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Ankara face à la capitale du Palais...

Par l'avocat Onur Şahin : Ankara face à la capitale du Palais...

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Ankara face à la capitale du Palais...

Le pouvoir a fermé ou transformé dans les faits la quasi-totalité des institutions de la République.

Au pavillon Huber, que Abdullah GÜL a continué d'occuper longtemps après la fin de son mandat, à Kısıklı, à Silivri, à Dolmabahçe, dans les centres de gestion des institutions les plus importantes transférés à Istanbul, à Sainte-Sophie, à Yenikapı, et au sein des cartels médiatiques ayant changé de main, une autre perception, un nouveau « modèle d'État » a été instauré… Peut-être a-t-on conçu une autre société et un autre pays en se focalisant sur la capitale ottomane.

Comme dans les vers de Tevfik Fikret, un brouillard couvrant toutes les beautés est tombé sur Istanbul. Mais ce brouillard n'affecte pas seulement Istanbul ; il enveloppe tout le pays, l'étouffant de jour en jour sous le poids d'un changement climatique économique et sociologique…

Le brouillard s'épaissit. Ceux qui clament sur les réseaux sociaux et à la télévision : « Nous dominerons à nouveau les 7 continents. Vous avez détruit l'Empire ottoman, nous le ressusciterons », sont constamment encouragés à attaquer la République. Pourtant, au moment où notre ancien État, qu'ils appellent « ottoman », a disparu de l'histoire, il ne restait qu'une poignée de terres anatoliennes, occupées sur trois fronts, avec un sultan déjà soumis et les restes du traité de Sèvres…

On tente de fabriquer une histoire héroïque, absurde, à partir d'une absence de volonté qui, à l'époque, tentait d'arrêter ceux qui résistaient à l'occupation par des fatwas, des décrets, et la Kuvvayı İnzibatiye (Armée du Califat) organisée avec l'argent des Britanniques par un ministère de la Guerre ayant déjà rendu les armes, ainsi que par des organisations collaboratrices, toutes marionnettes de l'impérialisme. En invoquant la « volonté nationale », ils imposent une nouvelle royauté au-dessus des droits de citoyenneté, remplaçant le service de la nation par la servitude envers un maître !

Au fond, les segments qui sont « nationaux » sont à nouveau confrontés à ceux qui se disent nationaux mais qui aspirent à une dynastie théocratique et à un pouvoir autocratique. Plus d'un siècle plus tard, nous revivons une lutte politique dont Istanbul est le théâtre. Les opposants sont internés ailleurs et réduits au silence à Istanbul. Certains opposants sont peut-être même retranchés à Istanbul pour y être politiquement anéantis. L'Anatolie est ignorée et toute la stratégie est imposée depuis Istanbul. Les héros, les faux héros, ceux qui mènent des opérations contre tous ceux qu'ils jugent dangereux sans en avoir le droit, les cliques des villas qui manipulent les perceptions en vomissant leur haine sur la jeunesse, ceux qui, sur des chaînes de télévision valant des centaines de millions de dollars, manipulent l'esprit des citoyens devant des cartes qui plaisent au pouvoir, sont tous à Istanbul…

Mais dans l'Istanbul d'aujourd'hui, il y a bien sûr aussi ceux qui résistent à l'autre Istanbul, celle décrite par Yakup Kadri dans Sodome et Gomorrhe. Les membres du groupe Mim Mim, les braves de la Société Karakol décrits par Kemal Tahir dans Les Gens de la ville captive, ou les ouvriers du tabac de Cibali, les ouvriers patriotes de l'Imalat-ı Harbiye, même s'ils sont désorganisés sous leurs formes actuelles, ne se sont pas encore rendus. Dans une lutte inégale, ils ne sont pas peu nombreux à ne pas se laisser dominer par la peur…

Selon Clausewitz, la politique est une « guerre de basse intensité ». Selon Sun Tzu, le grand maître de la théorie de la guerre dont les enseignements inspirent également la théorie politique, la première condition pour gagner un combat est d'analyser correctement sa propre force et celle de son adversaire. Ceux qui subissent la déroute à Istanbul et ceux qui crient leur défi doivent avant tout réfléchir sainement. Ils doivent analyser leur force et celle de leurs rivaux.

Les mouvements réactionnaires, tranchants et irrationnels mènent à des résultats difficiles à réparer. Ceux qui ne sont pas conscients de leurs propres moyens et qui ne perçoivent pas toutes les dimensions de la force de leur adversaire sont voués à la frustration. Pourtant, pour faire fonctionner la démocratie et le droit face à une tyrannie qui n'a aucun souci de légalité, il est nécessaire de construire une stratégie patiente et courageuse, exigeant une intelligence collective et une légitimité partagée par tous les citoyens. Seule l'unité d'objectif et de pensée de toute la société, et non celle d'individus, peut apporter des victoires politiques.

