Le procès de la municipalité métropolitaine d'Istanbul (İBB), qui compte 436 accusés dont 53 sont en détention, parmi lesquels le maire d'Istanbul Ekrem İmamoğlu, se poursuit pour son 100e jour à la prison fermée de Marmara à Silivri.
L'audience a été suivie sur place par de nombreux responsables politiques, dont le leader du parti YENİ, Özgür Özel, le président du parti İYİ, Müsavat Dervişoğlu, le député du parti İYİ, Buğra Kavuncu, le député du parti DEVA, Sadullah Kısacık, les députés du parti Saadet, Bülent Kaya et Birol Aydın, le député du parti DEM, İbrahim Akın, ainsi que le président du parti Yeşil Sol, Ahmet Asena.
"Ce dossier ne contient pas de crime, mais de la politique"
Poursuivant sa défense, Ekrem İmamoğlu a affirmé que le processus judiciaire et l'acte d'accusation relevaient d'une ingérence politique, déclarant :
"Nous avons assisté à un raid à l'aube, voire à un raid au moment du sahur. Nous avons vu une enquête de 4 jours sans aucune question posée, ouverte à tous mais fermée à la défense. Nous avons vu un système de repentis fonctionnant sur le mode : 'Arrêtez-le, prenez la famille, appliquez le modèle, ouvrez la porte'... Voici mon verdict : il n'y a pas de crime dans ce dossier. Il y a de la politique, il y a les urnes, il y a la volonté de la nation. Il y a des gens dans l'impuissance qui tentent de vaincre cette volonté avec un dossier pénal."
Réaction virulente à Kılıçdaroğlu : "Je vous remettrai à votre place !"
Évoquant les pressions exercées sur sa famille et son entourage, İmamoğlu a répondu fermement aux évaluations de Kemal Kılıçdaroğlu, placé à la tête du CHP, selon lesquelles "le procès de l'İBB n'est pas politique" :
"Ce procès ne serait pas politique. Je vous remettrai à votre place ! Que vous soyez un administrateur imposé à la tête d'un parti ou quoi que ce soit d'autre. Je n'ai pas la langue dans ma poche. En ce moment, je parle de mon honneur, de mon intégrité et de ma dignité."
"Vous pouvez trouver l'argent que vous cherchez à Silivri"
Présentant à l'écran les investissements et les projets sociaux réalisés durant son mandat à l'İBB, İmamoğlu a interpellé l'accusation en montrant où se trouvait l'argent :
Logements sociaux : Les logements sociaux de la 4e phase de KİPTAŞ Silivri, permettant à 1396 familles de devenir propriétaires avec des mensualités inférieures au salaire minimum.
Infrastructures et énergie : Aménagements de cours d'eau, investissements de l'İSKİ et centrale de production d'énergie à biomasse à Seymen, Silivri.
Services sociaux et locaux : La Vallée de la Vie (Yaşam Vadisi), le stade Müjdat Gürsu de Silivri, le carrefour de Selimpaşa, 5 nouvelles crèches, le restaurant municipal (Kent Lokantası) et les aides en carburant, plants et semences fournies aux agriculteurs.
Soulignant qu'ils ont servi sans discrimination, İmamoğlu a déclaré : "Pendant cinq ans, il y avait ici un maire issu du MHP... Nous avons produit des services concrets sans aucune distinction pendant cinq ans dans ce district où le maire était du MHP."
"Les dossiers de corruption de 2,5 milliards de dollars ont été étouffés"
Exposant avec des données concrètes les irrégularités concernant la gestion de l'İBB sous l'ère de l'AKP, İmamoğlu a indiqué que des plaintes avaient été déposées concernant 64 dossiers identifiés par les inspecteurs municipaux, et que la valeur totale des 33 dossiers signalés s'élevait à 2,5 milliards de dollars :
Expropriation de zone militaire (2016) : Expropriation d'une zone stratégique militaire que l'İBB ne pouvait utiliser pour 13,5 millions de dollars, créant un préjudice public de 11,5 millions de dollars.
Achat de terrain à Bahçeşehir (2016) : Achat par KİPTAŞ d'un terrain acquis 4 jours plus tôt pour 49,5 millions de lires, au prix de 130 millions de lires (soit 27 millions de dollars de profit).
Transfert de terrain à Fatih (2017) : Vente à l'İBB pour 119 millions de dollars d'un terrain acquis pour 13 millions de dollars, après des changements de zonage, entraînant un préjudice public de 106 millions de dollars.
Affirmant que tous ces dossiers ont été saisis par le ministère de l'Intérieur pour examen et classés sans suite, İmamoğlu a lancé : "Ce sont les tentacules de la pieuvre... Nous avons été volés de 85 milliards de dollars, mon peuple, nous avons été volés."
Critique d'Akın Gürlek et de la pression judiciaire
Critiquant le ministre de la Justice Akın Gürlek, qui a pris part au processus d'enquête et fait des déclarations publiques à son sujet, ainsi que les changements de postes au sein de la magistrature, İmamoğlu a précisé que 23 juges ayant siégé au procès avaient été remplacés, que les heures de visite de ses avocats avaient été divulguées et que son avocat, Mehmet Pehlivan, avait été transféré en pleine nuit à la prison de Kandıra.
Évoquant également la garde à vue du journaliste Murat Ağırel, İmamoğlu a invité l'opposition et les citoyens à réagir et à s'unir.
Avertissement sur le Canal Istanbul : "À qui avez-vous fait des promesses ?"
Attirant l'attention sur les menaces environnementales et urbaines posées par le projet du Canal Istanbul, İmamoğlu a déclaré que le projet entraînerait une population supplémentaire de 2 millions d'habitants et détruirait les barrages de Sazlıdere et Terkos ainsi que 135 millions de mètres carrés de terres agricoles et forestières. Qualifiant le projet de "mauvais projet immobilier", İmamoğlu a exprimé son indignation en demandant : "Pourquoi cette précipitation ? À qui avez-vous fait des promesses ?"
Source de l'actualité: 12punto