Guerre Russie-Ukraine : vers où va le conflit ? La troisième année sur le front
Alors que la guerre entre l'Ukraine et la Russie entre dans sa troisième année, elle se poursuit pour l'Europe et le monde entier. Tandis que les conséquences militaires, économiques et politiques possibles du conflit font débat, le prix payé par les deux pays s'alourdit à mesure que la guerre continue.
Suat Tekin
Suat TEKİN - 12punto.com.tr
La guerre entre l'Ukraine et la Russie entre dans sa troisième année. Dans ce conflit que le président russe Vladimir Poutine a qualifié d'« opération militaire spéciale » et que les analystes russes comme occidentaux pensaient voir se conclure rapidement, au moins plusieurs dizaines de milliers de personnes des deux camps ont perdu la vie à ce jour.
Au cours des deux dernières années, des millions de personnes se sont retrouvées réfugiées. Dans le même temps, le réarmement en Europe a pris une ampleur considérable. Les pays européens ont importé 93 % d'armes de plus sur la période 2019-2023 par rapport à la période 2014-2018. Ces derniers mois, des responsables tant occidentaux que russes ont fait des déclarations attirant l'attention sur la possibilité d'un conflit entre l'Occident et la Russie dans les années à venir. Plus récemment, le président français Emmanuel Macron a évoqué la possibilité d'envoyer des soldats en Ukraine.
Le coordinateur de l'information de CGTN Türk, Erkin Öncan, et le rédacteur en chef de harici.com.tr, Emre Köse, ont livré à 12punto.com.tr leur analyse sur la manière dont l'Ukraine et la Russie sont affectées par la guerre, sur l'avenir qui attend la région et le monde, et sur les conséquences possibles du conflit.
RUSSIE ET UKRAINE : AVANT ET APRÈS LA GUERRE
Dressant un bilan de la situation actuelle de l'Ukraine et de la Russie, Öncan a souligné que l'Ukraine est confrontée à des rivalités politiques, à la corruption et à des problèmes de ressources. Il a par ailleurs insisté sur le fait que la Russie était bien mieux préparée à la guerre sur les plans militaire, économique et social. Köse, de son côté, note que la Russie s'est économiquement tournée vers l'Est, tandis qu'il décrit la situation de l'Ukraine comme un état d'« épuisement politique et financier ».
Öncan décrit la situation en ces termes :
« Les affrontements ont bien sûr affecté les deux pays à divers égards. Du côté ukrainien, on peut dire que la transformation "de droite" et "pro-occidentale" que l'Ukraine a connue après des tournants tels que la Révolution orange de 2004, les événements de Maïdan de 2014 (ou le coup d'État de Maïdan) et l'arrivée au pouvoir de Zelensky en 2019 s'est soldée par un échec. Les périodes au cours desquelles ces importantes transformations ont eu lieu en Ukraine ont également été le théâtre de la rivalité entre des factions politiques qui coexistaient tout en se combattant simultanément. L'arrivée au pouvoir de Zelensky en 2019 avec la promesse de la "paix" s'est soldée par une déception. Cette déception était survenue bien avant l'agression russe, en raison de la domination de groupes néo-nazis armés représentant la force la plus dynamique de ces factions. L'Ukraine se débat aujourd'hui à la fois contre la Russie sur le champ de bataille, contre les luttes internes pour le pouvoir, et contre les problèmes liés à l'utilisation des aides militaires et financières en provenance de l'Occident (jugées insuffisantes). Sur le plan social, les délais de démobilisation repoussés, les enrôlements forcés et les affaires de corruption rendues publiques alimentent également une agitation sociale croissante. »
Köse, qui attire lui aussi l'attention sur les problèmes de l'Ukraine, déclare :
« Du côté ukrainien, on perçoit un épuisement politique et financier. Le simple fait que le gouvernement mis en place après les manifestations de rue de 2014 ait rompu ses liens avec la Russie a eu à lui seul un effet dévastateur. De plus, l'Ukraine avait également perdu la région du Donbass, berceau de sa production industrielle. Le nombre de personnes ayant quitté le pays depuis le début de la guerre est lui aussi révélateur. Le pays a perdu la majeure partie de sa main-d'œuvre. Le Financial Times avait récemment averti que la mobilisation des travailleurs du secteur agricole dans le cadre de la mobilisation générale allait couler le secteur alimentaire. La pénurie de soldats et le durcissement des mesures de mobilisation sont également significatifs. L'Ukraine ne semble plus disposer des ressources nécessaires pour survivre en tant qu'État. »
Öncan souligne également que les sanctions économiques imposées à la Russie sont en grande partie inefficaces.
