Des enregistrements téléphoniques frappants révélés dans l'affaire du meurtre de Narin Güran : les propos de Salim Güran attirent l'attention
Les conversations téléphoniques de l'oncle Salim Güran concernant le meurtre de Narin Güran, âgée de 8 ans, à Diyarbakır, ont été révélées. Les enregistrements montrent les déclarations contradictoires de Güran et ses tentatives d'induire les autorités en erreur dès les premiers jours de l'affaire.
12punto
À Diyarbakır, dans l’affaire du meurtre de Narin Güran, 8 ans, les enregistrements téléphoniques de son oncle Salim Güran, jugé avec une demande de réclusion à perpétuité aggravée, ont été révélés.
Dans les enregistrements, l’inquiétude de l’oncle Güran transparaît dans ses propos, tandis qu’il apparaît qu’il a tenté de tromper les autorités dès le premier jour.
Selon les informations d’Özgür Cebe de Sözcü, l’enregistrement audio de Salim Güran, l’oncle de Narin Güran, détenu dans le cadre de l’affaire et qui était alors également le muhtar du village, révèle de nombreux éléments.
Dans les enregistrements téléphoniques en turc et en kurde de ses échanges avec le commandant de la gendarmerie ainsi qu’avec les villageois, le fait qu’il ait répété à plusieurs reprises les mots « le canal et les Roms l’ont enlevée » a attiré l’attention.
Il est apparu que, lors de ses conversations avec 70 personnes différentes, enregistrées grâce à un programme d’enregistrement audio qu’il avait téléchargé sur son téléphone, Güran avait déclaré que Narin avait soit pu entrer dans l’eau et se noyer, soit avoir été enlevée par deux femmes roms venues au village.
« MON COMMANDANT, LA FILLE DE MON FRÈRE A DISPARU »
Dans ces conversations, c’est d’abord la fille de Salim Güran qui l’appelle et lui dit : « Papa, ils disent que Narin a disparu ».
Salim Güran demande alors : « Comment a-t-elle disparu ? ».
Il appelle ensuite le commandant du poste de gendarmerie et dit : « Aleyküm selam, mon commandant. Excusez-moi de vous déranger, mon commandant. Je suis actuellement au champ. Les enfants m’ont appelé. La fille de mon frère a disparu. Les villageois, tout le monde s’est levé et la cherche, ils ne trouvent pas la fille ».
Lorsque le commandant demande « Quel âge a-t-elle ? », Salim demande à sa propre fille l’âge de Narin et, après l’avoir appris, répond : « Elle a 8 ans, mon commandant ».
« JE N’AI AUCUNE INFORMATION »
Cette fois, lorsque le commandant demande : « Quand a-t-elle disparu ? », l’oncle répond : « Franchement, personne ne l’a vue depuis l’après-midi. Enfin, tout le village est mobilisé, ils cherchent mais ne la trouvent pas. Je me suis dit que j’allais appeler mon commandant pour l’en informer. Ils viennent tout juste de m’appeler, je suis rentré du champ ».
À la question du commandant, « Qui l’a vue en dernier ? », il répond aussi : « En dernier, les deux filles de mon frère revenaient ensemble. L’une est allée à la maison, l’autre était censée être rentrée chez elle, mais elle n’y est pas allée. Je n’ai aucune information. »
Le commandant dit : « Allah Allah, regardez dans les étables et ainsi de suite, où pourrait-elle aller ? D’accord, nous allons voir ».
L’oncle Salim Güran répond : « Franchement, je ne sais pas, mon commandant, nous avons peur nous aussi, nous cherchons. Tout le village est mobilisé. Que Dieu vous bénisse, merci ».
Le commandant dit : « Regardez aussi dans les étables et ainsi de suite ».
Salim Güran répond : « Nous regardons partout, mon commandant, nous regardons dans les jardins, nous regardons dans les étables. Nous ne nous arrêtons pas, nous cherchons, mon commandant, nous cherchons partout ».
Cette fois, à la question du commandant « Très bien. Quel était le nom de l’enfant ? », Salim Güren répond : "Narin".
À la question du commandant « Quel était son nom de famille ? », il répond aussi « Güran », puis met fin à l’appel en disant « Merci, mon commandant ».
« EST-ELLE TOMBÉE DANS L’EAU ? »
Il dit ensuite à l’un des villageois avec qui il parle en kurde : « La clé de l’école est-elle chez toi ? Apporte-la, allons voir l’école. Les gendarmes vont regarder les images des caméras. Cela fait 1 heure que nous cherchons, la fille a disparu. Ils nous l’ont dit tard, ils nous l’ont dit vers 4 h 30-5 h. Ils disent que la fille a disparu, je viens, cherchons au moins ».
