La feuille de route de l'Europe sera déterminée : première élection critique après le Brexit
Environ 360 millions d'électeurs issus de 27 pays européens participeront aux élections du Parlement européen qui se tiendront du 6 au 9 juin. Les élections européennes de 2024, qui attirent l'attention en tant que premier scrutin parlementaire organisé après le Brexit, revêtent une importance capitale pour définir la feuille de route de l'Europe.
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12punto.com.tr /EXCLUSIF Yaren ŞAHİN- Strasbourg
Le Parlement européen (PE) est une institution majeure, au cœur de la structure démocratique de l'Union européenne (UE), qui retient l'attention tant des citoyens européens que de la communauté internationale. Le Parlement légifère, approuve le budget de l'UE et prend des décisions qui affectent tous les aspects de la vie au sein de l'Union.
Les élections européennes de 2024 sont les premières à se tenir depuis le départ officiel du Royaume-Uni de l'UE en 2020 (Brexit). Le Brexit a entraîné des changements politiques et économiques significatifs tant pour le Royaume-Uni que pour l'UE. Il a également modifié le nombre et la répartition des sièges au Parlement européen. Les 73 sièges alloués au Royaume-Uni ont été redistribués entre les autres États membres. Étant donné que les députés britanniques représentaient majoritairement des partis conservateurs et de centre-droit, l'influence de ces courants au sein du Parlement a diminué. Après le Brexit, les approches favorables à l'intégration et aux politiques sociales ont pu bénéficier d'un soutien accru. Des objectifs plus ambitieux en matière de changement climatique et de politiques environnementales ont été mis à l'ordre du jour. Cette situation a permis aux partis de centre-gauche et écologistes de gagner relativement en influence.
Le Parlement, composé de 705 sièges entre 2019 et 2024, comptera 720 sièges pour la période quinquennale 2024-2029, soit une augmentation de 15 députés. Les élections européennes se déroulent selon les lois électorales propres à chaque État membre. Le nombre de représentants est déterminé en fonction de la population des pays membres. Ce système permet une répartition des sièges aussi équitable que possible. Par exemple, alors que l'Allemagne dispose du plus grand nombre de représentants avec 96 députés, les petits pays comme Malte et le Luxembourg en comptent 6. Cependant, le nombre de représentants des États membres n'est pas le facteur déterminant au Parlement européen. Au sein de l'hémicycle, les membres sont regroupés non pas par pays, mais selon leurs affinités politiques.
Le Parlement est composé de 7 groupes politiques et de députés non-inscrits. Le Parti populaire européen (PPE), qui regroupe les démocrates-chrétiens d'Europe, est le premier parti avec 178 représentants et se situe au centre-droit. L'Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), qui rassemble les sociaux-démocrates et se positionne au centre-gauche, est le deuxième groupe politique le plus important avec 140 représentants. Le groupe Renew Europe, troisième force politique, représente les pro-européens et prône un approfondissement de l'intégration européenne.
SONDAGES ET RÉSULTATS POSSIBLES DES ÉLECTIONS
Les élections de 2024 pourraient entraîner des changements importants dans le paysage politique européen. Alors que les partis centristes (Parti populaire européen, Alliance progressiste des socialistes et démocrates) tentent de maintenir leurs positions, la montée des partis d'extrême droite et populistes attire l'attention. Deux groupes d'extrême droite devraient se renforcer. Le Parlement européen pourrait compter une trentaine de membres supplémentaires dans ces groupes politiques par rapport à la législature actuelle.
Le groupe des nationalistes Identité et Démocratie (ID), qui comprend notamment le Rassemblement national (RN) français présidé par Marine Le Pen et les membres de la Ligue italienne, devrait gagner 23 sièges. Il s'agit de la plus forte progression pour un groupe politique, ce qui pourrait porter son nombre de représentants de 58 à 81. Cela pourrait faire passer le groupe ID de la sixième à la quatrième place au Parlement européen.
Le groupe politique des Conservateurs et réformistes européens (CRE), auquel appartient la Première ministre italienne Giorgia Meloni (Fratelli d'Italia) — qui a récemment rejoint le parti Reconquête du leader d'extrême droite français Eric Zemmour — est également en hausse. Le groupe des eurosceptiques pourrait voir son nombre de députés passer de 68 à la fin de la période 2019-2024 à 76, soit huit élus supplémentaires. Ces partis partagent des idées communes sur l'opposition à l'immigration et la critique de l'UE.
Aux Pays-Bas, le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders, arrivé en tête des élections législatives de novembre, devrait remporter le plus grand nombre de sièges au Parlement européen. Selon les derniers sondages, le parti d'extrême droite recueille 21,3 % des intentions de vote. Il s'agit d'un bond considérable pour ce parti eurosceptique et anti-immigration qui n'avait obtenu que 3,5 % des voix en 2019.
Compte tenu de la situation économique de l'Europe et des attaques de l'extrême droite, on estime que les partis écologistes (Les Verts) pourraient perdre 20 sièges au Parlement. Les Verts détenaient 72 sièges en 2019. Ces partis exigent la mise en œuvre de politiques plus fortes en matière de changement climatique et de développement durable. Cyrielle Chatelain, présidente du groupe des députés écologistes français, a déclaré : "Nous savions que la campagne serait difficile, car nous voyons les courants réactionnaires monter partout en Europe." Les Verts européens avertissent qu'un tel recul mettrait en péril les politiques climatiques de l'UE.
Les sondages indiquent un faible intérêt pour les prochaines élections européennes. Le taux de participation, qui était de 50,1 % en 2019, est estimé à 48 % pour le prochain scrutin. Dans une interview télévisée, le président français Emmanuel Macron a appelé ses concitoyens à se rendre aux urnes le 9 juin, déclarant : "Il n'y a qu'un seul tour. Je le dis parce que je pense toujours à nos amis britanniques qui ne sont pas allés voter le jour du Brexit."
(Yaren Şahin / Strasbourg)