Que se passe-t-il à la Cour constitutionnelle ? Après le blocage d'Instagram, une ancienne décision a été publiée puis supprimée
L'Autorité des technologies de l'information et de la communication (BTK) a imposé un blocage d'accès à Instagram. De son côté, la Cour constitutionnelle a d'abord publié sur son site internet et ses réseaux sociaux une décision prise par le passé concernant la Direction de la communication, avant de la supprimer environ une heure plus tard.
12punto
L'Autorité des technologies de l'information et de la communication (BTK) a imposé un blocage d'accès à Instagram.
Suite à cette décision de la BTK, une déclaration remarquée a été faite par la Cour constitutionnelle.
La Cour constitutionnelle a publié sur son site internet et ses comptes de réseaux sociaux une décision qu'elle avait rendue par le passé concernant la Direction de la communication. La décision publiée a été retirée du site et des comptes de réseaux sociaux quelques heures plus tard.
Par ailleurs, le site internet de la Cour constitutionnelle est également inaccessible.
CONTRAIRE À LA LIBERTÉ D'EXPRESSION ET DE DIFFUSION
La Cour constitutionnelle a annoncé avoir conclu que les mesures prises par la Direction de la communication dans le cadre de la lutte contre la désinformation constituaient une ingérence dans la liberté d'expression et de diffusion prévue à l'article 26 de la Constitution, ainsi que dans la liberté de la presse prévue à l'article 28.
Voici le communiqué de presse pertinent de la Cour constitutionnelle :
« La Cour constitutionnelle, en date du 27/12/2023, dans le dossier n° E.2020/88, a décidé que les alinéas (c) et (ç) de l'article 6/A, ajoutés à l'article 6 du décret présidentiel n° 14 sur l'organisation de la Direction de la communication par l'article 5 du décret présidentiel n° 66, étaient contraires à la Constitution et a ordonné leur annulation. »
RÈGLES FAISANT L'OBJET DU LITIGE
Dans les règles faisant l'objet du litige, il était stipulé que l'analyse des éléments de menace intérieure et extérieure visant la République de Turquie, la mise en œuvre des mesures nécessaires en termes de communication stratégique et de gestion de crise, ainsi que la détermination des activités de guerre psychologique, de propagande et d'opérations d'influence menées contre la République de Turquie, et la lutte contre toute forme de manipulation et de désinformation, faisaient partie des missions du Département de la communication stratégique et de la gestion de crise créé au sein de la Direction de la communication (la Présidence).
MOTIFS DU RECOURS
Dans la requête, il est résumé que : les missions confiées à la Présidence en matière de communication stratégique et de gestion de crise étant liées à la liberté de communication et de la presse, elles devraient être réglementées par la loi ; les droits et libertés fondamentaux ne peuvent être réglementés par un décret présidentiel (CBK) ; et les règles sont contraires à la Constitution car le cadre général, les principes et les bases des mesures à prendre dans le cadre des missions prévues ne sont pas définis.
ÉVALUATION DE LA COUR
L'article 104 de la Constitution stipule que les droits fondamentaux, les droits et devoirs individuels figurant dans les première et deuxième sections de la deuxième partie de la Constitution, ainsi que les droits et devoirs politiques figurant dans la quatrième section, ne peuvent être réglementés par des décrets présidentiels.
Les règles faisant l'objet du litige visent à prendre des mesures concernant la gestion par la communication stratégique de la crise résultant des opérations d'influence menées contre la République de Turquie, et à agir contre toute forme de manipulation et de désinformation. Il est clair que les mesures à prendre et les activités à mener conformément à ces règles constitueront une ingérence dans la liberté d'expression et de diffusion prévue à l'article 26 de la Constitution et dans la liberté de la presse prévue à l'article 28. Dans ce contexte, il a été constaté que les règles, par leur portée, contiennent des dispositions relatives aux droits et devoirs individuels figurant dans la deuxième section de la deuxième partie de la Constitution. En conclusion, il a été compris que les règles contiennent des dispositions relatives à un domaine interdit qui ne peut être réglementé par décret présidentiel.
Pour les raisons exposées, la Cour constitutionnelle a décidé que les règles étaient contraires à la Constitution en termes de compétence et a ordonné leur annulation. »
LA PUBLICATION SUPPRIMÉE
La décision rendue par la Cour constitutionnelle concernant la Direction de la communication a été retirée des comptes de réseaux sociaux et du site internet quelques heures plus tard. Le fait que la Cour constitutionnelle ait publié puis supprimé une ancienne décision le jour même où le blocage d'accès à Instagram a été imposé a suscité l'attention.