Le 8e paquet de réformes judiciaires adopté par la Commission de la justice de la Grande Assemblée nationale de Turquie ! Qu'est-ce qui va changer dans le système judiciaire avec cette nouvelle réglementation ?

Le 8e paquet de réformes judiciaires, dont les discussions étaient en cours depuis un certain temps, a été adopté par la Commission de la justice de la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM). Le projet, qui contient de nombreux changements importants, sera soumis à l'Assemblée générale. Selon la réglementation, des modifications seront également apportées aux amendes judiciaires. Alors, qu'est-ce qui va changer avec ce 8e paquet de réformes judiciaires ? Voici les points saillants de ce texte qui comporte de nombreux changements majeurs...

AA

Selon le « Projet de loi portant modification de la loi sur la procédure pénale et de certaines autres lois, ainsi que du décret-loi n° 659 », connu dans l'opinion publique sous le nom de « 8e paquet de réformes judiciaires » et adopté par la Commission de la justice de la Grande Assemblée nationale de Turquie, il est désormais possible pour la Commission d'indemnisation d'examiner les dossiers dans les cas où les procédures pénales, civiles ou administratives n'ont pas été conclues dans un délai raisonnable. Cela concerne les recours individuels déposés devant la Cour constitutionnelle qui avaient été déclarés irrecevables pour non-épuisement des voies de recours, ou pour lesquels une décision de clôture avait été prononcée faute de motif justifiant la poursuite de l'examen, à condition que les requérants déposent une nouvelle demande dans les délais impartis.

Les décisions d'irrecevabilité fondées sur le non-épuisement des voies de recours internes, prononcées par la Cour constitutionnelle ou suite à des recours déposés directement devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) à partir du 10 octobre 2023, seront examinées par la Commission sur demande déposée dans les 3 mois suivant la date de notification.

Par ailleurs, compte tenu de la charge de travail de la Commission, le ministre de la Justice pourra nommer des membres supplémentaires afin de constituer des chambres additionnelles au sein de la Commission. Ces membres ne seront pas comptabilisés dans le nombre total des membres de la Commission. Le nombre de chambres additionnelles ainsi créées ne pourra excéder 5. Cette disposition sera appliquée pour une durée de 3 ans à compter de la date d'entrée en vigueur de la réglementation. Le ministre de la Justice pourra prolonger cette période de 2 années supplémentaires.

CONDITIONS DE TRAITEMENT DES DONNÉES PERSONNELLES SENSIBLES

Avec cette réglementation, les conditions de traitement des données personnelles sensibles sont révisées en tenant compte des besoins actuels et du Règlement général sur la protection des données (RGPD) de l'Union européenne.

Le projet maintient l'interdiction de principe du traitement des données personnelles sensibles tout en énumérant les cas où ce traitement est autorisé.

Le traitement de ces données sera possible dans des cas tels que : le consentement explicite de la personne concernée, une disposition légale expresse, la nécessité de protéger la vie ou l'intégrité physique de la personne concernée ou d'autrui lorsque celle-ci est dans l'incapacité de donner son consentement, le traitement de données rendues publiques par la personne concernée en conformité avec sa volonté, la nécessité pour l'établissement, l'exercice ou la protection d'un droit, la nécessité pour des personnes soumises au secret professionnel ou des institutions autorisées à des fins de santé publique, de médecine préventive, de diagnostic médical, de soins, de gestion et de financement des services de santé, ou encore la nécessité pour l'exécution d'obligations légales dans les domaines de l'emploi, de la santé et de la sécurité au travail, de la sécurité sociale et de l'aide sociale.

TRANSFERT DE DONNÉES PERSONNELLES À L'ÉTRANGER

Le projet révise également la procédure de transfert des données personnelles à l'étranger.

Les données personnelles pourront être transférées à l'étranger par les responsables du traitement et les sous-traitants si l'une des conditions de traitement des données personnelles ou des données sensibles est remplie et s'il existe une décision d'adéquation concernant le pays, l'organisation internationale ou les secteurs concernés dans le pays de destination.

La décision d'adéquation sera prise par le Conseil de protection des données personnelles. Le Conseil recueillera l'avis des institutions et organisations concernées si nécessaire. La décision d'adéquation sera réévaluée au moins tous les 4 ans. Le Conseil pourra modifier, suspendre ou révoquer la décision d'adéquation avec effet prospectif à l'issue de l'évaluation ou dans d'autres cas jugés nécessaires.

La réglementation énumère les critères à prendre en compte pour l'octroi d'une décision d'adéquation : « la réciprocité en matière de transfert de données entre la Turquie et le pays, les secteurs concernés ou l'organisation internationale », « la législation et la pratique du pays de destination ainsi que les règles auxquelles est soumise l'organisation internationale », « l'existence d'une autorité de protection des données indépendante et efficace dans le pays ou l'organisation internationale, ainsi que l'existence de voies de recours administratives et judiciaires », « l'adhésion du pays ou de l'organisation internationale aux conventions internationales sur la protection des données », « l'adhésion du pays ou de l'organisation internationale aux organisations mondiales ou régionales dont la Turquie est membre », et « les conventions internationales auxquelles la Turquie est partie ».

