Le président Erdoğan : « Nous ne chassons pas les Syriens, le principe du volontariat est essentiel »

Le président de l'AKP et chef de l'État, Recep Tayyip Erdoğan, s'est rendu au Caire pour participer au sommet du D-8. Au retour du Caire, M. Erdoğan a répondu aux questions des journalistes à bord de son avion. Le président Erdoğan a déclaré que de nombreuses questions avaient été abordées lors du sommet du D-8.

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Le président de l'AKP et chef de l'État, Recep Tayyip Erdoğan, a répondu aux questions des journalistes à bord de son avion au retour du Caire, où il assistait au sommet du D-8. Affirmant que de nombreux sujets ont été discutés lors du sommet, le président Erdoğan a déclaré : « Nous avons adopté une déclaration commune sur la situation en Palestine et au Liban. Dans notre déclaration commune, nous avons condamné sans équivoque l'agression du gouvernement Netanyahou en Israël contre le peuple palestinien ainsi que ses violations du droit international. »

Soulignant que la paix au Moyen-Orient ne pourra être assurée que par un cessez-le-feu permanent à Gaza, M. Erdoğan a indiqué que les développements en Syrie figuraient également à l'ordre du jour du sommet.

« Notre désir le plus sincère est la construction d'une Syrie où différents groupes ethniques et religieux vivent côte à côte en paix, et qui soit une source de sécurité pour ses voisins », a déclaré M. Erdoğan, soulignant la nécessité d'éradiquer Daech, le PKK et leurs dérivés, qui menacent la survie de la Syrie.

Indiquant avoir entamé des contacts avec les personnalités de la nouvelle administration syrienne, notamment M. Golani, M. Erdoğan a précisé que le ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, se rendrait en Syrie, ajoutant : « Ils travailleront ensemble à la nouvelle structure. »

Voici les questions posées par les journalistes à M. Erdoğan et ses réponses :

QUESTION : Il y a environ deux mois, lors de votre retour d'une visite au Tatarstan, vous aviez souligné que le PYD et le YPG, branches syriennes de l'organisation terroriste PKK, étaient condamnés à être abandonnés et isolés. Vous aviez déclaré : « L'Amérique porte l'organisation terroriste dans ses bras pendant un certain temps, mais une fois ce délai écoulé, elle sera contrainte de les laisser à leur sort ». Peut-on dire aujourd'hui, au vu de la situation en Syrie, que ce délai est arrivé à échéance ? De plus, certains disaient : « Nous avons appuyé notre dos sur le PYD et le YPG ». Nous voyons que l'organisation terroriste est proche de sa liquidation, que direz-vous à ceux qui se sont appuyés sur cette organisation ?

Les espoirs du PKK/YPG ont été déçus. Les attentes d'Assad étaient différentes, mais elles ne se sont pas concrétisées. Un nouveau tableau a émergé. Le fait qu'Assad se trouve actuellement en Russie est la preuve de la tournure significative des événements. Dans le processus à venir, nos frères en Syrie prendront eux-mêmes les décisions concernant leur avenir. Nous essaierons de les aider sur la manière dont la structure de l'État devrait être organisée. Nous aiderons l'administration syrienne sur la façon dont nos expériences peuvent y être transférées et comment un État peut être remis sur pied dans le cadre d'un nouveau contrat social.