Si le fait de te mettre en avant et de te positionner comme une force ou une alternative face à l'adversaire, à mesure qu'il te persécute, signifie tomber dans un piège, alors tu ne dois pas avancer dans ce piège avec ton ambition et ton aveuglement. Car si tu gonfles comme un ballon et que tu donnes l'opportunité à ceux qui peuvent faire éclater ce ballon par un mouvement éthique ou non au moment le plus critique, tu en feras payer le prix non seulement à ton entourage, mais à toute la société...

Aujourd'hui, à Istanbul, il existe des projections différentes et « contemporaines » du bataillon Bekir Ağa, de la caserne d'artillerie et des lieux de torture de l'hôtel Kroker. Les institutions qui ont façonné l'État national ou protégé les fondements nationaux de la République de Turquie, comme l'Académie de médecine militaire (GATA), le lycée militaire de Kuleli, la caserne de Selimiye, la faculté de médecine impériale (Tıbbıye-i Şahane) où furent posées les bases du Comité Union et Progrès, ou encore l'École navale, ont été liquidées.

Ils ont construit les plus grands palais de justice du monde dans la ville qu'ils considèrent à nouveau comme leur capitale. Il est évident que la justice n'est pas rendue dans ces palais de justice situés juste à côté du Monument de la Liberté, qui abrite les tombes de Talat, Enver, Mahmut Şevket et Mithat Pacha… Ils ont construit l'une des plus grandes prisons du monde à Silivri, Istanbul. Avec son froid glacial et ses conditions de fer, les opposants sont intimidés et cette prison est remplie de prisonniers d'opinion…

Il est utile de réfléchir à la raison pour laquelle le monument de Mustafa Kemal, œuvre de Krippel à Sarayburnu, a été érigé là au début de la République. Selon l'emplacement dudit monument, la figure en bronze du pionnier de la révolution turque et des Lumières anatoliennes tourne le dos au palais et fait face à l'Anatolie.

Une lutte démocratique qui ne s'appuie pas sur Ankara et l'Anatolie, et qui n'englobe pas tout le peuple, ne peut réussir à Istanbul, devenue de facto la capitale d'un autre pouvoir et d'une autre perception.

Les partis d'Ankara favorables à Atatürk et au droit républicain doivent abandonner leurs querelles d'ego, leurs marchandages de députés et leurs calculs de carrière personnelle. Si une position de pensée dépassant les partis n'est pas créée avec toute l'Anatolie face à ce qui se passe à Istanbul, le « brouillard qui envahit Istanbul » étouffera bientôt tout le pays.

Il n'est pas possible de tracer une direction pour la nation turque en déclarant : « Je me proclame ici votre leader naturel luttant contre les négativités existantes ». De plus, alors qu'Istanbul est confrontée non seulement à un danger idéologique mais aussi à un risque de destruction géologique majeure, personne ne devrait se voir comme un sauveur. Chaque politicien patriote doit participer à un effort collectif, une entraide nationale, contribuant à une conscience nationale visant à sortir le pays de l'impasse. Il doit mettre son ego et ses désirs sous ses pieds. Il faut douter de ceux qui ne font pas cela quant à leur souci pour la patrie et les citoyens…

Aujourd'hui, l'opposition est enfermée dans de nombreux étaux, y compris celui d'être coincée entre un sectarisme sunnite arabophile et un alévisme kurdiste. Le système voudra déterminer lui-même l'opposition de façade ainsi que l'adversaire à sa mesure. Pourtant, un nationalisme laïc et contemporain est notre seule issue.

Pour être un intellectuel ou un opposant inconscient, chaque étiquette, de droite ou de gauche, est jugée élégante et respectable, seule la « turcité » est considérée comme problématique. Ceux qui prétendent « vaincre le pouvoir », avec une expérience approchant le quart de siècle, se déshonorent en ne s'appuyant pas sur la turcité et l'identité nationale, mais en espérant de l'ethnicisme, du sectarisme et du capital ennemi du peuple. Mais comme à chaque tournant vital, le dernier mot sera nécessairement prononcé par la majorité silencieuse et opprimée. Ceux qui tentent de concevoir la société pour leur patron en étant financés sur les réseaux sociaux ou dans leurs chroniques perdront. Le Turc raisonnable et modeste, c'est-à-dire le vrai citoyen kémaliste, mettra certainement fin à cette équation et à la pourriture vécue avec son pouvoir et son opposition.

Il suffit que la majorité qui croit en la République aligne ses institutions politiques sur les valeurs fondatrices et les codes fondamentaux, et qu'elle n'accepte pas les jougs que les marchands de politique aux allures d'opposants veulent lui imposer… Salutations à Ümit Özdağ et à tous les enfants de la patrie prisonniers d'opinion. Ceux qui font confiance à la noble nation turque réussiront tôt ou tard à dissiper tous les brouillards et à permettre à la chère patrie de respirer.


Source de l'actualité: 12punto

Onur Şahin