Il y a quelques semaines, alors que le président américain Donald Trump envoyait des messages divergents concernant les relations avec l'Iran et d'éventuels accords, il a parallèlement multiplié les initiatives visant à élargir le processus de normalisation entre les pays du Moyen-Orient, la Turquie et Israël. Dans ce cadre, il a exprimé le souhait que des pays comme l'Arabie saoudite, le Qatar, le Pakistan, l'Égypte, la Jordanie et la Turquie rejoignent les Accords d'Abraham, tout en émettant l'idée qu'à l'avenir, l'Iran pourrait également intégrer cette structure.
Considérés comme l'un des reflets ultérieurs des recherches sur la restructuration du Moyen-Orient, nées des débats sur le « Grand Moyen-Orient » (GMO) en 2003, les Accords d'Abraham ont constitué le fondement du processus de normalisation diplomatique entamé en 2020 entre Israël et certains États arabes. Au-delà de l'établissement de relations diplomatiques, ils sont apparus comme une structure englobant une coopération politique, économique et dans divers autres domaines. Les premiers signataires du processus ont été les Émirats arabes unis (EAU), Bahreïn, le Maroc et le Soudan.
Le facteur iranien et l'évolution des équilibres sécuritaires
La période post-2011 au Moyen-Orient a été marquée par des changements significatifs dans les équilibres de puissance régionaux. L'accroissement de l'influence régionale de l'Iran a conduit les intérêts d'Israël et de certains pays arabes à converger sur un même axe sécuritaire.
Ces pays, qui se sentaient plus en sécurité grâce à la présence américaine dans la région, ont perçu le développement des relations avec Israël — qui tente de combler le vide laissé par le retrait progressif des États-Unis — comme l'un des éléments de leurs politiques de sécurité.
Réactions régionales aux accords de normalisation
L'accord de normalisation de 2020 entre Israël et les EAU a été accueilli de manières diverses par les autres acteurs importants de la région. La Turquie et l'Iran ont exprimé leur opposition aux accords, notamment en raison de la question palestinienne.
Alors que l'Iran a jugé négativement l'accord entre Israël et les EAU en termes d'équilibres régionaux, la Turquie a attiré l'attention sur les répercussions de ce processus sur la question palestinienne.
Face à la volonté de Trump d'élargir l'accord, l'Arabie saoudite a réitéré, comme elle l'avait fait auparavant, qu'elle ne normaliserait pas ses relations avec Israël sans la création d'un État palestinien. Par conséquent, l'incertitude demeure quant à l'adhésion de Riyad aux Accords d'Abraham. Parallèlement, une initiative visant à créer une nouvelle coopération arabo-islamique, incluant la Turquie, le Pakistan et le Qatar sous l'égide de l'Arabie saoudite, a été évoquée. Cette recherche de structure peut être interprétée comme une tentative de différents pays de créer un terrain diplomatique commun face aux problèmes régionaux.
Le Qatar, à l'instar de l'Arabie saoudite, a insisté sur la résolution de la question palestinienne, affirmant que les processus de normalisation régionale ne devraient pas progresser sans tenir compte de ce dossier.
Le Pakistan, quant à lui, s'est opposé à ce qu'un éventuel accord avec l'Iran soit associé à l'élargissement des Accords d'Abraham ou au processus de normalisation avec Israël. Ne reconnaissant pas Israël, le Pakistan a déclaré que les relations ne seraient pas normalisées tant qu'une solution à deux États ne serait pas mise en œuvre en Palestine.
La Turquie a reconnu Israël en 1949. Parmi les pays ayant déjà établi des relations diplomatiques avec Israël, l'Égypte a signé un accord en 1979 et la Jordanie en 1994. Malgré cela, le fait que Trump remette ces noms sur le devant de la scène peut être interprété comme un message indiquant que ces acteurs pourraient jouer un rôle important dans le façonnement de l'ordre régional.
L'un des éléments les plus importants ayant historiquement rassemblé les États arabes a été la question israélo-palestinienne. C'est pourquoi il a été estimé que pour que les accords de normalisation apportent une paix durable dans la région, les problèmes politiques fondamentaux entre les parties doivent d'abord être résolus.
Cependant, dans la situation actuelle, il n'existe pas d'état de guerre direct entre les pays parties à l'accord. Par conséquent, les Accords d'Abraham sont considérés non seulement comme un processus de paix, mais aussi comme le résultat de l'évolution des intérêts géopolitiques et des calculs de sécurité. La concurrence de puissance au Moyen-Orient et les différents domaines d'intérêts ont fait émerger de nouveaux points de divergence plutôt que d'unir les pays de la région autour d'un objectif commun.
L'avenir des Accords d'Abraham
On peut dire que les accords de normalisation sont un projet qui met en avant la politique régionale des États-Unis et les priorités sécuritaires d'Israël, et qui remodèle la région dans le cadre du GMO, avec Jérusalem en son centre. Ce projet peut également être interprété comme faisant partie d'un changement régional plus large visant à réorganiser les relations d'alliance au Moyen-Orient.
Cette situation, lorsqu'elle est évaluée conjointement avec la recherche d'une coopération arabo-islamique menée par l'Arabie saoudite, indique que de nouvelles alliances pourraient émerger au Moyen-Orient.
Le fait que les Accords d'Abraham n'aient pas progressé aussi fortement qu'à leurs débuts soulève la question de savoir dans quelle mesure les attentes de certains pays ont été satisfaites. C'est pourquoi la volonté de Trump de remettre à l'ordre du jour l'élargissement des accords doit être évaluée tant sous l'angle de la diplomatie régionale que de la concurrence mondiale entre puissances.
Une autre dimension de cette initiative est la tentative des États-Unis de rendre à nouveau visible leur efficacité diplomatique dans la région. On peut estimer que l'administration Trump souhaite, à travers ce processus, à la fois créer un domaine de réussite en politique étrangère et renforcer son soutien en politique intérieure.
En conclusion, les Accords d'Abraham ne sont pas seulement un processus de normalisation diplomatique entre Israël et les pays arabes, mais aussi une partie de la quête d'un nouvel ordre géopolitique façonné autour de l'influence régionale de l'Iran, du rôle des États-Unis au Moyen-Orient et de l'avenir de la question palestinienne.
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