Faire de la sensiblerie
Lorsque j'écris mes articles, les idées de sujets commencent généralement à germer au milieu de la nuit ou dans l'obscurité du petit matin.
Il en a été de même pour aujourd'hui.
Nous sommes dans un matin enneigé à Bakou. C'est excitant pour nous, car, avec un peu de chance, nous ne voyons ce paysage qu'une fois par an.
L'autre soir, j'ai regardé le dernier spectacle de Ricky Gervais, Armageddon.
Armageddon désigne, à la fin du monde, le lieu où doit se dérouler la grande bataille prophétisée.
Pour les croyants, le nombre de personnes pensant que l'apocalypse approche à grands pas en ces temps troublés, voire que nous vivons déjà au cœur de cette fin des temps, n'est pas négligeable.
Dans son spectacle, Ricky Gervais fait de la satire sur le fait d'être « sensible » à notre époque. Je dois dire que pour certains esprits, ce n'est pas facile à regarder. Je l'ai regardé deux fois. J'ai essayé de mettre de côté mes préjugés et mon ego.
Et j'ai ri.
Et j'ai beaucoup réfléchi ensuite..
Les critiques de Gervais sur la question de la sensibilité soulignent que la conception actuelle de la sensibilité peut parfois rendre difficile l'affrontement avec la réalité. Le fait qu'il exprime que la sensibilité sociale a atteint un point où elle peut mener à la marginalisation et au sectarisme est un message important.
Parce que, mes amis, ah, nous sommes tellement sensibles maintenant…
Des mots nous rendent malades comme si nous étions faits de sucre…
Ricky dit : « Être une personne sensible signifiait autrefois être conscient de ses propres privilèges, essayer d'être égalitaire pour les autres, respecter et protéger les droits et la parole de chacun ; aujourd'hui, être sensible, c'est 'parfois', parce que l'on exprime des vérités, essayer de marginaliser l'autre et de le pousser hors de la société ! »
Le pouvoir des mots est immense et, avec l'augmentation des sensibilités sociales, la question de l'équilibre entre liberté d'expression et sensibilité a pris encore plus d'importance. Sous l'effet des jugements rapides et de la culture du lynchage sur les plateformes de réseaux sociaux, le sens des mots peut changer rapidement. Maintenir l'équilibre délicat entre liberté d'expression et responsabilité, et assurer que la société respecte les opinions divergentes, est devenu un sujet crucial.
J'ai réfléchi.
Nous avons commencé à avoir tellement peur des mots…
Même dans une phrase simple, vous pouvez soudainement être déclaré raciste, sexiste, homophobe, mécréant, voire fanatique, et vous retrouver en un instant devant un procureur pour « incitation à la haine et à l'hostilité envers le peuple ». Avant même d'en arriver à ce stade, vous subissez déjà un lynchage sur l'ancien Twitter, devenu X. Ce lynchage vous conduit d'ailleurs souvent devant le procureur…
Tout cela commence par le fait d'être sensible sur tous les sujets.
Comme je l'ai dit, « Ah mes amis, nous sommes tellement sensibles maintenant »
Mais le sommes-nous vraiment ? Ou faisons-nous semblant pour ne pas être exclus ou pour appartenir à un groupe ?
Récemment, je pense à nos indignations concernant les séries et les films.
La première chose qui me vient à l'esprit à ce sujet est la série « Adını Feriha Koydum »…
À l'époque, il y avait eu beaucoup de débats concernant les concierges d'immeubles.
Mais enfin ! C'est une série, c'est de la fiction !
Nous sommes devenus si susceptibles…
Laissant de côté le mal, l'abus, la discrimination, nous généralisons tout à travers les titres, les professions, les races et même les sexes et les genres…
À cause de l'erreur ou du crime commis par un médecin, un enseignant, un soldat, un policier ou un patron, soit nous mettons tout le monde dans le même sac et nous faisons de la sensiblerie, soit les membres de cette profession essaient de sauver leur titre en disant « ce genre de personne ne peut pas sortir de nos rangs », ignorant le mal commis. Nous semblons avoir perdu l'importance de comprendre que les individus de chaque groupe professionnel ne sont pas identiques et d'évaluer les personnes selon leurs propres actes.
Je pense à Breaking Bad, que j'ai adoré regarder. Après la série, les professeurs de chimie sont-ils descendus dans la rue pour protester afin d'expliquer qu'ils ne devaient pas être considérés comme des criminels ?
Comme je le dis, mes amis, « Ah ! Nous sommes tellement sensibles maintenant »
À force de faire de la sensiblerie, nous sommes tous devenus plus tendus.
Être réellement sensible vient en fait du développement de l'empathie. À mon avis, l'une des raisons de toutes ces tensions et de ces jugements est que nous avons perdu notre empathie…
Nous confondons souvent notre fausse sympathie avec l'empathie. Nous sommes tellement jugés dans nos propres vies, nous nous sentons tellement inadéquats, que nous évacuons cette douleur en faisant de la sensiblerie.
Oh, comme nous jugeons, oh, comme nous lynchons, en frappant fort…
Ayy ! Ça fait du bien, n'est-ce pas ?…
Même face au mal, il y a toujours un « mais, cependant »
« S'il n'avait pas dit ça »
« Si elle ne s'était pas habillée comme ça »
« S'il n'était pas allé là-bas »
« S'il n'avait pas filmé ça »
« Eh mon cher, s'il n'était pas né non plus »
La liste est longue. Ce sujet pourrait susciter bien d'autres mots.
« Je sais ce qu'est la souffrance que je ressens. Être trop sensible » a dit Ataol Behramoğlu…
Peut-être que si nous n'avions pas un mot à dire sur chaque sujet, si nous connaissions nos limites et notre place, et bien sûr, sans abandonner l'empathie et la justice, la conscience…
Si nous pouvions vraiment soutenir jusqu'au bout ceux qui méritent notre sensibilité ; et si nous pouvions nous attaquer au mal et à l'injustice.
C'est peut-être à ce moment-là que les huit radiateurs envoyés à une famille qui a perdu sa maison, son passé et son enfant en tant que martyr, brûleraient et réduiraient en cendres toute notre sensiblerie.
Peut-être que cet article sera un petit début pour réfléchir sérieusement !
Qui sait ?
Comme je le dis, mes amis, « Ah ! Nous sommes tellement sensibles maintenant »