L'une des étapes les plus importantes pour remettre un État sur pied est l'élaboration d'une constitution. À cet égard, nous avons entamé des contacts avec les personnalités de la nouvelle administration syrienne, à commencer par M. Golani. Comme vous le savez, nous avons envoyé le chef de notre Organisation nationale de renseignement (MIT). Notre ministre des Affaires étrangères est déjà en dialogue avec tous les interlocuteurs concernés depuis le début. Nous montrerons également qu'il est temps que les organisations terroristes existantes en Syrie soient neutralisées. Nous le ferons pour qu'aucune menace ne nous parvienne plus jamais du sud de nos frontières. Car il nous est impossible d'accepter un tel risque. L'unique objectif de l'organisation terroriste étant de plaire aux centres qu'elle sert, elle est condamnée à rester seule. C'était vrai hier, c'est vrai aujourd'hui... Mais elle n'aura pas de lendemain. La fin du chemin est en vue pour l'organisation terroriste. Pendant des années, ils ont fait vivre un enfer aux peuples de notre région. Ils ont empoisonné la vie des Kurdes, nos frères, mais aussi des Turcs, des Arabes, des Yézidis et bien d'autres. Il n'y a pas de place pour les terroristes dans l'avenir de la région. La durée de vie de l'organisation terroriste PKK et de ses extensions a expiré. L'environnement de sécurité qui sera établi en Syrie empêchera également le recrutement de militants par les organisations terroristes. Désormais, les voies sont ouvertes pour l'instauration de la paix et de la tranquillité dans notre région. Certains partis politiques de notre pays faisaient des déclarations différentes sur les relations avec la Syrie jusqu'à récemment. Ils ne sont probablement plus en mesure de dire la même chose aujourd'hui. Tous leurs espoirs se sont également effondrés. Si la Syrie parvient à établir une structure véritablement stable avec cette nouvelle formation, elle occupera, à mon avis, une place très forte dans le monde islamique. Aujourd'hui, une Syrie avec une population de plus de 30 millions d'habitants ne peut être ignorée. Les entretiens que nous aurons avec les États-Unis après la prise de fonction de M. Donald Trump sont très importants. Les Russes disent qu'ils n'envisagent pas de fermer leurs ambassades et consulats généraux en Syrie. C'est, à mon avis, une richesse pour la Syrie. Il est utile de maintenir les missions diplomatiques. L'une des choses qui me réjouit le plus est que de nombreux pays, tant du monde islamique que de l'Occident, développent désormais leurs contacts avec M. Golani. Ce sont là aussi des signes de confiance envers la nouvelle administration. Dans la nouvelle période, la Syrie se relèvera, je l'espère, d'une manière très différente.

 

QUESTION : Un autre problème de la nouvelle administration syrienne est qu'Israël profite de cette opportunité pour étendre sa zone d'occupation au sud. Existe-t-il des préparatifs auxquels la Turquie contribuera pour faire appliquer le droit international, comme c'est le cas à Gaza ?

Israël a pris l'habitude de bafouer le droit international. À Gaza, ils ont piétiné le droit international et le monde est resté silencieux. Au Liban, ils ont occupé le territoire d'un État souverain et versé le sang, et le monde est resté à nouveau silencieux. Aujourd'hui, la Syrie est exposée aux imprudences d'Israël. Il existe la résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU de 1967 concernant l'occupation du plateau du Golan par Israël. Cette résolution condamne l'occupation du Golan par Israël et exige son retrait de la région. Il est important que la communauté internationale agisse pour rappeler et faire appliquer cette résolution. Des voix, bien que timides, ont commencé à s'élever dans les pays occidentaux contre l'occupation israélienne. Pourtant, si le monde s'était levé dès que la première bombe israélienne a été lancée sur des civils, Israël n'aurait pas trouvé le courage de franchir cette étape d'occupation aujourd'hui. Tout comme nous ne sommes pas restés silencieux ce jour-là, nous ne sommes pas restés silencieux aujourd'hui face à Israël qui tente d'occuper les terres syriennes, et nous ne le resterons pas. Israël apprendra tôt ou tard que le droit international les lie également. Nous continuerons à acculer Israël sur tous les terrains et à le forcer à agir conformément au droit. Cependant, tous les mécanismes internationaux doivent être utilisés efficacement pour l'empêcher de tirer profit de la situation en Syrie. Ici, une grande responsabilité incombe aux pays occidentaux, à commencer par les États-Unis, pour arrêter Israël. Il doit être exprimé de la manière la plus forte que l'occupation des terres syriennes par Israël est inacceptable. Avant qu'il ne soit trop tard, il faut dire « stop » à l'agression israélienne qui menace constamment la paix et la stabilité de notre région. Sinon, le boomerang israélien visera demain ceux qui les soutiennent en toutes circonstances. Ceux qui ont fait la sourde oreille à nos avertissements d'hier ont vu aujourd'hui que nous disions vrai. Pour ne pas avoir de regrets demain, je leur conseille de prendre en compte les avertissements que nous faisons aujourd'hui et de prendre les mesures nécessaires.

