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Elle s'est tournée vers son père et a demandé : « Est-ce plus difficile de vivre dans l'espace ? Ou à Antakya ? »

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Publié: 21.01.2024 06:00

Nous avons passé le premier mois de 2024 et, encore une fois, rien n'a changé. Car le peuple turc est bien trop habitué à ce que ses besoins ne soient pas prioritaires.

La priorité des dirigeants : envoyer un Turc dans l'ESPACE,

La priorité des Turcs : les hausses de prix et joindre les deux bouts.

La semaine où le nouveau salaire minimum, dépassant de justesse le seuil de pauvreté, a été annoncé à 17 000 TL, alors que les retraités ne pouvaient même pas imaginer ce qu'ils feraient avec leur nouvelle pension de base fixée à 10 000 TL, la Turquie a envoyé le premier Turc dans l'espace.

Non pas avec son propre vaisseau spatial, mais avec le vaisseau spatial d'un autre pays. Non pas depuis sa propre base spatiale, mais depuis celle de quelqu'un d'autre. Non pas avec ses propres moyens, mais en se privant sur le pain de la bouche du peuple turc…

Le peuple turc est tellement habitué à ce que ses besoins ne soient pas prioritaires qu'il a regardé, les yeux brillants, le premier astronaute turc envoyé dans l'espace, sans se soucier de savoir comment il allait vivre avec ces 17 000 TL qui fondraient face à l'inflation en quelques mois.

Les premiers mots du premier astronaute turc dans l'espace ont été : « L'avenir est dans le ciel ».

Pourtant, le salaire minimum de 17 000 TL fixé avec la nouvelle augmentation représentait, avec tout le salaire d'un père, à peine le prix d'un billet d'avion (aller-retour) pour faire voyager sa famille de 4 personnes une seule fois. Quant au retraité, jugé digne d'une pension de base de 10 000 TL, il ne pouvait de toute façon pas rêver de voler.

La priorité des dirigeants était de monter en gamme dans la ligue mondiale. Et les critères pour cela ne pouvaient être ni un salaire minimum élevé, ni la lutte contre le chômage, ni la création d'emplois pour les jeunes, ni l'autosuffisance avec ses propres ressources, ni l'amélioration du niveau de vie de la population.

Ils ont lancé le premier astronaute turc dans l'espace. Sur les écrans géants installés sur la place Kızılay, le moment du lancement a été suivi avec enthousiasme. Sur la place où une grande foule s'était rassemblée, le compte à rebours a été fait d'une seule voix, avec ferveur. Dans un message vidéo adressé à son peuple, le Président déclarait : « Nous entrons dans le deuxième siècle de notre République, le siècle de la Turquie, avec notre première mission spatiale habitée. Nous envoyons pour la première fois un de nos citoyens dans l'espace afin d'inspirer nos enfants dont les rêves ne tiennent pas sur Terre ».

Pendant ce temps, une famille vivant parmi les décombres de la ville autrefois appelée Antakya, détruite par le séisme, tentait de survivre en regardant ces moments enthousiastes sur leur petit téléviseur dans leur conteneur.

Le nom même de la rue où ils avaient passé leur vie n'existait plus. Comme aucune aide n'était arrivée les trois premiers jours du séisme, ils avaient extrait les corps de leurs proches de leurs propres mains. Ces derniers mois, ils avaient considéré comme une bénédiction le fait de pouvoir passer de la tente au conteneur, ils avaient réussi à caser une petite télévision dans ce conteneur coincé dans la boue qui débordait des bouches d'égout avec les eaux de pluie, et ils regardaient le départ du premier astronaute turc dans l'espace.

La petite fille de 10 ans s'est tournée vers son père et a demandé avec curiosité :

« Est-ce qu'on peut voir les dégâts du séisme depuis l'espace ? Est-ce plus difficile de vivre dans l'espace, ou à Antakya ? »

Les larmes ont envahi les yeux du père. Il a regardé par la petite fenêtre du conteneur son pays natal qui n'existait plus… À ce moment-là, ces phrases défilaient au bas de l'écran : « 55 millions de dollars ont été payés pour le voyage spatial de l'astronaute turc »…

Finissons notre article avec espoir :

Si nous devenons un peuple capable de calculer le coût d'opportunité des priorités, alors seulement nous pourrons tout changer !

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