Prof. Dr. Doğanay Tolunay : Il faut passer de la gestion de crise à la gestion des risques pour les feux de forêt

Le professeur Doğanay Tolunay souligne que la priorité absolue dans la lutte contre les incendies de forêt est de réduire les risques avant même que le feu ne se déclare.

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Alors que la fréquence et l'impact destructeur des incendies de forêt en Turquie augmentent sous l'effet de la crise climatique, de la sécheresse, des températures élevées et de la négligence humaine, le professeur Doğanay Tolunay, enseignant à la Faculté des sciences forestières de l'Université d'Istanbul-Cerrahpaşa, a formulé des avertissements marquants concernant la lutte contre les incendies.

Invité de l'émission Yaşam Hasadı diffusée sur la chaîne YouTube de SosyalUp, M. Tolunay s'est opposé à ce que le débat sur la lutte contre les incendies se limite au nombre d'avions et d'hélicoptères. Selon lui, le véritable besoin de la Turquie est de passer d'une logique de « gestion de crise », qui n'intervient qu'une fois le feu déclaré, à une approche de « gestion des risques » visant à réduire les dangers avant que les incendies ne surviennent.

Selon les données du ministère de l'Agriculture et des Forêts, 3 224 incendies de forêt ont eu lieu en Turquie en 2025, affectant plus de 81 473 hectares de zones forestières. Sur la période de 38 ans allant de 1988 à 2025, un total de 634 575 hectares a été endommagé par 86 531 incendies de forêt. Cette superficie correspond à une zone plus vaste que celle d'Istanbul.

L'OBJECTIF « ZÉRO INCENDIE » N'EST PAS RÉALISTE

M. Tolunay a déclaré que, particulièrement dans les régions de l'Égée et de la Méditerranée, le feu fait partie des processus écologiques et que l'objectif « zéro incendie » n'est pas réaliste. Selon l'universitaire, l'objectif devrait être de réduire autant que possible le nombre et l'impact des incendies.

Critiquant l'approche parfois exprimée dans l'opinion publique selon laquelle « les pins de Calabre brûlent facilement, il faut planter d'autres espèces à la place », M. Tolunay a rappelé que le pin de Calabre et le maquis ont évolué avec le climat méditerranéen. Il a souligné que cette végétation possède des caractéristiques adaptées au feu et une grande capacité de régénération forestière après un incendie.

Il est impératif de se baser sur la nature. Il faut s'inspirer de la nature. On dit : « Il n'y a jamais d'incendies dans la mer Noire, les espèces d'arbres là-bas ne brûlent pas, apportons-les ici en Méditerranée ». Le fait qu'il n'y ait pas d'incendies dans la mer Noire et que les espèces d'arbres n'y brûlent pas est entièrement lié au climat.

— Prof. Dr. Doğanay Tolunay

M. Tolunay a précisé que le transfert d'arbres adaptés au climat humide de la mer Noire vers les régions de l'Égée et de la Méditerranée ne serait pas une solution. Affirmant que ces espèces ont peu de chances de survivre dans des conditions arides, il a souligné que les travaux de restauration après incendie doivent se fonder sur l'écosystème naturel.

LA GESTION DES MATIÈRES COMBUSTIBLES EST ESSENTIELLE

Il est indiqué que la Turquie a mobilisé 161 aéronefs pour la saison des incendies 2026, composés de 28 avions, 119 hélicoptères et 14 drones, portant la capacité totale de largage d'eau de la flotte aérienne à 462 tonnes. Cependant, M. Tolunay souligne que l'augmentation de la capacité d'intervention ne suffit pas à elle seule.

Selon les données de la Direction générale des forêts, une part importante des incendies est d'origine humaine. 42 % des incendies sont dus à la négligence et à l'imprudence, 13 % à des accidents, 4 % à des actes intentionnels, 9 % à la foudre, tandis que la cause de 32 % d'entre eux n'a pas pu être déterminée.

Selon M. Tolunay, ce n'est pas seulement l'étincelle qui détermine l'ampleur de l'incendie, mais aussi la quantité de matières combustibles présentes dans la forêt. Les herbes sèches, les feuilles mortes et la strate arbustive peuvent, sous l'effet du vent, transformer une petite étincelle en un brasier qui se propage rapidement. C'est pourquoi des pratiques telles que le fauchage, le brûlage dirigé ou, dans certaines zones, le pâturage caprin, doivent être considérées comme faisant partie d'une gestion des matières combustibles planifiée en fonction des conditions locales.

Précisant que le pâturage caprin n'est pas une formule applicable à toutes les forêts, M. Tolunay a attiré l'attention sur le fait que, dans les jeunes forêts, les chèvres peuvent endommager les plants. En revanche, il a indiqué que dans certaines zones où les arbres sont suffisamment développés, la consommation d'herbes et d'arbustes peut contribuer à réduire le risque d'incendie.

Affirmant qu'il ne faut pas appliquer de recette unique pour les travaux post-incendie, M. Tolunay a souligné qu'un inventaire doit d'abord être réalisé dans chaque zone brûlée. Il a déclaré que la méthode de restauration doit être déterminée après avoir enregistré quelles espèces ont brûlé, l'âge de la forêt, l'intensité de l'incendie et les caractéristiques écologiques de la zone.

M. Tolunay a également souligné que la plantation d'arbres ne devrait pas toujours être la première option. Suggérant de soutenir la régénération naturelle s'il existe une source de semences suffisante, M. Tolunay a également mis en garde les citoyens contre la plantation incontrôlée de plants par bonne volonté. Il a expliqué que le transfert d'arbres de jardin ou d'espèces inadaptées à la zone dans la forêt peut non seulement échouer, mais aussi créer un risque de maladies.

Indiquant que le changement climatique doit désormais être l'une des variables fondamentales de la planification forestière, M. Tolunay a rappelé qu'un plant planté aujourd'hui vivra pendant des décennies, attirant l'attention sur le fait que la Turquie pourrait être confrontée à des conditions plus chaudes et plus sèches au cours des 50 prochaines années.