Jeunesse, travail et nouvelle parentalité
Chaque infrastructure économique détermine la superstructure. Chaque infrastructure économique façonne les habitudes de travail, voire la définition même du travail, la définition du droit, les règles juridiques, les relations amoureuses, le mariage, en somme, une nouvelle structure morale. La structure politique et culturelle actuelle est le néolibéralisme ; ses pierres angulaires peuvent s'expliquer par des concepts tels que la société de consommation, l'hyper-individualisation, la méfiance envers autrui, un nouvel ordre mafieux, une nouvelle conception de l'impérialisme et un retour au Moyen Âge. On peut poursuivre l'explication avec l'effondrement des États-nations, la destruction des institutions nationales, la liberté totale accordée à la classe capitaliste, l'appauvrissement croissant des classes laborieuses, le techno-féodalisme ; mais une chose est claire : son nom est la décomposition sociale...
C'est pourquoi je vais tenter de discuter de ce sujet très débattu (la décomposition et la corruption de la société) à travers un seul thème. Mais je dois poser la question fondamentale : même si nous changions ce système (par la révolution), aurions-nous éliminé les défaillances que je viens d'énumérer ? Une autre question surgit alors : changer uniquement l'infrastructure économique à partir d'aujourd'hui résoudra-t-il tous nos problèmes ? (Je garde mon avis pour la fin de l'article.)
Les limites de cet article sont définies par le concept de « nouvelle parentalité » et les enfants élevés par ces nouveaux parents. L'éthique du travail et la jeunesse entrent également dans le cadre de cet écrit. Je souhaite bien sûr examiner pourquoi les enfants de la nouvelle classe moyenne ne parviennent pas à travailler et quelles en sont les raisons.
La complexité de la discussion à ce stade est inévitable ; le concept de classe moyenne est un sujet de livre à lui seul, et l'histoire, l'émergence et la situation actuelle de la classe moyenne sont cruciales pour comprendre notre époque. De plus, la réponse à la question « Pourquoi ne peuvent-ils pas travailler ? » est incomplète, car dans l'ordre économique néolibéral, le chômage est un problème en soi, bien qu'il ne soit pas dans les limites de cet article... Après avoir ajouté cette brève note, nous pouvons continuer.
La raison pour laquelle je suggère de lire à travers le prisme de la classe moyenne est la suivante :
Je mets l'accent sur cette classe car ce segment, défini comme « classe moyenne », détermine en grande partie la structure morale générale (la superstructure) de la société.
Mais...
Dans le cadre de cet article, je souhaite aborder le sujet sous ses aspects visibles, que chacun peut ressentir dans la vie quotidienne mais sans pouvoir les interpréter pleinement. C'est pourquoi je privilégie un point de vue plus émotionnel et superficiel. Je souhaite notamment parler des enfants d'une frange qui se sent de gauche mais qui s'est adaptée à toutes les pierres angulaires du système.
Il est devenu essentiel d'ajouter une brève note supplémentaire dans ce cas. Bien que j'écrive une sorte de critique sur la nouvelle jeunesse, les révoltes qui ont commencé en France sous l'impulsion des lycéens et qui se sont propagées à tout le pays ne modifient pas l'axe principal de cet article.
Le mouvement de jeunesse qui a débuté en Inde, et qui a même eu lieu récemment au Népal, entraînant un changement de gouvernement, se poursuit au Brésil, au Chili et en Espagne. Il est utile d'examiner le contenu de ces mouvements de rue : on peut les qualifier d'explosion contre la corruption, l'effondrement des services publics et les privilèges. Ce sont des mouvements spontanés, dépourvus de ligne politique. Ici, la tâche incombe bien sûr aux socialistes, aux partis et aux organisations ; ce sont eux qui doivent tracer la direction révolutionnaire et porter la conscience révolutionnaire.
Bien entendu, il faut éviter ce malentendu : je ne critique pas ces actions, je les trouve simplement incomplètes, et je trouve cette lacune particulièrement au sein des organisations socialistes.
Pour en revenir à notre sujet, il est d'abord nécessaire de faire une brève explication sur la « classe moyenne ».
Qu'est-ce que la « classe moyenne » ?