En l'absence de décision d'adéquation, les données personnelles pourront être transférées à l'étranger si l'une des conditions de traitement est remplie, si la personne concernée dispose de la possibilité d'exercer ses droits et d'accéder à des voies de recours effectives dans le pays de destination, et si l'une des garanties prévues par la réglementation est fournie par les parties.

Le contrat type devra être notifié à l'Autorité de protection des données personnelles par le responsable du traitement ou le sous-traitant dans les 5 jours ouvrables suivant sa signature. Le non-respect de cette obligation de notification sera passible d'une amende administrative allant de 50 000 livres turques à 1 million de livres turques.

Compte tenu de la nature des sanctions administratives imposées par le Conseil, la possibilité de contester ces décisions devant les tribunaux administratifs est introduite. Les dossiers déjà ouverts et pendants devant les juges de paix au 1er juin 2024 seront tranchés par ces mêmes juges.

Le projet fixe la date d'entrée en vigueur des modifications au 1er juin 2024 afin de permettre au Conseil de protection des données personnelles de préparer les actes réglementaires prévus.

AUGMENTATION DES MONTANTS MINIMUM ET MAXIMUM DES AMENDES JUDICIAIRES

Le projet définit les délais de recours en semaines ou en mois et établit que ces délais commencent à courir à compter de la notification de la décision. Des ajustements de conformité sont apportés à certaines dispositions de la loi sur l'exécution et la faillite, de la loi sur les juges d'application, de la loi sur la procédure pénale, de la loi sur les délits, de la loi sur la protection de l'enfance, de la loi sur la procédure civile et de la loi sur la protection des consommateurs.

La réglementation augmente le montant de l'amende judiciaire correspondant à une journée, et modifie en conséquence les seuils financiers relatifs à la compensation, au paiement anticipé et aux recours en appel.

Ainsi, le montant minimum de l'amende judiciaire est fixé à 2 500 livres turques et le montant maximum à 500 000 livres turques. En cas de non-paiement d'une amende judiciaire convertie à partir d'une amende pécuniaire lourde, le calcul de la durée d'emprisonnement sera basé sur un montant de 500 livres turques par jour.

Le seuil de définitivité des décisions rendues par les juges de paix sur recours contre les amendes administratives est porté de 3 000 livres turques à 15 000 livres turques.

UNIFICATION DES DÉLAIS

Afin d'assurer une réparation rapide et efficace des destructions causées par les séismes du 6 février, le ministère de l'Industrie et de la Technologie déterminera les zones industrielles potentielles en tenant compte de critères tels que la distance aux lignes de faille, la qualité du sol et la proximité des centres résidentiels, après avoir recueilli l'avis des institutions concernées. La reconstruction ou le renforcement sur place des locaux industriels détruits ou inutilisables en raison des séismes sera effectué par le ministère de l'Industrie et de la Technologie via un système de crédit. La construction des infrastructures et superstructures des zones industrielles figurant au programme d'investissement, y compris les services d'architecture et d'ingénierie, sera soutenue par des crédits du ministère de l'Industrie et de la Technologie jusqu'à l'achèvement du projet.

Dans ce contexte, le projet prévoit de prolonger d'un an la durée des aides et des pratiques visant à renforcer l'infrastructure industrielle dans la zone sinistrée.

Le montant de la prime de fête des retraités sera augmenté. Ainsi, la prime versée lors de l'Aïd al-Fitr et de l'Aïd al-Adha, qui était de 2 000 livres turques, passera à 3 000 livres turques, sous réserve de percevoir un revenu ou une pension au cours du mois de la fête.

La réglementation apporte également des modifications visant à uniformiser les délais de recours et à faire courir ces délais à compter de la notification. Une disposition transitoire est introduite pour éviter toute hésitation dans l'application, stipulant que les modifications apportées aux lois concernées s'appliqueront aux décisions rendues à partir du 1er juin 2024. L'objectif est de prévenir la perte de droits et d'éliminer les incertitudes pouvant survenir dans la pratique.

Sur proposition des députés de l'AKP, l'article relatif à la répartition des honoraires d'avocat a été retiré du projet.

Après l'adoption du projet, le président de la Commission et député AKP d'Istanbul, Cüneyt Yüksel, a remercié les membres de la commission, les députés signataires du projet et les fonctionnaires du ministère de la Justice.

Indiquant que les discussions sur le projet de loi en commission ont duré 17 heures et 20 minutes, Yüksel a déclaré : « Les discussions en commission sur le projet de loi ont été productives et fructueuses. J'espère que tous nos travaux futurs se dérouleront de la même manière. Ce projet de loi sera discuté à l'Assemblée générale la semaine prochaine. »