Une nouvelle photo de Selahattin Demirtaş a été publiée

Selahattin Demirtaş, dans un texte écrit depuis la prison d'Edirne où il est détenu depuis 9 ans, a partagé ses réflexions sur la construction de la paix sur le site web « Qad-Barış Meydanı » (Place de la Paix Qad) de l'Association de recherche sur la paix QAD, fondée en Allemagne. Demirtaş a souligné que le processus de paix ne s'achèverait pas simplement par la mise hors service des armes, insistant sur l'importance de construire une paix sociale.

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Le site web « Qad-Barış Meydanı », créé par l'Association de recherche sur la paix QAD fondée à Cologne en Allemagne en février 2024, a été mis en ligne hier. Un texte de l'ancien coprésident du HDP, Selahattin Demirtaş, détenu depuis près de neuf ans à la prison d'Edirne, y a été publié. Une nouvelle photo de Demirtaş a également été partagée avec ce texte.

Voici un extrait du texte de Selahattin Demirtaş intitulé « Haydi Meydana » (Place à la place publique) :

"Personne ne peut connaître la valeur de la « PAIX » autant que les peuples dont la vie a été bouleversée par la douleur de la guerre et de la destruction. Pour eux, le mot « paix » suscite une joie mélancolique, rien qu'à son évocation. Est-il possible qu'un Norvégien et un Syrien, un Suédois et un Afghan, ou un Danois et un habitant du Kurdistan ressentent la même chose lorsqu'ils entendent le mot paix ?


Quiconque a besoin de quelque chose, quiconque manque de quelque chose, c'est ce qu'il recherche le plus. Tout comme nous recherchons la paix par-dessus tout, le rêve de chaque peuple ayant vécu la douleur de la guerre est la paix. Cependant, force est de constater que ce rêve est souvent interrompu par des cauchemars et des terreurs nocturnes ; nous restons en sueur, incapables de nous réveiller pour un matin heureux ou de dormir paisiblement la nuit. Il existe un dicton attribué à Ibn Khaldoun, considéré comme l'un des pionniers de la sociologie, qui dit que « la géographie est le destin ». Sur nos terres, la géographie est aussi une tragédie.


Depuis de longues années, nous cherchons sans relâche cette paix qui mettra fin à notre tragédie et la transformera en joie. Personne ne peut déclencher la paix aussi facilement qu'il a déclenché la guerre. Car une fois la guerre commencée, tant de facteurs et de groupes d'intérêts s'y impliquent que la guerre peut cesser d'être la vôtre. C'est précisément pour cette raison qu'il est difficile d'instaurer une paix qui ne vous appartient pas, issue d'une guerre qui n'est pas la vôtre. Tout comme ceux qui mènent la guerre exécutent leurs tactiques militaires, leur logistique, leurs renseignements, leur diplomatie, leurs alliances ou leur propagande avec patience et minutie, ceux qui cherchent la paix ne peuvent réussir s'ils ne déploient pas la même patience et la même minutie dans les tactiques, la logistique, la diplomatie, les alliances ou la propagande de la paix. En effet, vouloir la paix, se contenter de la réclamer, n'a jamais suffi nulle part pour garantir son établissement.


Nous voulons, nous réclamons, nous désirons la paix. Mais sachant que cela ne suffit pas, nous continuons à travailler à la construction de la paix partout où notre souffle nous le permet. L'Association de recherche sur la paix QAD est née de cet effort. Elle a été fondée à Cologne grâce au travail d'universitaires, de chercheurs et de militants contraints de vivre et de travailler à l'étranger, mais qui continuent de lutter pour la paix. En attendant de pouvoir s'installer dans le pays dès que les conditions le permettront, elle contribuera à la paix depuis l'étranger. Par une grande coïncidence, la QAD, qui commence ses travaux en plein milieu d'un nouveau processus de paix en Turquie, aura de lourdes responsabilités. Les bénévoles de la QAD en sont d'ailleurs conscients et ont mis la main à la pâte.


Avant tout, nous sommes conscients de ceci : la mise hors service des armes n'est que la première étape de la paix. Bien que la littérature qualifie cette situation de « paix négative », je préfère l'appeler « paix politique ». Après cela, le processus de construction de la paix positive (paix sociale), où tous les potentiels de conflit seront éliminés, commencera, ou doit commencer. N'ayant pas le pouvoir de contrôler les armes, même si nous ne pouvons pas être des décideurs lors de la phase de paix négative, nous nous efforçons de faire en sorte que cette étape soit conclue par un accord honorable et qu'elle ouvre la voie au processus de construction de la paix positive. Mais notre véritable travail, notre responsabilité principale, concerne la suite. Car pour que la paix soit juste, durable et résolve les problèmes, ce qui sera fait dans la phase suivante, c'est-à-dire la période après le dépôt des armes, est essentiel et déterminant. Si un système, une administration ou un régime fondé sur les droits de l'homme, une démocratie institutionnelle, les droits et libertés fondamentaux, et un partage équitable de l'économie ne sont pas établis, alors la paix, qui ne tient qu'à un fil, finira inévitablement par se rompre quelque part.


Avec la QAD, notre objectif fondamental est de créer un espace de discussion libre visant à constituer les archives, la théorie et les institutions de toutes les étapes de la paix. Chaque pensée exprimée à la QAD ne peut être limitée que par les principes fondamentaux universels ; en dehors de cela, sans imposer aucune autre limite, nous nous efforcerons de servir la paix honorable de notre peuple avec des pensées libres et critiques, de nouvelles idées et des propositions. Si nous y parvenons et si nous pouvons en créer les conditions, nous discutons et discuterons également de la transformation de la QAD en un groupe de réflexion dans le pays. Bien entendu, toute l'initiative appartient à la direction de la QAD, responsable de la création d'un environnement de discussion libre.


Tout d'abord, nous devons discuter en profondeur et établir une feuille de route pour la paix sociale. En fin de compte, nous savons très bien qu'une fois les armes mises hors service, il n'y aura pas de transition automatique vers la démocratie. Pour cela, nous aurons devant nous un processus de lutte difficile et long. Nous devons discuter courageusement de tout type de travail visant à socialiser la démocratie, en commençant par les efforts pour la transformer d'abord en une culture au sein de nous-mêmes. Peut-être devrions-nous commencer par nous remettre en question : sans être de véritables démocrates, sans que nos institutions ne deviennent des centres civils où fonctionne la démocratie, que pouvons-nous changer, qui pouvons-nous changer et comment ? Comment pouvons-nous rendre la paix durable sans construire des modèles fondés sur la justice, l'égalité, les libertés et proches de la démocratie directe ? Et bien sûr, sans discuter, sans parler, sans rechercher librement, comment pouvons-nous trouver les réponses à ces questions ?"