Je ne remonterai pas aux origines du concept. La classe moyenne, qui apparaît également dans les livres de Karl Marx, a émergé dans son sens actuel après les années 1930, en relation avec l'existence des sociaux-démocrates. À cette époque, où le capitalisme industriel était encore actif, elle s'est formée par l'octroi de salaires élevés aux classes laborieuses afin de créer une barrière contre le socialisme, et par l'adoption des principes d'égalité dans l'éducation et la justice.
Sa caractéristique fondamentale est de disposer d'un certain revenu, d'avoir confiance dans la continuité de ce revenu, voire de croire en une ascension sociale. Ce segment, capable d'épargner en travaillant et de s'orienter vers des investissements comme l'achat d'une maison ou d'une voiture, a généralement un niveau d'éducation supérieur à la moyenne de la société et un revenu au-dessus du seuil de pauvreté. Il n'a pas d'inquiétude pour l'avenir.
Il espère que ses enfants atteindront certaines positions s'ils reçoivent une bonne éducation, et ils y parvenaient d'ailleurs à une certaine époque. Nous parlons d'une classe dont les droits ont été retirés un par un après le passage au néolibéralisme après 1980, et surtout avec la dissolution du socialisme réel en 1991, et qui a commencé à perdre confiance en l'avenir.
Tant que nous y sommes, je souhaite soulever quelques questions supplémentaires : pourquoi les socialistes de gauche n'ont-ils pas réussi dans l'éducation des enfants ? Le groupe le plus touché par le néolibéralisme est-il celui des socialistes de gauche ? Existe-t-il un lien entre les socialistes de gauche et la classe moyenne ? Si oui, quelle est l'ampleur de ce lien ?
Pour revenir à la ligne directrice de notre article, les membres de la classe moyenne ont fait émerger une nouvelle typologie d'enfants et d'adolescents.
Ces enfants, scolarisés dans des écoles publiques ou privées, ont rendu l'idéologie de la classe moyenne plus claire et plus analysable que leurs parents.
Écrivons maintenant quelques reflets visibles de cela :
1. L'utopie de la classe moyenne selon laquelle « si nous travaillons, cela arrivera » s'est reflétée chez les enfants de la classe moyenne avec l'idée que « si nous travaillons, cela doit arriver, cela arrivera ». Les enfants étudieront et un bon travail les attendra, un avenir brillant s'étendra devant eux...
Le principe « Je dois travailler pour vivre », présent chez les enfants des travailleurs et des pauvres, n'existe pas chez les enfants de la classe moyenne. Car leurs parents ne leur ont pas transmis un tel principe.
2. Les enfants de cette classe ne considèrent pas le travail comme une nécessité absolue pour gagner de l'argent et vivre.
Pour les enfants de cette classe, travailler se façonne autour de l'idée : « En plus de gagner ma vie, je dois avoir un travail où je peux être heureux et progresser ». Être heureux au travail, aimer ce que l'on fait, se sentir heureux en travaillant... Quoi que tout cela veuille dire !
On peut respecter son travail, essayer de bien faire son travail, sentir que l'on est utile à la société grâce à son travail. Ce sont des choses différentes. Mais que signifie à la fois travailler et être heureux ? C'est une attente vague et une idéologie adaptée au néolibéralisme de notre époque. Travailler et s'amuser en même temps ; c'est une manipulation idéologique en soi, et les enfants de cette classe ne s'en rendent même pas compte. Et c'est précisément pour cette raison qu'ils se retrouvent comme des poissons hors de l'eau lorsqu'ils sont jetés dans le monde réel.
Leurs parents ont créé cette situation qui n'existe pas dans la vie réelle et l'ont inculquée à leurs enfants. Car leurs parents ont grandi dans le bourbier du néolibéralisme, avec une grande manipulation idéologique après 1980.
3. Pour les enfants de la classe moyenne, l'idée de travailler pour la société a été écartée dès le départ, et le mode de pensée intégré est la croyance : « Je suis spécial ! ». Désormais, chaque enfant est spécial, et cet état d'être spécial pousse l'enfant hors de la société ; il affaiblit son lien avec l'autre et avec la société.
