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Vivre avec des meurtriers impunis et le meurtre étouffé de Sinan Ateş

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Publié: 06.05.2024 09:57

Ces derniers temps, j'ai d'innombrables questions en tête concernant la justice en Turquie.

À tel point que j'ai eu l'occasion de poser la plus poignante de ces questions à Filiz Saraç, présidente du Barreau d'Istanbul, dans les studios de 12punto.

J'avais demandé comment il était possible que de nombreux crimes, des meurtres aux délits mineurs, restent impunis et que les auteurs d'homicides soient libérés en peu de temps.

La réponse de la présidente du Barreau, Filiz Saraç, a été : "L'incapacité à gérer, l'incapacité à mettre en place correctement le régime d'exécution des peines, le manque de suivi adéquat des personnes ayant un potentiel criminel, les erreurs commises par le biais de certaines lois ou pratiques d'amnistie introduites de manière inappropriée, et le fait que la non-traduction en justice de ceux qui devraient l'être engendre l'impunité."

Quelques jours plus tard, un ami venu chez moi pour me laisser une invitation de mariage m'a confié son inquiétude concernant le quartier où il allait emménager, mentionnant deux meurtriers vivant dans le quartier où il louait son logement.

Il a expliqué qu'il n'arrivait pas à comprendre comment ces personnes pouvaient être en liberté malgré le fait qu'elles aient commis des meurtres.

En somme, les questions auxquelles personne ne trouve de réponse et que personne ne comprend tourmentaient également son esprit.

Vivre avec des meurtriers impunis... Ou vivre avec des personnes « avides de crime » qui savent que, quoi qu'elles fassent, elles ne seront pas confrontées à des sanctions sérieuses, s'appuyant parfois sur la justice, parfois sur l'argent et les barons du crime...

Admettons que nous considérions cette situation comme un dysfonctionnement ou un mauvais fonctionnement de l'engrenage du système judiciaire, et que nous l'attribuions à diverses raisons.

Mais que dire des injustices commises au vu et au su de tous ?

Le 30 décembre 2022, l'ancien président des Foyers idéalistes (Ülkü Ocakları) et universitaire Sinan Ateş a été abattu par balle. Son meurtrier a été arrêté. 17 mois ont passé. L'acte d'accusation concernant Sinan Ateş a été préparé.

Force est de constater que dans cet acte d'accusation de 145 pages, il n'est même pas écrit qu'Ateş était l'ancien président des Ülkü Ocakları. La raison de son meurtre n'y figure pas non plus. Pourtant, tout le monde sait que la direction du MHP, après avoir écarté Ateş de ses fonctions, l'avait accusé de proximité avec le parti IYI et de liens avec le FETÖ, et qu'Ateş avait été menacé et désigné comme cible.

Après le meurtre d'Ateş, sa famille a vécu de grandes souffrances.

Son père est décédé récemment d'une crise cardiaque. Des appels ont été lancés aux plus hauts niveaux de la politique, jusqu'au président Erdoğan, pour que le meurtre d'Ateş soit élucidé. Le meurtre a été maintenu sous les projecteurs autant que possible. Cependant, aucune mesure concrète n'est prise.

Alors que tout est si clair, et que les journalistes qui écrivent ouvertement les détails de l'affaire sont menacés d'arrestation, la justice ne se réalise pas.

Le jour où nous comprendrons que l'être humain ne peut trouver la paix là où la conscience et la justice sont absentes, nous pourrons peut-être faire un petit pas vers la construction d'une Turquie juste...

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