Détournement de 59 millions à l'Institut Yunus Emre : paiements sans contrat à l'entreprise de son fils, fausses factures...

L'enquête menée par le bureau du procureur général d'Ankara a révélé comment les ressources publiques ont été dilapidées à l'Institut Yunus Emre par des dépenses irrégulières. Alors que l'ancien président Şeref Ateş a été placé en détention provisoire, il a été établi que 59 millions de TL ont été versés sans contrat à une entreprise liée à son fils et que des millions ont été transférés pour des programmes fictifs à l'étranger.

12punto

La vaste chaîne de corruption au sein de l'Institut Yunus Emre a été mise en lumière par l'acte d'accusation préparé par le bureau du procureur général d'Ankara. Il a été constaté qu'entre le 30 décembre 2023 et le 3 juin 2024, un paiement total de 59 millions 144 mille TL (environ 1,8 million de dollars) a été effectué sans aucun contrat à la société Anka Kongre, liée à Enes Ateş, le fils de l'ancien président Şeref Ateş, pour des services tels que des billets d'avion, l'hébergement et la location de véhicules. L'entreprise ne comptait qu'un seul employé durant cette période.

6 MILLIONS DE TL PAYÉS POUR UN SOMMET FICTIF

Une autre société, nommée All Production, a émis 5 factures d'une valeur de 8 millions 400 mille TL à l'Institut Yunus Emre entre le 29 mai et le 3 juin 2024. Une part de 6 millions de TL de ces factures concernait un événement imaginaire intitulé "Sommet des indications géographiques", qui aurait eu lieu à Bruxelles mais qui n'a jamais eu lieu en réalité. Suite à la plainte indiquant que ce montant était frauduleux, l'entreprise a remboursé la somme.

DES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION AUX LOUKOUMS : 664 MILLE TL DE FACTURES IRRÉGULIÈRES

L'entreprise Evrim CNC, fondée par le suspect Evrim Taylan Erol, a émis des factures d'un montant de 664 mille 887 TL juste après sa création, entre le 6 novembre et le 16 décembre 2021, sous prétexte d'avoir envoyé des matériaux de construction, des tapis, des drapeaux et des loukoums à double torréfaction aux centres culturels d'Abuja, d'Al-Bab, d'Afrin et d'Azaz. Le montant de toutes ces factures a été payé sans qu'aucune marchandise ne soit livrée à l'institution.

ILS ONT TOUCHÉ 6,7 MILLIONS DE TL SANS ALLER À L'ÉTRANGER

La société Han Kültürel Eğitim Danışmanlık, appartenant au suspect Selçuk Kaymakoğlu, a également émis 21 factures pour un montant de 8 millions 672 mille TL. Dix d'entre elles ont été établies pour des services achetés à l'étranger. Cependant, les personnes ayant signé les factures n'étaient jamais entrées dans ces pays. Malgré cela, 6 millions 780 mille TL ont été versés à l'entreprise en contrepartie de 18 factures.

ŞEREF ATEŞ PLACÉ EN DÉTENTION

Le bureau du procureur général a placé l'ancien président Şeref Ateş en détention provisoire dans le cadre des accusations de "préjudice causé à la fondation, abus de pouvoir et possession de biens issus d'un crime". Interpellé à l'aéroport d'Esenboğa, Ateş a été envoyé en prison par le tribunal de garde.

1,7 MILLIARD DE SOUTIEN PUBLIC A CONTINUÉ

Alors que toutes ces allégations de corruption se poursuivaient, des millions de ressources publiques ont continué d'être transférés à la Fondation Yunus Emre. Au cours des six premiers mois de l'année, le Trésor a fourni des ressources à la fondation sous le nom de "transferts aux organisations à but non lucratif" à hauteur de 670 millions 421 mille TL, et de 260 millions TL sous le nom de "transfert de capital".

Le ministère de la Culture et du Tourisme, quant à lui, a accordé à la fondation un soutien de 778 millions 571 mille TL rien que sur les cinq premiers mois, dans le cadre de la rubrique "Accès aux sources d'information et renforcement de la langue, de la littérature et de la culture turques". Ainsi, le total des ressources publiques transférées à la Fondation Yunus Emre au premier semestre de l'année a atteint 1 milliard 708 millions de TL.

PAS DE RESSOURCES POUR LES PROJETS CULTURELS

Alors que le scandale prend de l'ampleur, les faibles montants alloués par le ministère aux projets culturels ont également attiré l'attention. Au cours de la même période, le ministère a dépensé 7,6 millions de TL pour des activités d'édition culturelle, 7,5 millions de TL pour le soutien aux cemevis (lieux de culte alévis) et seulement 4,1 millions de TL pour le soutien à la littérature turque.