Ces nouveaux enfants entrent dans la vie active, mais lorsqu'ils réalisent qu'ils ne peuvent pas travailler et être heureux en même temps comme on le leur a appris, ils quittent leur emploi. Leur problème le plus fondamental est de ne pas prendre de responsabilités. Prendre des responsabilités exige de l'effort, un processus et des sacrifices. Ces enfants de la classe moyenne, qui n'ont jamais pris aucune responsabilité dans leur vie, n'ont jamais fait de sacrifices, n'ont jamais eu à fournir d'efforts, se réfugient dans la maison où il n'y a pas de responsabilités. Leurs nouveaux amis sont désormais les jeux vidéo et les séries télévisées. Et ils découvrent qu'on peut vivre ainsi. Pour eux, la vie consiste désormais à consommer la vie, à tuer le temps.
4. Ils découvrent leurs utopies dans cet environnement virtuel. Ils trouvent dans les séries le fait de vivre la vie de quelqu'un d'autre. Ce sont désormais les personnages de séries et de jeux qui ont commencé à prendre leur revanche. Ils trouvent dans ces nouvelles séries, films et jeux les héroïsmes qu'ils ne peuvent accomplir eux-mêmes et les vengeances qu'ils ne peuvent prendre eux-mêmes. L'émergence récente de ce type de films et de séries est précisément due à cela.
5. Dans ces conditions, l'État se met à crier : « Personne ne veut faire un travail ordinaire ». Les travaux ordinaires restent aux immigrés et aux personnes désespérées. Que se passe-t-il ensuite ? Les enfants de la classe moyenne, assis à la maison, commencent soudainement à devenir fascistes. Ils agissent comme si les immigrés leur volaient tout le travail. L'État et le capital n'ont d'ailleurs aucun souci de ce genre.
6. Il a été constaté qu'environ 3,5 millions de jeunes âgés de 22 à 35 ans, en âge de travailler, sont assis à la maison. Comme nous l'avons mentionné plus haut, l'une des caractéristiques de la classe moyenne est de déterminer l'orientation idéologique de la société. Cette hégémonie idéologique devient un mode de vie même pour les enfants des milieux plus pauvres. Nous aborderons également la manière dont les quartiers pauvres deviennent des terrains de recrutement pour les gangs et la mafia, mais nous traiterons ce sujet dans un autre article.
Les hommes constituent la majorité du groupe des 3,5 millions de « jeunes au foyer » dont nous parlons. La raison pour laquelle ce taux est plus faible chez les femmes est que, grâce à une expérience d'oppression venant de plus loin, les femmes sont plus attachées à leur indépendance économique. Le glissement progressif de la vie professionnelle vers le secteur des services et la concentration des emplois de bureau semblent également avoir un impact sur ce phénomène.
Bien entendu, il faut également évaluer le MESEM dans ce contexte. L'exploitation des enfants en tant que travailleurs est une illusion en soi et une nouvelle forme d'exploitation développée par l'État.
Si vous voulez détruire un pays, il suffit de faire s'effondrer le système éducatif, de rendre le système de santé inopérant et de ruiner l'ordre juridique. C'est pourquoi les attaques contre l'éducation ont été au premier rang durant la période néolibérale. Le néolibéralisme est l'ennemi de l'esprit humain ; il commence d'abord par détruire la raison, c'est-à-dire la raison des Lumières.
7. La privatisation du système éducatif est l'arme la plus puissante utilisée dans ce processus. Par exemple, dans le nouveau système éducatif, un étudiant appartenant au premier centile peut s'asseoir sur le même banc qu'un étudiant appartenant au cinquantième centile. Il est étrange que le segment qui se situe dans le cinquantième centile et qui fait ses études universitaires en payant, prenne l'avantage dans la vie professionnelle. Sa famille, son entourage et la richesse qu'il possède lui offrent ces opportunités.
Disons qu'il y a 10 étudiants ayant étudié la psychologie, l'un est entré avec 300 points, les autres avec 400 points et ils terminent leurs études. L'étudiant payant, entré avec 300 points, ouvre sa propre clinique et emploie les 9 psychologues entrés avec 400 points. Cette situation est bien sûr un désastre pour tout jeune entrant dans la nouvelle vie professionnelle. Même s'il ne s'en rend pas compte, même s'il ne l'exprime pas, il vivra cette injustice en lui-même et cela affectera sa vie.
