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Procès en annulation de la mise sous tutelle par Ahmet Özer : Voici la défense d'Özer...

Le maire d'Esenyurt, Ahmet Özer (CHP), destitué et arrêté, a comparu devant le juge dans le cadre du procès qu'il a intenté pour annuler la nomination d'un administrateur judiciaire (kayyum) à sa place. Qualifiant la pratique de la mise sous tutelle de coup porté à la volonté populaire, M. Özer a déclaré : « Ce n'est pas seulement mon procès ; c'est celui de Şişli, d'Ovacık et de 156 municipalités. » Le tribunal rendra sa décision après avoir examiné le dossier.

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Procès en annulation de la mise sous tutelle par Ahmet Özer : Voici la défense d'Özer...

L'audience concernant le procès en « annulation de la mise sous tutelle » intenté par le maire d'Esenyurt, Ahmet Özer (CHP), destitué et remplacé par un administrateur judiciaire, s'est tenue à Istanbul. 

Prenant la parole devant le tribunal, M. Özer a évalué cette pratique non seulement sous l'angle personnel, mais comme une violation de la foi du peuple dans les urnes et de l'ordre constitutionnel.

Dans sa défense, M. Özer a déclaré :

« Je ne suis pas ici aujourd'hui uniquement en mon nom propre. Je suis ici pour la restauration des articles 2, 5 et 127 de notre Constitution, qui ont été violés. Je suis ici pour m'opposer à ceux qui pensent pouvoir interpréter et appliquer les lois à leur guise simplement parce qu'ils sont au pouvoir. Aujourd'hui, je suis ici pour les 156 municipalités placées sous tutelle. Je suis ici pour Şişli et Ovacık. »

LA DÉFENSE D'ÖZER

Voici la défense présentée par M. Özer lors de l'audience :

1- Je ne suis pas ici aujourd'hui uniquement en mon nom propre. 

Je suis ici pour les droits et la justice du 1,5 million d'habitants d'Esenyurt.

2- Je ne suis pas ici aujourd'hui uniquement en mon nom propre. 

Je suis ici pour les 228 000 personnes qui ont voté pour moi, pour leur droit de vote et d'éligibilité. Je suis entré en fonction avec la voix, la parole et les salutations de 227 608 électeurs. Ce chiffre n'est pas qu'un nombre ; ce chiffre est un peuple. Ce chiffre est une volonté, une souveraineté, une décision constitutionnelle. 

La volonté que je représente n'est pas seulement celle d'un parti politique, mais celle de ceux qui ont été marginalisés, ignorés et méprisés pendant des années. 

Ce qui est en jeu ici aujourd'hui, ce n'est pas seulement une violation individuelle des droits, mais une spoliation sociale, un ébranlement de l'ordre constitutionnel et une rupture de la foi du peuple en son avenir. Car la question n'est pas seulement celle d'un siège ; c'est le fait que le titulaire de ce siège a été déterminé par la volonté du peuple. Et cette volonté a été spoliée par un acte administratif, sous prétexte de l'existence d'un dossier d'enquête.

3- Je ne suis pas ici aujourd'hui uniquement en mon nom propre. 

Je suis ici aujourd'hui pour la restauration des articles 2, 5 et 127 de notre Constitution, qui ont été violés. 

4- Je ne suis pas ici aujourd'hui uniquement en mon nom propre. 

Je suis ici aujourd'hui pour corriger les erreurs de ceux qui pensent pouvoir interpréter et appliquer les lois à leur guise simplement parce qu'ils sont au pouvoir. 

5- Je ne suis pas ici aujourd'hui uniquement en mon nom propre.

Je suis ici aujourd'hui pour les 156 municipalités placées sous tutelle. Je suis ici pour Şişli et Ovacık.

Par conséquent, la décision que vous prendrez ici aujourd'hui marquera un tournant pour le droit administratif turc. 

EN CONCLUSION

Je suis ici pour défendre les droits des électeurs de la municipalité d'Esenyurt, qui possède la population la plus nombreuse de Turquie. La décision que vous rendrez dans ce procès déterminera si les droits de près d'un million de citoyens seront bafoués ou non. C'est pourquoi vous pouvez considérer que des centaines de milliers de personnes se joignent à moi dans ce procès...

De plus, compte tenu du processus de paix en cours, le résultat de ce procès sera une décision historique dans la mesure où il concerne également les autres municipalités placées sous tutelle jusqu'à présent. Par ailleurs, cela soulagera considérablement les partis politiques menant le processus de paix (tant le pouvoir qui met en œuvre les pratiques de tutelle que les partis qui ont été confrontés à ces pratiques). 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les juges,

1- LE SENS DU VOTE ET LES GARANTIES CONSTITUTIONNELLES SONT MENACÉS.