À la question de son interlocuteur, « Où allons-nous chercher ? », il répond : « Nous allons chercher dans le village ».
Ensuite, Salim Güran, qui parle en kurde avec un autre proche, dit : « Je viens d’appeler le commandant du poste, je lui ai dit, ils vont aussi venir d’ici peu. Où cette fille pourrait-elle donc aller, elle a disparu, mon Dieu. Franchement, nous regardons tous, nous cherchons. On l’aurait vue vers 3 h du côté de la maison d’Eno, mais je ne sais pas, et si elle était tombée dans l’eau ou quelque chose comme ça ? Il n’y a pas de garde-corps près du pont, allons voir là-bas, mon Dieu ».
IL DÉSIGNE LE VÉHICULE DE NEVZAT BAHTİYAR
Salim Güran, qui parle de nouveau au commandant, dit : « Que Dieu vous bénisse, mon commandant. Franchement, c’est la fille de mon frère, elle a disparu, elle a 8 ans. On l’aurait vue en dernier à 3 h-3 h 30 dans le village. À ce moment-là, deux personnes ont aussi vu la voiture des Roms. Ils ont vu une vieille voiture rouge, c’est de cela que nous nous méfions. (Le véhicule avec lequel Nevzat Bahtiyar a enterré Narin dans le ruisseau était aussi un véhicule rouge, d’un ancien modèle.) D’accord, mon commandant, venez près de chez moi. Depuis la mosquée, venez à l’endroit où se trouve ma maison ».
« DEUX FEMMES ROMS SONT VENUES »
Dans une autre conversation, Salim Güran répond au téléphone en disant : « Oui, mon commandant ».
Lorsque le commandant demande : « Les soldats arrivent dans 10-15 minutes. Y a-t-il du nouveau ? », il répond : « Non, franchement, mon commandant, nous cherchons, nous ne trouvons pas. Ils ont demandé sa photo, je l’ai envoyée ».
Le commandant demande s’il y a des caméras de sécurité dans le village.
Salim dit alors : « Il y a la caméra de l’école. Que les amis arrivent, nous regarderons ensemble. De toute façon, c’est là qu’elle a été vue en dernier ».
Lorsque le commandant demande s’il y avait des étrangers dans le village et, s’il y en avait, si quelqu’un les avait vus, Salim Güran répond : « Il y aurait eu des étrangers, mon commandant. Il y aurait eu deux femmes roms. Franchement, elles l’emmènent, mon commandant. De toute façon, elle est allée en dernier du côté de l’école. Nous regardons partout, mon commandant, tout le village s’est rassemblé. Que Dieu vous bénisse, mon commandant, merci beaucoup ».
IL DONNE SANS CESSE DES HEURES DIFFÉRENTES
Aux villageois qui lui demandent, inquiets, ce qu’il est advenu de Narin, Salim Güran répond : « Non, franchement, elle a disparu. Nous cherchons encore. Que les soldats arrivent déjà, je les attends, nous regarderons les caméras de l’école. Elle a disparu dans le village, elle n’est plus là depuis 3 h 30-4 h. Venez donc vous aussi, voyons. Fouillons toutes les maisons, cette enfant a 8 ans. Où pourrait-elle aller ? Il ne reste plus aucun endroit, nous avons regardé. Tout le village est debout, et toujours rien. Mon Dieu, ils disent que deux femmes roms ont été vues du côté du pont, nous nous méfions d’elles. Ou bien elle est peut-être tombée dans le canal, c’est ce que nous soupçonnons. J’ai envoyé les jeunes du village. Je leur ai dit de casser ces portes et de regarder partout ».
Ensuite, il donne des instructions à d’autres personnes qu’il appelle pour qu’elles regardent dans le cours de couture et de broderie, les maisons, sous les arbres et partout ailleurs.
« C’EST COMME SI LA TERRE S’ÉTAIT OUVERTE ET AVAIT ENGLOUTI CETTE FILLE »
À un autre villageois qui l’appelle, il dit aussi : « Franchement, c’est comme si la terre s’était ouverte et avait englouti cette fille. Elle a disparu, mon Dieu ».
Au villageois qui demande « Personne ne l’a donc vue ? », il répond : « Il y a des gens qui l’ont vue, elle est allée à l’épicerie. Puis elle est revenue, on l’a vue près de l’école, mais rien, voilà, rien. Il ne reste aucun endroit où nous n’ayons pas regardé, mais rien. Elle n’est pas si petite non plus, enfin, où pourrait aller une enfant de 7-8 ans ? ».
