soit effectué.
Un système d'« impudence et d'insouciance » où le contrôle parlementaire, la Cour des comptes, les inspecteurs et le contrôle judiciaire n'existent plus, où la presse est totalement sous contrôle et où la poignée de médias indépendants restants est étouffée.
Même si la Cour constitutionnelle ne peut être supprimée, ses pouvoirs seront réduits à néant.
Le pouvoir du Palais prend des mesures qui ramèneront la République de Turquie, État de droit laïc, démocratique et social, 200 ans en arrière, malgré tous ses problèmes.
Et cette mentalité, sans regarder la destruction, l'illégalité et la désertification qu'elle a provoquées, dit : « Faisons une nouvelle constitution » !
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