« Du côté russe, on peut dire que le Kremlin a depuis longtemps "préparé" l'opinion publique russe à une opération sur le Donbass, parallèlement aux développements en Ukraine. Autrement dit, lorsque la Russie a lancé son opération le 24 février 2022, la majorité en Russie soutenait déjà cette guerre, ou du moins la jugeait "nécessaire". Il est apparu que les sanctions économiques, politiques et même sociales imposées à la Russie depuis le début de la guerre n'ont pas produit les effets escomptés, notamment sur le plan économique. Certes, l'économie russe a elle aussi subi de lourds dommages du fait de la guerre, mais si elle n'en a pas souffert autant que l'Occident l'espérait, c'est autant parce que l'économie russe a pris rapidement les mesures nécessaires que parce que l'Occident lui-même dépendait de la Russie. Aujourd'hui, on constate que les sanctions économiques contre la Russie sont contournées de diverses manières par de nombreuses entreprises européennes elles-mêmes. »
Soulignant par ailleurs que la Russie aborde ce conflit non pas comme une guerre russo-ukrainienne, mais comme une guerre entre l'OTAN et la Russie, Öncan poursuit en ces termes :
« Une autre question importante est la suivante : le Kremlin ne s'est jamais préparé à cette guerre comme à une guerre russo-ukrainienne. La Russie a toujours cultivé l'idée que ce conflit était une étape d'un "règlement de comptes" entre la Russie et l'Occident dirigé par les États-Unis. Cela, combiné au fait que la population du Donbass est composée de Russes et aux liens historiques avec l'Ukraine, a conduit l'opinion publique russe à soutenir largement cette guerre. En Russie, les nationalistes, les communistes et les libéraux soutiennent majoritairement ce conflit. Le Parti communiste et le Parti libéral défendaient même depuis longtemps, bien avant la décision du pouvoir poutinien, la nécessité pour la Russie de prendre le contrôle du Donbass. Ainsi, l'État russe parvient à maintenir la motivation nécessaire face aux sanctions économiques et politiques — même en traversant des difficultés économiques — en plaçant au premier rang le sentiment de défense de l'"héritage" soviétique et de l'"identité russe". »
Köse dit également ceci à propos de la situation de la Russie :
« Si l'on commence par la Russie, l'aggravation des sanctions après février 2022 s'est fait sentir dans tous les domaines de la vie. Une partie des entreprises étrangères s'est retirée du pays ou a cédé ses activités. Nous avons assisté à l'exclusion des citoyens russes des compétitions sportives internationales et des manifestations culturelles et artistiques. Une chasse aux sorcières intense a été lancée par des méthodes absurdes. Sur le plan économique, on a pu observer le tournant de la Russie vers l'Est en se coupant de l'Occident, c'est-à-dire qu'elle a commencé à fournir ses matières premières, notamment son pétrole et son gaz naturel, à la Chine et à l'Inde en raison des embargos occidentaux. Par ailleurs, il est aisément perceptible que les sanctions n'ont pas produit l'effet escompté : la croissance de la Russie cette année a dépassé celle de la plupart des économies occidentales avancées. De même, les sanctions n'ont pas mis fin à l'intervention militaire en Ukraine. »
QUELLE EST LA SITUATION DU CONFLIT EN SA TROISIÈME ANNÉE ?
Les deux experts estiment, au vu de la situation sur le front, que la Russie dispose d'un avantage dans le conflit, mais la stratégie que l'armée russe entend suivre n'est pas encore clairement définie.
