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Les guerres ne commencent pas sur le champ de bataille

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Les guerres ne commencent pas souvent au moment où le premier coup de feu est tiré ; au contraire, elles sont le signe que des tensions accumulées depuis longtemps deviennent visibles. 

L'opération militaire lancée par le Pakistan contre l'Afghanistan le 27 février, bien qu'elle puisse sembler à première vue une nouvelle manifestation des problèmes de sécurité chroniques entre les deux pays, nécessite, au vu du calendrier des événements, une analyse sous un angle plus large. Cette opération, qui cible directement l'administration des Taliban, est loin d'être une manœuvre explicable uniquement par la perspective de la sécurité aux frontières ou de la lutte contre le terrorisme.

Il serait insuffisant de lire le tableau actuel uniquement sous l'angle de la sécurité. En effet, l'opération du Pakistan a eu lieu seulement un jour avant l'attaque d'Israël et des États-Unis contre l'Iran. Ce timing frappant suggère que les développements dans la région ne sont pas indépendants les uns des autres, mais pourraient au contraire être des pièces d'un puzzle stratégique plus vaste.

Dans ce contexte, à une époque où la pression militaire sur l'Iran s'intensifie, l'ouverture d'un front militaire par le Pakistan sur la ligne afghane a remis à l'ordre du jour les débats sur « l'encerclement de l'Iran ». Alors que l'annonce par l'administration des Taliban en Afghanistan de son soutien à l'Iran rend les points de rupture dans la région encore plus évidents, la coopération en matière de défense que le Pakistan développe avec l'Arabie saoudite donne des indices sur une possible confrontation régionale.

Par ailleurs, la politique étrangère multidimensionnelle suivie par le Pakistan ces dernières années attire également l'attention. Tout en maintenant ses relations économiques et stratégiques avec la Chine, Islamabad cherche à se rapprocher à nouveau des États-Unis, tentant en réalité de trouver un équilibre entre les deux grandes puissances. De plus, le retrait des États-Unis d'Afghanistan ne signifie pas qu'ils ont quitté la région ; au contraire, il semble que les États-Unis tentent d'établir une nouvelle politique d'équilibre via le Pakistan.

Dans ce cadre, trois éléments fondamentaux ressortent en arrière-plan de cette stratégie : limiter l'influence régionale de la Chine, équilibrer l'Iran et garder sous contrôle l'accès aux ressources énergétiques et aux terres rares d'Asie centrale. Par conséquent, l'opération du Pakistan contre l'Afghanistan doit être lue non seulement comme une manœuvre de sécurité, mais aussi comme un mouvement économique et géopolitique.

D'autre part, le fait que l'Afghanistan ait récemment réduit sa dépendance économique vis-à-vis du Pakistan pour développer des routes commerciales alternatives avec l'Iran et l'Inde représente une perte stratégique sérieuse pour Islamabad. La tentative de l'Inde de s'ouvrir à l'Asie centrale via le port de Chabahar porte en elle le potentiel d'exclure le Pakistan de l'équation commerciale régionale. Cela montre clairement à quel point les manœuvres militaires sont imbriquées dans la concurrence économique.

Conséquence naturelle de ces développements, la tension actuelle entre le Pakistan et l'Afghanistan a cessé d'être un simple problème frontalier entre deux pays. Cette ligne, qui relie l'Asie du Sud, l'Asie centrale et le Moyen-Orient, devient l'un des nouveaux fronts de la compétition mondiale entre les puissances.

En effet, à une époque où la pression militaire sur l'Iran s'accroît et où les corridors énergétiques et commerciaux sont redessinés, la position géostratégique de l'Afghanistan est devenue encore plus critique. Toute instabilité dans cette zone géographique pourrait affecter non seulement les pays de la région, mais aussi un vaste réseau économique et sécuritaire s'étendant de la Russie à l'Europe.

En conclusion, l'opération du Pakistan contre l'Afghanistan ne peut être considérée ni comme une simple manœuvre de sécurité aux frontières, ni comme un réflexe militaire instantané. Ce développement fait partie d'une chaîne de crises géopolitiques qui émerge simultanément avec la guerre contre l'Iran et qui ne cesse de s'élargir.

Par conséquent, le tableau qui se présente à nous aujourd'hui est très clair : les conflits sur différents fronts sont en réalité des mouvements différents d'un même jeu stratégique. Et ce jeu est désormais devenu assez vaste pour remodeler non seulement les équilibres régionaux, mais aussi les équilibres de puissance mondiaux.