 

QUESTION : Vous avez eu un entretien avec le Premier ministre libanais Najib Mikati et, lors de la conférence de presse, M. Mikati a eu une expression remarquable. Il a dit : « Le Liban a traversé une crise, mais nous avons appris une chose : nous devons d'abord faire confiance à Dieu, puis à la Turquie ». Nous vous demandons d'évaluer ces propos.

J'étais avec M. Mikati au sommet du D-8, je lui ai dit : « Votre expression 'Nous faisons confiance d'abord à Dieu, puis à la Turquie' a suscité une réaction très positive et sérieuse parmi notre peuple ». Le fait que M. Mikati exprime sa confiance envers la Turquie est également la preuve que nos efforts sont appréciés. Nous avons prouvé à maintes reprises au cours de l'histoire que nous sommes un port sûr pour nos amis et nos frères. Nous n'agissons pas avec des agendas cachés, ni dans nos avertissements, ni dans les mesures que nous prenons. Nous parlons franchement, nous agissons franchement. Nous ne laissons personne en chemin, nous ne creusons pas de fossé derrière le dos de ceux qui nous font confiance et qui font route avec nous. Dans la sagesse anatolienne, cette compréhension est résumée par : « Nous aimons la création à cause du Créateur ». Le chemin que nous suivons et nos objectifs sont dans cette direction. La discrimination et la division n'ont pas leur place dans notre livre. Hazrat Ali dit : « Si vos cœurs ne sont pas unis, être nombreux en nombre n'a aucun sens ». Notre objectif est d'assurer cette unité des cœurs. Surtout avec les pays et les nations avec lesquels nous avons des liens historiques et culturels, nous déployons des efforts intenses pour créer cette unité. J'espère qu'en renforçant les relations Turquie-Liban, nous remettrons le Liban sur pied dans cette région rapidement. Mais nous devons d'abord résoudre ce problème de l'agression israélienne. Israël doit payer le prix de toute cette oppression et des bombes qu'il a lancées.

 

QUESTION : Alors que le processus révolutionnaire qui a débuté le 8 décembre sur le territoire syrien se poursuit, vous avez mené de nombreux entretiens sur le plan diplomatique. Il y a eu un trafic intense cette semaine, tant en face à face qu'au téléphone. Nous avons été témoins du soutien apporté aux discours de la Turquie concernant l'intégrité territoriale de la Syrie et de la reconnaissance de ses droits. Avez-vous rencontré une opinion divergente lors de vos entretiens avec vos interlocuteurs ?