Öncan évalue la situation militaire sur le terrain en ces termes :
« Lorsque l'on examine la situation actuelle sur le terrain, l'opinion générale est que la guerre est entrée dans une phase d'"enlisement". Une autre opinion qui se dégage est que, du point de vue russe, toutes ces étapes font partie d'un autre "tableau d'ensemble", selon lequel la Russie verrouille le terrain et attend l'usure de l'Ukraine et de l'Occident. Je pense que les deux sont en partie justes. Il est évident que la stratégie de guerre urbaine active des forces néo-nazies, les armes fournies par l'OTAN/les États-Unis et les entraînements de la CIA ont mis la Russie sous pression. La Russie a connu des retards, tant sur le terrain que dans sa stratégie consistant à "contraindre l'Ukraine à la table des négociations par la dissuasion militaire", en raison des déclarations "intransigeantes" du gouvernement ukrainien qui compte sur l'Occident. Cette situation se reflète bien sûr sur le terrain. Cependant, un autre point important à ne pas oublier est que, alors que nous entrons dans la troisième année de la guerre, la Russie n'est toujours pas passée en mode "guerre totale". De plus, en termes de ressources humaines et d'"unité politique", la Russie est dans une position plus avantageuse que l'Ukraine comme que l'Occident. Autrement dit, il n'existe pas en Russie de force sociale capable de changer le cours de cette guerre. Une partie des opposants à la guerre existants est discréditée parce qu'elle est directement pro-occidentale, et leur espace politique est très limité. La plupart des opposants à la guerre, dont la majorité est composée de jeunes, sont quant à eux désorganisés. »
Öncan affirme également que la capacité offensive de l'Ukraine est épuisée.
« La contre-offensive tant attendue et dans laquelle de lourds investissements avaient été consentis par l'Occident et l'Ukraine s'est terminée avant même d'avoir vraiment commencé. C'est le résultat d'une série de facteurs : les aides font l'objet de davantage de débats en Occident, elles commencent à affecter les économies des pays donateurs, elles n'ont pas été acheminées à temps, l'instabilité politique ukrainienne et les échecs sur le terrain. C'est précisément pour cette raison que les forces ukrainiennes ont, ces derniers mois, délaissé les offensives frontales généralisées au profit d'attaques de sabotage contre la Russie. Au niveau du discours, le gouvernement ukrainien affirme vouloir reprendre jusqu'en Crimée, mais on peut dire que tout le monde sait désormais qu'une contre-offensive efficace relève du domaine du rêve. »
Köse, qui évalue la situation militaire de l'Ukraine, exprime en ces termes l'inefficacité de l'aide militaire occidentale :
« L'offensive de printemps de Kiev l'année dernière s'est soldée par une lourde défaite, et il s'est avéré que les chars Leopard fournis à l'issue des réunions du groupe de contact de Ramstein — notamment pour convaincre l'Allemagne qui était hésitante au départ —, ainsi que les Abrams de fabrication américaine et les Challenger de fabrication britannique, n'ont guère servi malgré leur réputation d'"armes miracles". Le type d'armements livrés à l'Ukraine s'est alourdi au fil du temps, et la fourniture de missiles longue portée susceptibles de frapper des cibles en territoire russe est désormais à l'ordre du jour. Berlin est actuellement sous pression concernant la livraison du missile Taurus. Et les armes se sont épuisées ; c'est désormais de la bouche de Macron que l'on entend parler du déploiement de troupes de l'OTAN en Ukraine. Même si l'on sait que de nombreux militaires et agents de renseignement occidentaux, notamment britanniques, se trouvent en Ukraine sous le titre de "conseillers", cette déclaration a une autre signification. Plutôt que de comparer les capacités de guerre de Moscou ou de Kiev, il serait plus juste de se demander si cela pourrait évoluer vers une guerre directe entre l'OTAN et la Russie. Il semble que cette éventualité ne soit pas si lointaine. »
LE SOUTIEN OCCIDENTAL À L'UKRAINE ET LE COÛT FINANCIER DE LA GUERRE
Analysant l'évolution de la guerre, Öncan et Köse ont également attiré l'attention sur le fait que le soutien apporté à l'Ukraine suscite des débats politiques en Occident. Köse estime par ailleurs que les difficultés financières que commencent à éprouver les pays occidentaux soutenant l'Ukraine menacent les efforts de guerre ukrainiens. Öncan a quant à lui indiqué que le soutien militaire occidental ne prendrait pas fin à court terme.
