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La politique du « serrage de dents » et la volonté républicaine

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Publié: 17.10.2026 06:00

La Turquie est sous le joug d'un climat de corruption systémique qui s'est propagé à tous les domaines, de la politique au droit, de l'économie à l'éthique sociale.

D'une part, le peuple est transformé en une masse passive par un bombardement intensif de perceptions, et d'autre part, sa volonté nationale est usurpée par des administrateurs nommés (kayyums), des transferts politiques et des décisions administratives.

Dans ce système où l'indépendance et l'impartialité de la justice sont transformées en bouclier pour le pouvoir, des millions de citoyens sont poussés, au vu et au su de tous, vers des destructions économiques graves, des violations des droits et un profond désespoir.

Favoritisme judiciaire, bouclier pour la rente ; un régime de censure dans les médias

Alors que la Turquie débat du scandale des fonds et des usurpations de volonté, l'aveu du président du barreau n°2 d'Ankara, Gökhan Ağdemir, déclarant : « Au cours de notre mandat de deux ans, nous avons fait nommer 70 avocats membres du barreau juges ou procureurs », a mis en lumière la situation actuelle du pays en matière d'indépendance et d'impartialité de la justice.

Il semble que la pourriture au sein de la justice soit devenue si banale que l'irrégularité, au lieu d'être considérée comme une honte, est presque exhibée comme un « succès », et que les recommandations du ministère de la Justice peuvent être ouvertement évoquées ; cette situation prouve clairement que l'incompétence et la tutelle sont légitimées par leurs propres exécutants.

Dans ce système où la justice est instrumentalisée, le pouvoir cherche à dissimuler par des méthodes inimaginables un scandale financier d'une ampleur telle qu'il pèsera sur l'économie du pays pendant des années. L'effort pour occulter la vérité se poursuit par des nominations d'administrateurs, des assignations à résidence, des arrestations et des blocages d'accès. À tel point que même le « droit à ne pas être sali », mis au placard hier, est utilisé aujourd'hui comme un bouclier pour tenter d'effacer de la mémoire publique la liste des 214 personnes impliquées dans ce scandale.

Le prix de la politique du « serrage de dents »

Dans cet environnement où la répression, la rente et le favoritisme sont ouvertement exposés, les propos du chef du principal parti d'opposition, Özgür Özel, affirmant : « Nous allons serrer les dents, nous patienterons jusqu'aux urnes, nous lutterons contre les maux. Tôt ou tard, nous apporterons ces urnes », reflètent une attitude politique passive qui reporte la lutte à une date indéterminée.

Comme tous ceux qui voyaient la vérité et mettaient en garde à l'époque de Kılıçdaroğlu, nous avons été critiqués ; on a voulu nous faire taire en disant « ce n'est pas le moment ». Aujourd'hui, nous voyons que la même mentalité est à l'œuvre sous la direction d'Özgür Özel. Pourtant, le résultat du silence d'hier est sous nos yeux. C'est précisément pour cette raison que, quel qu'en soit le prix, nous sommes obligés d'écrire ce que nous voyons ; nous sommes contraints de diriger nos critiques vers l'opposition tout comme nous le faisons envers le pouvoir.

L'impasse de la « bouffée d'oxygène »

Je veux maintenant poser la question : dans ce système aberrant où même le sel est corrompu, une opposition qui attend une décision électorale de la clémence d'une structure contrôlant tous les capillaires de l'État, de la loi électorale au Conseil électoral suprême (YSK), et qui pense que le pouvoir peut changer par ces élections, peut-elle résoudre les problèmes ?

Dire à une société épuisée depuis un quart de siècle, réduite à avoir besoin d'une goutte d'eau, de « serrer les dents », n'est-ce pas promettre un mirage ?

Il faut se demander : suggérer la patience à un peuple orienté vers des attentes indéterminées, n'est-ce pas en réalité donner une bouffée d'oxygène à un pouvoir qui s'essouffle ?

À ce stade, il faut sans aucun doute considérer la détermination de l'opposition à poursuivre la liste des 214 personnes mentionnées dans le scandale des fonds comme un exemple concret d'une opposition efficace. Mais pourquoi occulter cette posture en proposant à la société une recette passive de « serrage de dents » ?

À ce stade, pour rappeler que la lutte ne peut être passivée par le discours de la « patience », je trouve utile de rapporter un événement historique comme « leçon de morale » :

Leçon de morale : L'histoire n'est pas écrite par ceux qui « serrent les dents », mais par ceux qui imposent leur volonté

Date : Après minuit, les 7-8 juillet 1919…

Lieu : Erzurum.

Mustafa Kemal Pacha, après de longues et tendues conversations télégraphiques avec le palais, a été démis de ses fonctions, et a par conséquent informé le palais qu'il démissionnait également de ses fonctions militaires. En d'autres termes, il ne porte plus son uniforme et ses galons ont été retirés… Il est accompagné de Mazhar Müfit (Kansu) et Süreyya (Yiğit). La nuit est sombre et longue. Vers l'aube, Mustafa Kemal demande un café et se tourne vers Mazhar Müfit :

— Ton carnet est-il avec toi, Mazhar ?

— Non, monsieur.

— Fais l'effort d'aller le chercher.

Peu après, Mazhar Müfit revient avec son carnet. Mustafa Kemal obtient de lui et de Süreyya Bey la promesse que ce qu'il va dicter restera un secret pour le moment. Il dit à Mazhar Müfit :

— Écris : Après la victoire, la forme de gouvernement sera la république. Le moment venu, les mesures nécessaires seront prises concernant le sultan et la dynastie. Le voile sera aboli. Le fez sera aboli, on portera des chapeaux comme les nations civilisées. L'alphabet latin sera adopté.

Mazhar Müfit laisse tomber son stylo. Il se penche pour le ramasser, à ce moment-là ses yeux rencontrent ceux de Mustafa Kemal, et avec une expression stupéfaite, il dit :

— Pardonnez-moi, mon Pacha, mais vous faites de très grands rêves, vous rêvez éveillé.

Mustafa Kemal est calme, il donne sa réponse historique :

— Nous verrons le moment venu.

Nous connaissons très bien ce moment grâce à l'histoire.

La libération nationale obtenue par une lutte acharnée et la proclamation de la république… Aujourd'hui, cette République, fondée avec le sang et la sagesse, a les mains et les pieds liés, les ailes brisées ; le processus a été mené jusqu'au stade d'accorder un statut au chef terroriste afin de la démanteler par un dernier coup.

Ceux qui écrivent l'histoire ne sont pas ceux qui, alors même que tous leurs pouvoirs leur ont été retirés, se retirent dans leur coin pour « serrer les dents » ou ceux qui essaient de sauver la mise avec les règles de la structure décrépite actuelle.

Ceux qui changent l'histoire ne sont certainement pas ceux qui écrivent des recettes de soumission dans un système assiégé.

Ceux qui fondent l'histoire sont ceux qui, même dans la nuit la plus sombre, peuvent écrire sans peur « république » dans leurs carnets avec leur volonté puissante.

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