À vrai dire, je n'ai pas vu d'approche négative à ce sujet. Chaque crise et développement régional et mondial augmente notre trafic diplomatique. Nos entretiens pourraient être un tournant important pour l'avenir de la Syrie, les processus de paix et la coopération internationale. Dans le cadre de notre diplomatie syrienne, j'ai expliqué aux dirigeants que nous avons rencontrés que la Turquie déploie des efforts pour la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Syrie. Le moyen de protéger l'intégrité territoriale de la Syrie passe avant tout par la lutte contre les organisations terroristes. Il y a ceux qui ont une compréhension consistant à protéger le PKK et ses extensions sous prétexte de Daech. Cette approche a conduit la Syrie au bord de la division dans un passé récent. Depuis le début, nous avons lutté et nous luttons contre les éléments du PKK et ses extensions, ainsi que contre les éléments de Daech. Tout comme Daech ne peut pas manifester dans les rues et sur les places des pays occidentaux, le PKK et ses extensions ne devraient pas pouvoir le faire non plus. Il est impératif de lutter contre les structures terroristes partout, non seulement dans les rues et sur les places, mais aussi des espaces sociaux aux domaines culturels. Nous avons une frontière de plus de 900 kilomètres avec la Syrie. Sur toute cette ligne frontalière, nous avons pris des mesures sérieuses pour empêcher les passages, des murs aux contrôles de circulation, contre Assad. À partir de maintenant, avec la formation de la nouvelle administration, nous porterons, je l'espère, les relations Syrie-Turquie vers un tout autre niveau. Il y a probablement quelque chose qui a attiré votre attention. Les bazars d'Alep, les lieux de commerce d'Alep se sont soudainement animés. Lors de ma visite là-bas avant la guerre, à l'époque d'Assad, j'avais vu que le bazar couvert était un lieu animé, tout comme nos bazars couverts. En d'autres termes, il y a de l'histoire, il y a du commerce. Il y a aussi de l'activité en ce moment. J'espère que cette activité apportera l'abondance là-bas.

 

QUESTION : Le président élu des États-Unis, Donald Trump, a fait récemment des déclarations importantes concernant la Syrie, la Turquie et vous-même. Il a des mots élogieux à votre égard. Il dit de vous : « Un homme très intelligent, très fort, très dur, quelqu'un avec qui je m'entends bien ». Que direz-vous à ce sujet, concernant ce qu'il a dit ? Concernant la Syrie, il dit aussi : « La clé de ce qui se passera en Syrie est la Turquie ». Il dit : « La Turquie est derrière les forces qui avancent en Syrie ». Et il ajoute : « Et cela ne me dérange pas ». Que direz-vous à ce sujet ?

Les propos de M. Trump résument sa vision et celle de l'administration qu'il formera dans les mois à venir vis-à-vis de la Turquie. Tout le monde, sauf l'opposition chez nous, est conscient de la force et de l'efficacité de la Turquie. En fait, ils sont aussi conscients de certaines choses, mais comme ils ne sont pas habitués à dire la vérité, ils déforment les faits. Tout le monde, des groupes de réflexion internationaux aux médias, écrit et dessine sur la puissance croissante de la Turquie dans la diplomatie. Nous sommes également conscients de notre force et de notre efficacité. Nous nous efforçons de servir d'une manière digne de notre nation, qui est la source de cette force. Comme je l'ai dit l'autre jour, la Turquie est plus grande que la Turquie. Nous avons pour objectif de protéger nos terres, de développer notre pays et de faire des pas en avant en restant attachés à nos racines. En plus de cela, nous ressentons sur nos épaules la responsabilité de soutenir nos amis et nos frères. Nous avons remis en service notre ambassade à Damas, regardez les sentiments de nos frères syriens qui voient notre nom là-bas. « Le Turc est celui qu'on attend », ce n'est pas une phrase construite au hasard. Les frontières du cœur de la Turquie vont bien au-delà de ses frontières physiques. Dans chaque pays où nous sommes allés, dans chaque géographie où nous avons posé le pied, nous l'avons vu. M. Trump souligne en fait la force et l'efficacité de notre pays en faisant un constat de situation. Que dire face à la vérité ? Les constats sont justes. Il n'y a vraiment aucun problème entre nous. À partir de maintenant, nous avons eu nos entretiens dès le moment de son élection. M. Trump est un politicien pragmatique. Il a la vision de changer les politiques qui génèrent des coûts pour son propre pays et ses alliés. Après la passation de pouvoir, nous ferons probablement nos premières félicitations et commencerons à aborder les sujets à notre ordre du jour avec sincérité.