Dans un autre appel, il répond : « Allez voir le canal, le canal. (En faisant référence au canal d’irrigation de la DSİ.) Maintenant, l’AFAD est aussi arrivée. Ils vont aller voir le canal. La gendarmerie, l’AFAD, les gardes, tout le village, tout le monde est mobilisé, mais il n’y a pas de fille. C’est pourtant une fille intelligente, enfin, je n’ai pas compris où elle irait. Maintenant, ils ont aussi amené les chiens. Des recherches sont menées partout avec des appareils thermiques. Il ne reste aucun endroit qui n’ait pas été inspecté. Le poste de gendarmerie s’en occupe ».
Il indique que Narin Güran a disparu vers 3 h 30-4 h, et dit à différentes personnes qui l’appellent qu’elle a été vue jusqu’à 17 h 00-17 h 30.
« SOIT ELLE EST TOMBÉE DANS LE CANAL, SOIT ELLE A ÉTÉ ENLEVÉE »
À la personne qui l’appelle et lui demande « a-t-elle pu être enlevée ? », Salim Güran répond aussi : « Franchement, les entrées et sorties du village sont bloquées. Les véhicules, les plaques, l’État s’en occupe. Ils se sont dispersés partout, les commandos disent que nous regardons partout, mais je ne sais pas comment ils regardent. Peut-être ont-ils leurs propres méthodes, que sais-je. Ma maison, sa propre maison, la maison de Fuat, et puis il y a les jardins. Où pourrait-elle aller d’autre ? Il ne reste que soit elle est tombée dans le canal, soit elle a été enlevée, rien d’autre ne me vient à l’esprit. Ils disent aussi qu’il y a une possibilité qu’elle se soit endormie quelque part ».
IL PARLE AVEC LE FONCTIONNAIRE DE LA DSİ QUI L’A APPELÉ
Après le signalement selon lequel Narin aurait pu tomber dans le canal d’irrigation appartenant aux Travaux hydrauliques de l’État, près du village, Salim Güran répond à la question du fonctionnaire de la DSİ qui l’a appelé, « Sur quoi vous fondez-vous pour soupçonner qu’elle est tombée dans le canal ? », en disant : « Notre maison est proche du canal, voilà, il y a déjà deux soupçons. Le canal, et l’enlèvement ».
Lorsque le fonctionnaire dit : « Si elle était tombée dans le canal, elle serait ressortie, mon frère », cette fois, il demande : « Se pourrait-il qu’elle soit tombée dans le canal d’irrigation et qu’elle soit restée coincée sous la grille ? ».
Le fonctionnaire demande alors l’âge de Narin.
L’oncle Salim dit : « Une fille de 8-9 ans. À cause de la force de l’eau, ou bien les Roms l’ont enlevée ». Le fonctionnaire dit aussi : « Je ne peux pas couper l’eau de ma propre initiative maintenant. Si le parquet rédige un courrier, alors je coupe l’eau immédiatement ».
Salim dit alors : « Voyons déjà, regroupons-nous avec l’AFAD, nous en parlerons ».
« S’ILS ONT UN INDICE QU’ILS SOUPÇONNENT, QU’ILS NOUS LE DISENT AUSSI »
Dans une autre conversation avec une personne qui l’appelle, Salim Güran, faisant référence aux équipes de l’AFAD et de la gendarmerie, dit : « Les gardes de votre village sont aussi venus, tout le monde cherche. Mais s’ils savent quelque chose, qu’ils nous le disent aussi. S’il y a un soupçon ou une situation qu’ils soupçonnent, que nous en soyons aussi informés. S’ils ont trouvé un indice, que j’en sois aussi informé. Le capitaine, le commandant de compagnie, participe lui-même personnellement aux recherches », montrant qu’il se demande aussi si la famille est soupçonnée ou non.
« QUE FERAIT-ELLE DANS LE CHAMP DE MAÏS ? »
Salim Güran, irrité par les villageois qui disent « Avez-vous regardé dans le champ de maïs ? Nous allons aussi regarder là-bas », répond : « Mon Dieu, que ferait l’enfant dans le champ de maïs, au nom de Dieu ? Je ne crois absolument pas qu’elle soit allée là-bas. Si vous y allez, allez-y, mais moi je n’y crois pas. Il est impossible qu’elle y soit allée. Moi aussi, je suis maintenant arrivé près du canal sur le pont. Les gendarmes sont ici. Ils regardent le canal ».
IL AVAIT DIT AVOIR SUPPRIMÉ LES ENREGISTREMENTS
Salim Güran avait déclaré, tant dans sa déposition en garde à vue que devant le tribunal, « avoir supprimé les enregistrements téléphoniques parce qu’il avait parlé avec des escortes ».
Par ailleurs, les images enregistrées par Salim Güran le jour de la disparition de Narin ont été versées au dossier.