Déclaration de théologiens sur la « charia » : « Elle n'est pas synonyme d'Islam ni de religion »

À travers une déclaration qu'ils ont signée, des théologiens ont attiré l'attention sur le débat stérile et dangereux dans lequel on tente d'entraîner la Turquie. Les théologiens ont fait des déclarations importantes concernant la « charia » dans le texte qu'ils ont publié.

12punto

Les théologiens ont utilisé les termes suivants dans la déclaration qu'ils ont publiée :

La charia n'est pas synonyme d'Islam

En ces jours où nous avons dépassé le 100e anniversaire de notre République, notre société est entraînée dans un débat stérile et dangereux. Ce débat est celui de la charia, qui contient une ignorance telle qu'on pourrait presque parler d'une religion contre la religion, ou d'un Islam contre l'Islam.

Le mot charia, qui possède de nombreuses significations dans la langue arabe, correspond sur le plan terminologique au mot droit dans notre langue. Les lois qui se réfèrent aux croyances religieuses ainsi que celles fondées sur une vision du monde laïque et séculière sont exprimées par le mot charia en langue arabe.

C'est pourquoi tenter de présenter la charia comme un concept identique à la religion et à l'Islam est contraire à la réalité.

Le concept appelé charia islamique n'est pas l'Islam lui-même.

En effet, très peu de règles de la charia ont pour source des versets du Coran. La plupart de ces versets sont également conjoncturels et contiennent des dispositions qui doivent être comprises et interprétées dans le cadre des circonstances de leur révélation (asbab al-nuzul).

Dans l'histoire de l'Islam, on ne peut parler d'une conception de la charia qui soit holistique et unique. Il existe des dizaines d'interprétations et d'applications de la charia concernant les questions de jurisprudence (fiqh) ainsi que les questions théologiques qui en constituent le fondement. Ces interprétations et applications reflètent des jugements jurisprudentiels (ijtihad) issus des opinions divergentes des compagnons du Prophète, de certains hadiths dont l'authenticité est débattue, et de certaines déductions rationnelles des érudits islamiques, qui se contredisent à bien des égards.

Quelle que soit l'école de charia concernée, il est clair qu'aucune d'entre elles, en termes de règles qu'elle contient, n'est structurée pour répondre à la vie sociale actuelle, aux besoins humains, aux droits et libertés fondamentaux, et encore moins aux problèmes juridiques contemporains. Dans ces conditions, il n'est pas possible de donner du crédit aux demandes de charia qui ne tiennent pas compte de l'évolution juridique vécue par l'humanité et les musulmans.

En ce qui concerne l'identité individuelle, l'égalité entre les hommes et les femmes, les relations économiques, le concept de crime et de châtiment, le droit de la famille, le système politique et les études scientifiques, le droit de la charia, bien qu'il ait contenu les premières applications menant au changement et à la transformation dans la société arabe de l'époque, n'est aujourd'hui qu'un amas de règles sans applicabilité, qui ne peut avoir de sens que dans le cadre de cours d'histoire du droit à l'université. En d'autres termes, les règles de la charia n'ont pas d'équivalent dans la vie actuelle qui soit digne de la dignité humaine.

Le fait qu'elle inclue la polygamie, l'institution de l'esclavage, le mariage des enfants, la pratique de la séparation des sexes, l'infériorité des femmes en termes de droits, l'exécution des apostats et le takfirisme, le fait qu'elle soit trop simpliste pour répondre aux relations économiques complexes d'aujourd'hui dans le contexte des thèses économiques, et qu'elle prévoie un régime autoritaire et totalitaire en termes de système politique, rend la charia loin d'être acceptable et impossible à appliquer.

La religion islamique est absolument distincte de la charia en tant que principes de foi, de culte et de morale.

Bien que la charia soit inapplicable, la religion islamique est la dernière religion divine, vécue depuis des siècles et qui sera toujours vécue à l'avenir, avec ses principes de foi, ses pratiques telles que la prière, le jeûne, le pèlerinage, l'aumône (zakat), etc., et sur le plan moral, avec sa compréhension du licite et de l'illicite. L'Islam est sacré et trop précieux pour être limité par la charia.

Comme le disait le grand érudit islamique Abou Hanifa, la religion est la croyance en l'unicité (tawhid) qui existe depuis Adam, et elle ne change jamais. Mais la charia change. En effet, tout au long de l'histoire, il y a eu une charia différente pour chaque communauté.

Comme indiqué dans la Mecelle de l'Empire ottoman : « On ne peut nier que les jugements changent avec le changement des temps. » Cependant, cela ne s'applique évidemment pas à la religion. La religion est fixe et le contraire ne peut être envisagé.

À la lumière de ces réalités, en tant que théologiens, nous invitons tout notre peuple, tout en vivant notre chère religion qu'est l'Islam, à protéger notre État, la République de Turquie laïque et démocratique, qui est l'héritage du grand Atatürk et de nos martyrs.

Il ne faut pas oublier que la laïcité est également d'une importance vitale pour que la religion puisse être vécue correctement et librement. Avec la compréhension que la religion de l'État est la justice, nous devons protéger et renforcer notre unité et notre intégrité nationales contre toute forme de discrimination religieuse et confessionnelle.

Nous le déclarons respectueusement à l'opinion publique.

SIGNATAIRES

Cemil KILIÇ (Théologien et écrivain)

Şahin FİLİZ (Prof. Dr. en théologie)

Mustafa ÖZTÜRK (Prof. Dr. en théologie)

İsrafil BALCI (Prof. Dr. en théologie)

Hatice Doğan (Dr. en théologie)

Hakkı Yılmaz (Théologien et écrivain)

Hıdır Temel (Dr. en sciences religieuses)

İdris ŞAHİN (Théologien)

Yaşar KOÇER (Théologien)

Fikret EROĞLU (Théologien)

Halis DİNÇER (Théologien)

Emine YÜCEL (Théologien)

Mehmet GÖL (Théologien)

Mustafa Sağer (Théologien)