Comprendre Atatürk…
Les quatre jours compris entre le 26 et le 30 août 1922 constituent la pierre angulaire de la lutte populaire qui a mené à la libération d'Izmir, période durant laquelle la Grande Offensive a été lancée pour libérer l'Anatolie de l'occupation.
Après la bataille de la Sakarya, les politiciens de l'époque, qui demandaient « quand passerons-nous à l'offensive » et commençaient à murmurer au sein du parlement, ignoraient qu'Atatürk planifiait le moment et la méthode appropriés avec une grande finesse. Les murmures au sein du parlement étaient devenus tels que Rauf Bey (Orbay) demandait fréquemment et secrètement à Atatürk : « Dis-moi au moins la situation réelle. Dans quel état est l'armée ? Ne peut-elle vraiment pas passer à l'attaque ? »
Il ne s'agissait pas seulement de Rauf Bey, bien sûr ; Atatürk avait exprimé une grande tristesse, une douleur et une honte face aux applaudissements qui avaient accueilli les propos de Vasıf Bey : « Depuis la bataille de la Sakarya, nous n'avons pas pu bouger, nous ne pouvons pas bouger ». Les factions au sein du parlement et les luttes entre ces factions, qu'il décrit en détail dans son ouvrage *Nutuk* (Le Discours), provoquaient souvent le chaos.
Un an et demi avant l'offensive, en janvier 1921, Atatürk, soulignant que ce chaos était à son comble et estimant que son intervention personnelle était nécessaire, décida de rassembler tout le monde au sein d'un groupe appelé « Défense des droits d'Anatolie et de Roumélie » (Anadolu ve Rumeli Müdafaai Hukuk).
Lors des entretiens qu'il mena pour cette union, il s'efforça d'obtenir un consensus sur des principes fondamentaux. L'unité fut finalement atteinte sur l'indivisibilité de la patrie dans les frontières du Pacte national (Misak-ı Milli), sur l'indépendance de la nation, sur le fait que toutes les ressources matérielles et spirituelles de la nation seraient prêtes pour la lutte, et sur le fait que le groupe préparerait l'État et la nation dans le cadre de la Loi fondamentale (Teşkilatı Esasiye Kanunu).
Pour Atatürk, en tant que commandant en chef, il était nécessaire que la nation, l'Assemblée nationale et l'armée soient prêtes pour cette offensive. Il avait réussi à réconcilier l'Assemblée nationale sur un principe commun, par le biais d'une méthode de groupe commune. Il planifiait la Grande Offensive avec un tel soin et une telle discrétion qu'un mois avant l'attaque, le 26 juillet 1922, il organisa un match de football à Akşehir, où se trouvait le quartier général du front occidental, et s'assura de la participation de tous les commandants. Le but de ce match de football était de garder secrète la réunion qu'il allait tenir avec les commandants à Akşehir. Ce fut le cas. Le matin du 26 août, à 04h30, l'offensive commença sur ordre d'Atatürk. Cette offensive a atteint le succès grâce à la planification méticuleuse, au leadership, au génie d'Atatürk et au dévouement de la nation, pavant ainsi la voie vers la libération d'Izmir.
L'idée d'Atatürk selon laquelle, pour réussir, il fallait non seulement que l'armée et les munitions soient prêtes, mais aussi que la nation et l'Assemblée nationale soient préparées, passait également par l'idéal de l'unité et de la solidarité nationales, qu'il définissait comme le « front intérieur ». Il est évident que la philosophie de notre dirigeant fondateur, qui a laissé tant de leçons pour aujourd'hui, n'est pas comprise par les politiciens. L'image de querelles et d'insultes au sein de la Grande Assemblée nationale de Turquie, ainsi que l'état de polarisation extrême de la nation, blessent l'esprit fondateur de la République.
Imaginez qu'en temps de guerre, un dirigeant cherche un terrain où la nation, le parlement et l'armée seront prêts, unis, solidaires et en accord… Il n'y a pas de question plus importante que de comprendre, d'assimiler et de faire vivre cette philosophie. Le gouvernement de l'AKP, incapable de tirer des leçons de l'histoire et de la vision d'un dirigeant comme Atatürk, qui a servi d'exemple au monde, et qui se dispute même avec lui et ses valeurs, a provoqué la division et la polarisation entre voisins et entre frères. Cette division basée sur la politique identitaire, plus courante dans les pays du Moyen-Orient, a également fait prendre l'eau au toit de la République qui assurait l'unité et l'intégrité de la nation.
De ce toit, construit il y a 100 ans après une grande lutte, l'eau goutte désormais sur nos têtes… Nous avons froid. Nous sommes inquiets. À cause des politiciens incapables de tirer des leçons de notre histoire ancienne, l'espoir de la nation de voir une solution émerger du parlement a diminué.
Bien sûr, il est juste de regarder vers l'avant et non vers le passé, et la révolution est une action qui exige un développement continu. Cependant, assimiler la philosophie fondatrice, la faire progresser et être unificateur et intégrateur sous le toit de la citoyenneté est le devoir principal de ceux qui dirigent l'État.
À cette occasion, que les âmes de notre dirigeant Mustafa Kemal Atatürk, de nos cadres fondateurs et de tous nos martyrs qui ont lutté pour notre indépendance reposent en paix. Joyeuse fête de la Victoire du 30 août.
Kemal, G. M. (1963). Nutuk (Vol. 220). Yapi Kredi Yayınları.
Aydemir, Ş. S. (1966). Tek adam: Mustafa Kemal.