Le fait que les procès ne se terminent pas dans un délai raisonnable et que la durée des procédures soit excessive porte atteinte au droit à un procès équitable. Loin d'appliquer ce droit, le système judiciaire fonctionne d'une manière qui le rend inopérant. Cependant, depuis de nombreuses années, les pouvoirs politiques n'ont pas réussi à trouver de solution au problème de la durée excessive des procédures. Si l'on ajoute à cela, surtout ces dernières années, la politisation de la justice et la perte de son indépendance, la situation devient véritablement insupportable pour le citoyen. Ces obstacles et dysfonctionnements dans le fonctionnement de la justice corrompent la société. Loin de simplement réduire la confiance dans la justice, ils la détruisent presque totalement. La confiance des citoyens envers le système judiciaire est si érodée que, lorsqu'ils cherchent un avocat pour leur affaire, ils ne cherchent pas un avocat compétent, mais un avocat ayant des relations au sein de la justice.
L'incapacité à conclure les procès dans un délai raisonnable, la politisation de la justice et l'atteinte à son indépendance provoquent un effondrement et une décomposition majeurs, tant dans les relations internationales que dans les relations entre citoyens. La baisse de confiance envers la justice a pour conséquence que les investisseurs étrangers ne souhaitent pas investir dans le pays. Les entrepreneurs, estimant ne pas disposer de garanties juridiques dans un environnement judiciaire peu fiable, évitent d'investir en Turquie.
Malheureusement, cette situation au sein de la justice n'a jamais pu être corrigée. Les pouvoirs politiques n'ont pas réussi à résoudre le problème judiciaire. Le problème n'a fait que s'aggraver pour atteindre le stade actuel.
Que va-t-il se passer maintenant ? Voici ce qui doit arriver : Le citoyen doit mettre la main à la pâte. Avant tout, la conscience de la défense des droits doit atteindre le niveau nécessaire chez le citoyen. Et il existe un besoin crucial pour la lutte des citoyens qui ont le courage de défendre leurs droits. Les palais de justice imposants et les juges majestueux siégeant sur leurs estrades ne doivent pas craindre les citoyens. La justice doit son existence aux citoyens.
La conscience de la défense des droits passe par la connaissance et l'application des voies de recours. À cet égard, une mission très importante incombe aux avocats et aux barreaux. La mentalité du « pourvu que cela ne m'atteigne pas, peu importe ce qui arrive aux autres » peut rendre la Turquie invivable. Il est nécessaire d'intensifier la lutte pour la défense des droits, tant contre le pouvoir politique que contre l'institution judiciaire. Il existe un grand besoin de solidarité citoyenne à ce sujet. Quelle qu'en soit la raison, l'État de droit et le droit à un procès équitable ne peuvent être ignorés.
En cas de non-achèvement de la procédure judiciaire dans un délai raisonnable, un droit à indemnisation naît pour ceux dont les droits ont été affectés par les actes judiciaires. Pour défendre nos droits, nous devons bien connaître cette loi. Nous devons avant tout bien connaître les principes de fonctionnement de la commission d'indemnisation.
Selon l'article 4 de la loi n° 6384, la commission d'indemnisation fonctionne selon les principes suivants :
1- Une commission composée de neuf personnes nommées par le ministre de la Justice parmi les juges et procureurs travaillant au sein de l'administration centrale du ministère ainsi que dans ses organismes rattachés et associés est créée pour statuer sur les demandes déposées dans le cadre de cette loi.
2- Le président de la commission est désigné par le ministre de la Justice parmi ces membres.
3- La commission peut également travailler en chambres composées de trois membres, en fonction de la charge de travail.
4- Les présidents des chambres sont désignés par le ministre de la Justice ; la composition des chambres, les membres qui se remplaceront en cas d'absence et la répartition des tâches sont déterminés par le président. Le président est responsable du fonctionnement efficace et harmonieux de la commission et des chambres.
5- Sous réserve des dispositions de l'article 9, aucune autre fonction ne peut être confiée aux membres de la commission jusqu'à la conclusion des demandes.
6- La commission se réunit avec un minimum de sept membres, et les chambres se réunissent avec leur effectif complet ; les décisions sont prises à la majorité simple des membres présents.
7- Les services de secrétariat de la commission sont assurés par le ministère.
8- Les institutions et organismes publics ainsi que les autorités judiciaires sont tenus de transmettre à la commission, sans délai, toute information et tout document dont elle a besoin dans le cadre de ses missions.
9- Dans l'évaluation de la demande et des pièces justificatives, ainsi que dans la détermination du montant de l'indemnité à accorder, la commission est habilitée à effectuer les recherches qu'elle juge nécessaires, à les faire effectuer par l'un de ses membres, ou à demander aux parquets généraux de procéder à une expertise.
10- Les dépenses de la commission sont couvertes par le budget du ministère.
La commission créée par la loi n° 6384 et le recours individuel devant la Cour constitutionnelle, ajoutés aux voies de recours internes dans le but de bloquer les recours des individus devant la CEDH pour violation présumée de diverses dispositions de la Convention européenne des droits de l'homme et d'améliorer le bilan de la Turquie sur la scène internationale, pourraient entraîner de nouveaux problèmes juridiques et injustices en retardant sérieusement le processus de recours devant la CEDH. Cependant, on observe que l'indépendance des autorités judiciaires est sérieusement affaiblie, que le principe de séparation des pouvoirs est endommagé, que les personnes siégeant dans les instances judiciaires ne font pas preuve d'assez de diligence pour comprendre les recours qui leur sont soumis et qu'elles ne s'efforcent pas d'appliquer les dispositions légales existantes avec le soin nécessaire face aux litiges juridiques qui leur sont présentés. Cette situation augmente le nombre de dossiers de recours individuels de la Turquie devant la CEDH.
Tant que la Turquie n'améliorera pas ses instances judiciaires internes en matière de procès effectifs et équitables et de satisfaction juridique, tant qu'elle ne garantira pas l'indépendance des organes judiciaires et ne respectera pas scrupuleusement le principe de séparation des pouvoirs, il sera impossible de réduire le nombre de dossiers de recours individuels devant la CEDH avec des réglementations de type loi n° 6384.
Pour que le droit de recours individuel devant la Cour constitutionnelle et les recours devant la commission créée par la loi n° 6384 produisent des résultats de bonne foi, les personnes qui portent leurs recours devant ces instances doivent être juridiquement satisfaites. Si cela n'est pas garanti, ces deux voies ouvertes ne serviront qu'à retarder le moment où les individus se tourneront vers la CEDH en raison des injustices juridiques subies, et à éroder la confiance envers l'État et le droit chez les personnes ayant subi ces injustices. Un tel résultat, au lieu d'améliorer le bilan de la Turquie devant la CEDH et les institutions juridiques internationales, produira au contraire des résultats qui nuiront à la relation de confiance. À cet égard, il est très important que tant la Cour constitutionnelle que la commission créée par la loi n° 6384 travaillent de manière véritablement impartiale et en faisant du droit universel leur devise afin de traiter les individus de manière équitable.
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