« JUSTICE DANS LA PARTICIPATION »

L'élection n'est pas seulement une procédure ; c'est une déclaration de volonté sacrée par laquelle le peuple exerce sa souveraineté. Cette déclaration repose sur le principe exprimé à l'article 6 de notre Constitution : « La souveraineté appartient sans condition à la nation. » La manifestation la plus concrète de la souveraineté est le droit de vote, régi par les articles 67 et 127. L'article 127 est clair : les organes des administrations locales sont élus par le peuple et ne peuvent être temporairement suspendus de leurs fonctions qu'en raison de crimes liés à leurs fonctions.

Cependant, aujourd'hui, ces garanties constitutionnelles ont été réduites à des formules écrites sur une ligne ; la volonté exprimée par le peuple dans les urnes a été annulée par des actes administratifs. Un dirigeant élu par le peuple a été suspendu de ses fonctions par une simple interprétation administrative. Cette situation n'est pas seulement une violation de la Constitution ; c'est aussi une atteinte à l'intelligence, à la dignité et à la souveraineté du peuple.

Le mandat que je détiens n'est pas un morceau de papier, c'est la volonté scellée du peuple. Bafouer ce mandat, c'est ignorer le droit constitutionnel non pas d'un individu, mais de 227 608 citoyens. 

Une fonction obtenue par élection n'est pas seulement une autorité politique, c'est un contrat social passé avec le peuple. La résiliation unilatérale de ce contrat, sans l'approbation du peuple, est une situation inacceptable non seulement du point de vue de la science politique, mais aussi du point de vue des valeurs morales et démocratiques.

C'est là tout le sens des urnes : le peuple élit qui il veut et seul le peuple peut le démettre de ses fonctions. Lorsque ce principe est ébranlé, l'édifice de la démocratie s'effondre et la représentation se vide de son sens.

2. IL Y A SPOLIATION DE LA LÉGITIMITÉ DÉMOCRATIQUE.

« CONSENTEMENT ET 3 MODES DE GESTION »

 La démocratie commence par le respect de la volonté du peuple, par la permission donnée au représentant de cette volonté d'exercer librement ses fonctions et, surtout, par la reconnaissance des résultats des élections. 

Cependant, aujourd'hui, la légitimité démocratique est anéantie par la destitution de dirigeants élus par le peuple sur la base d'accusations abstraites n'ayant pas fait l'objet d'un processus judiciaire. Une telle pratique ne nourrit pas l'ordre social démocratique, mais le régime de tutelle bureaucratique. Car dans un système où celui qui est nommé à la place de l'élu tire son pouvoir non pas du peuple, mais de l'approbation du centre, le peuple est réduit à une position de spectateur.

L'histoire est pleine d'exemples honteux où la volonté populaire a été spoliée par des personnes nommées.

    • L'Amérique latine du XXe siècle

    • L'Allemagne nazie

    • Le système soviétique

Cette situation signifie que la volonté non pas d'un seul dirigeant, mais de tout un peuple est invalidée. Lorsqu'un maire est destitué, ce n'est pas seulement un sous-préfet ou un gouverneur qui prend sa place ; c'est une administration fantôme, une tutelle centrale qui s'installe pour exercer la volonté à la place du peuple.

Aujourd'hui, ici, c'est autant l'avenir d'Esenyurt que la démocratie turque qui sont jugés. C'est clairement le terrain d'une transition de l'ordre constitutionnel vers un régime autoritaire.

2. LES PRATIQUES DE TUTELLE SIGNIFIENT UNE RUPTURE SOCIALE.

« 156 ADMINISTRATEURS NOMMÉS DEPUIS 2016 » LES URNES ONT ÉTÉ RENDUES VAINES.

Cette situation a brisé la foi des électeurs dans les urnes, affaibli la conscience citoyenne et profondément ébranlé la participation politique.

Avec ce processus, la volonté des électeurs n'a pas seulement été malmenée ; elle a été mise sous hypothèque par des mécanismes systématiques et administratifs. La destitution d'un élu sans décision judiciaire et son remplacement par une nomination constituent une invalidation effective du droit du peuple à se gouverner lui-même. L'électeur a appris que, quel que soit le candidat pour lequel il vote, ce choix peut être annulé à la discrétion du centre ; par conséquent, les élections sont réduites à une simple formalité et la démocratie à une étiquette vide de sens.

- LA CONSCIENCE CITOYENNE A ÉTÉ LÉSÉE

- LE SENTIMENT D'APPARTENANCE S'EST AFFAIBLI 

- UNE RUPTURE SOCIALE A EU LIEU

Lorsqu'un peuple se rend aux urnes à plusieurs reprises et que son choix est ignoré à chaque fois, le résultat est un recul de la conscience citoyenne, un affaiblissement du sentiment d'appartenance et un approfondissement de la rupture sociale.