Köse, soulignant que l'Occident s'essouffle sous le poids financier de la guerre, a formulé l'analyse suivante :
« La Russie est déjà en position de force sur le champ de bataille et a très bien su adapter son économie à une production d'armements active. C'est ce qu'avait déjà dit Mick Ryan, militaire à la retraite et expert du groupe de réflexion CSIS, dans un article paru dans Foreign Affairs. Moscou a eu du mal à changer de vitesse au début de la guerre, mais elle apprend désormais mieux que Kiev. Et peut-être même mieux que l'Occident lui-même, qui a réalisé qu'il peinait à produire des armes en fonction des besoins du temps de guerre. D'autre part, le soutien de l'opinion publique s'est également fragilisé. L'effet des sanctions, combiné à la coupure des approvisionnements en gaz naturel bon marché, a alimenté la désindustrialisation en Europe, notamment en Allemagne. Il règne donc une fatigue sérieuse, et l'on peut observer une multiplication des appels à l'ouverture de négociations. »
Öncan a résumé ses vues en ces termes :
« Tout d'abord, je ne pense pas que le soutien militaire de l'Occident à l'Ukraine prendra fin à court terme. Le meilleur exemple en est la nouvelle démonstration de force lancée avec Steadfast Defender. Par ailleurs, les États-Unis et l'Occident ont grand besoin d'une "menace russe" et d'un climat de guerre. C'est un moyen important de repousser les mécontentements sociaux engendrés par des problèmes graves tels que la crise migratoire, la crise climatique et la crise économique. On pourrait parler d'une sorte de récit de "l'ennemi de l'intérieur venu de l'extérieur". Du point de vue américain, l'Ukraine est l'une des étapes les plus importantes de la stratégie d'endiguement de la Russie. De plus, accepter la défaite en Ukraine à partir de maintenant renforcerait la main de l'opposition dans les pays occidentaux eux-mêmes. C'est pourquoi je ne pense pas que le soutien sera interrompu, mais son ampleur diminuera certainement, car il a atteint un point où il affecte les pays occidentaux eux-mêmes. Bien sûr, la réélection de Trump à la présidence des États-Unis changerait complètement la donne. Vous savez, l'une des plus grandes critiques de Trump à l'égard de l'administration Biden porte sur sa position dans la guerre en Ukraine. »
LA DEMANDE DE « PROTECTION » DE LA TRANSNISTRIE ET DE LA GAGAOUZIE
Analysant également la demande de « protection » adressée à la Russie par la Transnistrie et la Gagaouzie, Öncan et Köse estiment peu probable que la guerre s'étende.
En évaluant la demande de « protection » de la Transnistrie et de la Gagaouzie, Öncan a attiré l'attention sur l'importance du port d'Odessa :
« Ce que vivent la Transnistrie et la Gagaouzie présente de très grandes similitudes avec ce qui se passe sur l'axe Ukraine-Donbass. La présence d'une importante population russe en Transnistrie moldave, tout comme en Ukraine, la présence militaire russe, le fait que les Turcs gagaouzes soient considérés comme "pro-russes" parce qu'ils sont politiquement plus proches de la Russie, les pressions exercées par le gouvernement central sur ces deux régions, les pressions sur la langue maternelle, l'identité et les préférences politiques des Gagaouzes et des Transnistriens — tout comme l'Ukraine l'a fait —, et ainsi de suite… Tout cela représente des problèmes non résolus depuis la dissolution de l'Union soviétique jusqu'à aujourd'hui. Des gouvernements pro-occidentaux face à des groupes ethniques russes ou proches de la Russie, des autonomies, etc.
