Le nouveau cauchemar de l'Europe : ce qui se passe en Turquie peut-il provoquer une vague migratoire ?
Alors que l'Europe redoute une nouvelle vague migratoire en provenance de Turquie, le danger réel pourrait-il s'inverser ? Tandis que la crise économique et les incertitudes politiques s'aggravent, la possibilité que la Turquie devienne un nouveau pays tampon pour les réfugiés est évoquée. L'Europe a-t-elle enclenché le processus pour un nouvel accord migratoire ? Le reportage de Taner Bildik, journaliste pour 12punto.com.tr...
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Taner BİLDİK 12punto.com.tr
La presse britannique consacre ces derniers jours une large place aux troubles politiques et économiques que traverse la Turquie. L'arrestation du maire de la municipalité métropolitaine d'Istanbul, Ekrem İmamoğlu, et les manifestations qui ont éclaté par la suite, ont remis au premier plan l'une des plus grandes craintes de l'Europe : une nouvelle vague migratoire…
The Telegraph, l'un des journaux les plus lus au Royaume-Uni, a publié à ce sujet l'interview d'un passeur. The Sun, qui a repris l'information en une, a également fait part de ses inquiétudes concernant une éventuelle vague de migrants turcs.
Les journaux basés au Royaume-Uni, en particulier, s'appuient sur des analystes et des passeurs pour interroger les répercussions des récents développements en Turquie sur l'Europe.
La plus grande crainte pour le Royaume-Uni est l'augmentation du nombre de personnes venant de Turquie parmi les migrants clandestins traversant la Manche. Un passeur interrogé par le Telegraph déclare : « Les Turcs cherchent désormais eux aussi des moyens de fuir le pays. Ceux qui sont battus lors des manifestations ou qui subissent des violences policières utiliseront cela pour obtenir le droit d'asile en Europe. Ils présenteront les images diffusées dans les médias comme des violations des droits de l'homme et demanderont l'asile. »
Alors, faut-il vraiment s'attendre à une nouvelle vague migratoire en provenance de Turquie ? En réalité, la peur de la presse britannique est infondée. Le nombre de personnes arrivant de Turquie au Royaume-Uni sur de petites embarcations a rapidement augmenté depuis 2022, dépassant une moyenne annuelle de 2 000 personnes. En 2023, ce chiffre a atteint un sommet à 3 058. Supposons que cette peur nouvellement déclenchée ajoute 1 000 personnes de plus à cette liste. Ce n'est pas une migration de la Turquie vers l'Europe qui est probable, mais plutôt une nouvelle vague migratoire vers la Turquie… Comment cela ?
Le processus entamé avec l'arrestation d'İmamoğlu n'a pas seulement agité les rues, il a également paralysé l'économie turque. La livre turque a rapidement perdu de sa valeur, la bourse a touché le fond et les investisseurs ont commencé à fuir. La Turquie a perdu en seulement trois ou quatre jours le redressement économique qu'elle avait obtenu grâce à ses politiques de taux d'intérêt depuis un certain temps.
Le gouvernement va maintenant chercher d'urgence de nouvelles ressources. Car la confiance est ébranlée, tant sur la scène politique intérieure que sur l'arène internationale. À ce stade, les pays européens pourraient se préparer à mettre sur la table un nouvel accord sur les réfugiés avec la Turquie !
UN ACCORD SUR LES RÉFUGIÉS À NOUVEAU SUR LA TABLE ?
Depuis des années, la Turquie retient à ses frontières des millions de migrants, de la Syrie à l'Afghanistan, de l'Iran au Pakistan. L'Europe souhaite que la Turquie maintienne cette fonction de « zone tampon pour les réfugiés ». L'accord migratoire signé avec l'UE en 2016 avait renforcé le rôle de la Turquie dans la protection des frontières européennes. Mais aujourd'hui, la donne change.
À mesure que les difficultés économiques s'aggravent en Turquie, il semble inévitable que le gouvernement demande de nouveaux soutiens financiers à l'Europe. Selon les scénarios évoqués dans les coulisses à Bruxelles, l'octroi par l'UE d'un nouveau fonds à la Turquie est à l'ordre du jour. Un « nouvel accord » pourrait être proposé à Ankara pour durcir encore davantage la politique de maintien en Turquie des migrants venant du Moyen-Orient. Mais qui seront les acteurs de la nouvelle vague migratoire qui débutera au Moyen-Orient ? La Syrie, l'Afghanistan et l'Irak ont déjà connu d'importants flux migratoires. D'où viendra la nouvelle vague ?
Ce n'est pas l'Europe qui déterminera cette migration, mais les États-Unis… La politique du nouveau président Donald Trump au Moyen-Orient décidera si cette vague migratoire aura lieu ou non. Cette déclaration du président américain, qui affirme que « si les Palestiniens émigrent, le problème sera résolu », porte en elle un potentiel de plus de deux millions de nouveaux migrants. Si cela se concrétise, ces migrants resteront-ils en Égypte ou en Jordanie, ou tenteront-ils de mettre le cap sur l'Europe ?
De plus, la réaction de l'Iran au plan de Trump pour le Moyen-Orient entraînera un nouveau problème. Selon les déclarations du directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, le gouvernement iranien adopte une attitude agressive concernant l'expansion de ses capacités nucléaires. Si l'on prend en compte la tension entre l'Iran et Israël, il ne fait aucun doute que la politique de Trump à Gaza et en Iran fonctionnera de manière coordonnée. Une intervention américaine au Moyen-Orient et la réaction militaire de l'Iran à cette intervention pourraient mettre à l'ordre du jour un tout nouveau problème migratoire auquel on ne pense pas aujourd'hui : les migrants iraniens…
QUEL SERA LE RÔLE DE LA TURQUIE AU MOYEN-ORIENT ?
Ce sont précisément ces possibilités qui pourraient amener l'UE, à un stade où elle n'a plus de tolérance pour les migrants, à assigner un nouveau rôle à la Turquie. Et il ne serait pas surprenant qu'une toute nouvelle proposition sur les réfugiés soit présentée à une Turquie en difficulté économique.
Que pourrait contenir cet accord ?
• Le versement de milliards d'euros de soutien pour que la Turquie coupe le flux migratoire vers l'Europe
• L'ouverture par la Turquie de nouveaux camps pour les réfugiés actuels
• Le renforcement de la sécurité aux frontières turques pour prévenir l'immigration irrégulière vers l'Europe
Pour la Turquie, un tel accord pourrait apporter un soulagement économique à court terme. Cependant, il pourrait avoir un coût politique sérieux. Car les difficultés économiques croissantes en Turquie et la réaction grandissante de la population pourraient rendre difficile l'acceptation d'un tel accord par la société.
DES JOURS DIFFICILES ATTENDENT LA TURQUIE ET L'EUROPE
Dans la période à venir, les tensions politiques et la turbulence économique semblent devoir se poursuivre en Turquie. La situation d'Ekrem İmamoğlu est devenue un facteur important qui déterminera également le regard de l'Europe sur la Turquie. Si la crise en Turquie s'aggrave, non seulement la Turquie, mais aussi l'Europe seront entraînées dans une vague majeure.
Maintenant, la vraie question est la suivante : comment la Turquie surmontera-t-elle cette tempête politique et économique ? Quelle proposition l'Europe fera-t-elle à la Turquie ? Et surtout, quelle stratégie la Turquie suivra-t-elle dans ce jeu ? La Turquie jouera-t-elle un rôle de tampon dans le plan des États-Unis et de l'Europe pour le Moyen-Orient ?