8. La caractéristique fondamentale de ces enfants est d'être élevés en étant protégés de tous les risques. Ils sont constamment effrayés. La « rue » est un croque-mitaine pour ces enfants, la sécurité des écoles est le plus grand problème, la peur de grandir en mauvaise santé, des virus, de tomber malade leur a été injectée dès leur plus jeune âge. Bien sûr, ce sont leurs propres parents qui produisent ce résultat. Toutes ces peurs ont isolé les enfants et les ont individualisés. Mais plus important encore, cela s'est traduit par une méfiance envers toute institution, toute communauté, voire envers les autres êtres humains, en dehors d'eux-mêmes.
9. À la base de ces peurs se trouve l'idéologie dominante du néolibéralisme. Le néolibéralisme a d'abord coupé l'homme de son histoire ; la nouvelle jeunesse ne connaît pas l'histoire, elle est coupée de son histoire et a été élevée par ses familles en insistant constamment sur l'importance de « vivre l'instant présent ». Une jeunesse qui n'a déjà pas d'histoire et qui n'a plus d'espoir pour l'avenir a atteint le point d'explosion, et nous le voyons clairement dans les nouvelles manifestations étudiantes.
10. Le néolibéralisme a promis de supprimer les frontières avec la promesse de liberté pour tout, et a déclaré la guerre à l'idée de l'État-nation. L'État-nation et ses institutions ont été corrodés un par un et rendus inopérants. L'instinct le plus fondamental de l'homme est de chercher la sécurité. Cette nouvelle jeunesse a grandi sans pouvoir faire confiance à aucune institution. Elle est dans une méfiance constante. Là où il n'y a pas de confiance, l'idée de travailler ensemble n'existe déjà pas. La jeunesse est incapable de travailler ensemble.
11. Ces enfants ont été élevés à la maison sans limites. Depuis leur petite enfance, ils ont été éduqués avec une conception absurde de la liberté adoptée par leurs parents. Pourtant, la liberté n'est pas possible par la suppression des frontières, mais par la capacité d'exister dans ses propres limites sans violer celles des autres. C'est l'une des plus grandes erreurs commises dans l'éducation des enfants. Les enfants ont besoin de limites. Lorsqu'il n'y a pas de limites, ils ne se sentent pas en sécurité. Pourtant, la condition la plus importante de l'équilibre mental pour un enfant est de se sentir en sécurité.
12. Ces enfants ont été transportés de cours en cours, toujours sous la surveillance de leurs parents qui voient le monde extérieur et les autres comme un danger constant. Ils ont été élevés en s'entendant dire : « Tu es précieux, tu es le meilleur ! », et une confiance en soi absurde leur a été inculquée. Par exemple, ils ont des parents qui imaginent que l'enfant sera immédiatement sélectionné en équipe nationale lorsqu'il commence le tennis. Cette confiance en soi vide a empêché l'enfant de travailler, d'établir des partenariats et de développer une conscience commune à l'avenir.
Pour en arriver à la conclusion, la cause fondamentale du phénomène de la nouvelle jeunesse réside dans les parents qui ont été confrontés à une grande manipulation idéologique. La « classe moyenne » créée par le monde bipolaire a commencé à perdre lentement sa nature de classe moyenne après la dissolution du socialisme. C'est une évolution positive, car la classe moyenne possède une structure qui absorbe et diffuse l'idéologie néolibérale. Les enfants qu'ils ont élevés sont devenus effrayés, individualisés, coupés de leur histoire et éloignés de la conscience de classe.
Mais la vraie question est : pourquoi les socialistes ont-ils été si influencés par cette idéologie de la « classe moyenne » ?
Alors, je pose la question suivante pour les socialistes de gauche : changer l'infrastructure économique résoudra-t-il tous nos problèmes ?
Donnons un exemple. La Révolution d'Octobre a-t-elle pu changer immédiatement toute l'infrastructure de la société grâce à la révolution ? Après la révolution, a-t-elle pu changer rapidement la pensée paysanne, les vestiges féodaux, les valeurs religieuses ?
Bien sûr, la révolution a chargé ceux qui croyaient au changement de la société d'une grande confiance, mais le changement a été long et n'a même pas été pleinement réussi.
Essayer de créer l'homme nouveau uniquement à partir d'aujourd'hui est une lacune, et soutenir qu'il ne changera que par la révolution est également une lacune ; ce n'est qu'en menant ces deux choses de front que l'on obtiendra des résultats positifs.