Tout cela représente donc les problèmes créés par la vague de révolutions de couleur qui ont émergé lors de la dissolution de l'URSS et dans sa suite. Il était prévisible que ces deux régions de Moldavie demandent également de l'aide à la Russie. Car les deux régions sont composées de peuples nostalgiques de l'époque soviétique, favorables à un rapprochement avec la Russie et en paix avec leur identité russe. Il est difficile de prévoir que la guerre déborde hors d'Ukraine, des développements inattendus pouvant survenir chaque jour. Cependant, si l'on réfléchit spécifiquement à la Moldavie, le fait que la Transnistrie et la Gagaouzie, dont le statut est contesté, soient frontalières de la région ukrainienne d'Odessa, qu'Odessa soit une région importante donnant à l'Ukraine accès à la mer Noire et qu'elle soit connue pour figurer parmi les cibles prioritaires de la Russie, donne bien sûr certains signaux… Si la guerre se poursuit activement et que les forces russes s'emparent d'Odessa, elles se retrouveront frontalières de la Transnistrie et de la Gagaouzie, qui subissent des pressions parce qu'elles sont considérées comme pro-russes et qui ont explicitement demandé l'aide de la Russie. »
Köse a quant à lui souligné que la Russie ne souhaitait pas étendre la guerre à d'autres zones géographiques :
« Des déclarations qui ne ressemblent guère à de simples spéculations sont sorties du parlement de Tiraspol ou du côté gagaouze, et une demande vague de "soutien diplomatique" a été entendue. Dans tous les cas, il ne fait aucun doute que ces régions ont renforcé leurs contacts avec la Russie. Mais la Moldavie est une région qui, ces dernières années, est tombée de plus en plus sous la tutelle de la Roumanie, membre de l'OTAN, que Bucarest a transformée de l'intérieur et qu'elle considère même comme son propre territoire. Il n'est pas exclu que les régions autonomes de ce pays deviennent de nouveaux fronts, et le fait que le gouvernement de Maya Sandu, après Igor Dodon du Parti socialiste à Chișinău, se soit de plus en plus engagé envers l'Occident et montre des signes d'abandon de la neutralité indique que le danger ne doit pas être ignoré. À vrai dire, Moscou n'a nullement l'intention de transformer ni la Pologne, ni les pays Baltes, ni le sud de l'Europe en champ de bataille, malgré les réactions hystériques en Occident. Elle n'a même pas l'intention de s'emparer de l'Ukraine occidentale. »
Y A-T-IL UN RISQUE DE CONFLIT ENTRE LA RUSSIE ET L'OTAN ?
Les deux experts, qui ont également évalué la probabilité d'un conflit entre l'OTAN et la Russie, estiment qu'il serait erroné d'anticiper un tel affrontement à court terme.
Öncan a évalué la probabilité d'un conflit entre l'OTAN et la Russie en ces termes :
« Y a-t-il un risque de guerre à court terme pour les autres pays de l'OTAN frontaliers de la Russie, notamment les anciennes républiques soviétiques ? Franchement, je n'en suis pas certain. Car dans tous les domaines à risque que nous avons observés jusqu'à présent, nous avons vu des zones de conflit ethnique ou politique dans lesquelles la population russe était partie prenante. C'était le cas en Ukraine, c'est le cas en Moldavie. Les pays que j'ai cités ne comptent pas de population russe significative ni de politique "pro-russe", ont achevé leur intégration occidentale depuis longtemps et ont rejoint l'OTAN lors des derniers élargissements. C'est pourquoi je ne pense pas qu'un conflit comme en Moldavie ou en Ukraine éclatera dans ces pays. Cependant, ce qui pourrait y accroître les tensions serait le renforcement de la présence militaire de l'OTAN. Lors de l'exercice Steadfast Defender-24, le plus grand exercice de l'OTAN depuis la Guerre froide, l'Alliance s'entraînera au "transfert de puissance militaire" de l'Atlantique vers l'Europe de l'Est, et certains pays frontaliers de la Russie deviendront des bases importantes de cet exercice. La partie russe avait déclaré qu'en cas d'aggravation de la menace, "les lieux d'où provient la menace" pourraient également devenir des cibles légitimes. Ce qui a également accru les tensions, c'est que l'OTAN a commencé à répéter un scénario de guerre à grande échelle. Par conséquent, il est selon moi trop tôt pour dire si une guerre mondiale totale éclatera dans les cinq prochaines années, mais il est possible d'affirmer que les tensions militaires et les conflits régionaux se poursuivront. »
Köse a quant à lui déclaré :
« On peut dire que c'est la Russie qui le souhaite le moins. Il faut espérer que des négociations reprennent rapidement. Les historiens se sont longuement interrogés sur la manière dont les puissances européennes ont pu se retrouver plongées dans la Première Guerre mondiale, première catastrophe du XXe siècle. Mais seule une opération militaire de grande envergure à laquelle participerait l'ensemble de l'OTAN pourrait amener la Russie au bord d'une défaite conventionnelle. »