Ces pratiques ont renforcé chez les électeurs la conviction que « celui qui arrive par les urnes ne peut pas partir par les urnes », faisant naître le sentiment que les élections ont perdu leur sens. Pourtant, dans les démocraties, les urnes ne sont pas seulement un outil de vote, mais un mécanisme par lequel le peuple exerce son droit de parole sur son propre avenir.

4. MON DÉVOUEMENT PERSONNEL ET MA CHARGE DE REPRÉSENTATION DÉMONTRENT TOUT.

7 ANS DE SERVICE EN 7 MOIS !

Je n'ai pas brigué ce poste par amour du pouvoir, mais par conviction d'être la voix d'un peuple. 

Pour moi, la mairie était un métier consistant à toucher le peuple au plus près, à partager ses peines et à grandir avec ses espoirs. 

Je n'ai compté ni mes jours ni mes nuits. J'ai marché dans chaque quartier d'Esenyurt, j'ai parlé avec les gens dans chaque rue. 

Cette nuit d'élection... J'ai croisé les regards de centaines de milliers de personnes. Aujourd'hui, je suis obligé de dire à ces gens : « Votre maire est toujours à vos côtés, mais son autorité lui a été retirée. » 

5. CET ACTE EST DÉPOURVU DE FONDEMENT JURIDIQUE ET REMPLI DE VIOLATIONS CONSTITUTIONNELLES. 

ARTICLE 127 DE LA CONSTITUTION

Notre Constitution a clairement fixé cette limite. Selon l'article 127, les organes des administrations locales sont déterminés par élection et ne peuvent être temporairement suspendus de leurs fonctions qu'en raison de crimes liés à leurs fonctions. 

- DÉCRET-LOI N° 674 DE LA PÉRIODE D'ÉTAT D'URGENCE

- AJOUTS AUX ARTICLES 45 ET 46 DE LA LOI SUR LES MUNICIPALITÉS

Il s'agit des dispositions ajoutées aux articles 45 et 46 de la loi sur les municipalités par le décret-loi n° 674 promulgué pendant la période d'état d'urgence. 

6. AU NOM DU DROIT, AU NOM DU PEUPLE, JE VEUX LANCER UN APPEL.

Monsieur le Tribunal,

Aujourd'hui, vous n'avez pas seulement devant vous un acte administratif, mais une question vitale concernant le droit constitutionnel du peuple et sa confiance dans la démocratie. Ce procès n'est pas seulement une demande technique d'annulation concernant la destitution d'un maire. Ce procès est un test pour savoir si la volonté du peuple se reflète dans la gestion et si l'État de droit démocratique est toujours en vigueur.

Je suis professeur de sciences politiques et de sociologie. Pendant des années, j'ai enseigné dans les salles de classe la souveraineté populaire, la légitimité démocratique et les théories de la représentation. Aujourd'hui, je vois en direct comment ces enseignements sont ignorés sur le terrain, comment celui qui arrive par les urnes est destitué par des méthodes extra-volontaires. Et ce que j'attends de ce tribunal, ce n'est pas seulement une évaluation juridique, mais une décision prise avec une responsabilité historique et sociale.

Ce procès est l'un de ceux qui déterminent l'avenir non pas d'une personne, mais de la démocratie.

Je ne défends pas seulement mon devoir, mais le vote, la foi et le droit constitutionnel de mon peuple. En quittant cette salle, ma seule attente est la suivante :

Que le droit protège la volonté du peuple.

Que le tribunal défende la démocratie.

Que la décision soit rendue au nom du peuple.

« SUIS-JE DEVENU MEMBRE D'UNE ORGANISATION TERRORISTE UNE FOIS MAIRE ? »

Ce terme d'organisation terroriste me met très mal à l'aise. J'ai occupé de nombreuses fonctions jusqu'à présent, je suis quelqu'un dont l'avis a été sollicité personnellement par le président du Parlement en 2011 et 2012. Je suis quelqu'un qui a représenté la Turquie à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Alors que je faisais tout cela, je n'étais pas membre d'une organisation terroriste, et je le serais devenu une fois maire d'Esenyurt ? 

C'est la première fois de ma vie que je suis devant un tribunal et j'en suis très attristé.

Si je n'avais pas été maire aujourd'hui, le gouvernement m'aurait dit, dans le cadre de ce processus de résolution : « Viens nous soutenir ».


Source de l'actualité: 12punto

Maire d'Esenyurt Ahmet Özer tutelle administrateur judiciaire CHP