Frappez Dilruba
Dilruba Y. est une jeune femme turque moderne vivant à Izmir…
Un jour, dans la rue, elle a été abordée par le journaliste de la chaîne YouTube nommée Tüylü Mikrofon, qui a interrogé la jeune fille sur l'interdiction d'Instagram…
Elle devait avoir le cœur gros, alors elle a vidé son sac… Voici ses propos, retranscrits mot pour mot, jusqu'à la moindre virgule :
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« En plein XXIe siècle, si nous décidons de quitter le système parlementaire pour remettre toute la République de Turquie entre les mains d'un seul homme, alors il l'utilisera comme la ferme de son père, comme une étable. Son propre compte Instagram est actif, il publie des messages pour le vendredi, et il y a même des gens pour soutenir cela en disant : "Bien sûr qu'il va l'utiliser, bien sûr qu'il va l'ouvrir"… Ce que je vais dire maintenant peut être mal compris, peut être interprété autrement ; je m'en fiche complètement. Pourquoi devrais-je porter le deuil parce qu'un Arabe est mort ? Cela ne me concerne pas ! Lui-même utilise Instagram, mais il nous impose une interdiction forcée pendant une semaine. C'est-à-dire qu'officiellement, pendant une semaine de deuil… S'il ne se retenait pas, il nous ferait célébrer le vingtième jour, le quarantième jour. Il y a des influenceurs qui utilisent les réseaux sociaux (ce n'est pas mon cas, mais bon). 90 % de la Turquie, voire du monde, gagne désormais sa vie grâce à Instagram. On ne peut pas, sans présenter aucune justification, sans aucune raison, dire un soir : "J'ai fermé, c'est comme ça". Une nuit, il fait passer une loi, il veut que les animaux meurent. Il fait passer une loi visant à massacrer les animaux au nom de Dieu. Une nuit, la Convention d'Istanbul est abrogée. Une nuit, il ferme Instagram, il ferme les réseaux sociaux. D'accord, nous avons compris que le pays lui a été livré, mais ce n'est pas la ferme de son père… Ce qu'il fait, c'est un coup d'État ! Fermer les réseaux sociaux est un coup d'État, faire passer une loi sur le massacre des animaux est un coup d'État. Il fait ce qu'il veut de nous. C'est très grave. En aucun cas, je veux dire, même s'il n'était pas président, même s'il était le propriétaire du monde, dans la République de Turquie (qui est, soit dit en passant, un pays laïc), il ne peut pas fermer Instagram à sa guise. Je veux aussi dire ceci ; il y aura des gens pour le soutenir, et je ne veux absolument pas que cela s'arrête : vous êtes des idiots ! Parce que vous avez remis tous vos droits et libertés à une seule personne et parce que vous l'adorez en le plaçant au-dessus de Dieu, alors que vous nous traitez d'"Ataput" (idole d'Atatürk), d'"ittapar" (adorateurs de chiens) ; parce que vous le placez au-dessus de Dieu, parce que vous soutenez la fermeture des réseaux sociaux et le massacre des animaux, vous êtes tous des idiots au cerveau lavé. Je ne veux pas que cela s'arrête. J'insiste lourdement sur le fait que tous ceux qui soutiennent cela sont des idiots. »
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Dilruba a été placée en garde à vue pour avoir tenu ces propos ; elle a été présentée devant un tribunal et placée en détention provisoire.
Ses chefs d'accusation : insulte au Président, incitation publique à la haine et à l'hostilité…
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Où se trouve l'« incitation à la haine et à l'hostilité » dans ces propos ?
Elle ne tient pas ces propos face à des citoyens sensés et respectueux des lois !
Elle les adresse à ces esclaves de confréries qui en sont arrivés à remettre tous leurs droits et libertés entre les mains d'un seul homme…
À ces faux croyants qui adorent une créature de Dieu en la plaçant au-dessus de Dieu lui-même…
Elle traite d'« idiots » ceux qui, ennemis d'Atatürk, étiquettent ceux qui pensent comme elle d'« Ataput » ou d'« ittapar »…
Et puis, comment devrions-nous appeler ceux qui font cela, si ce n'est des idiots ?
Des surdoués ?
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Quant à l'accusation d'« insulte au Président »…
Il n'y a dans les propos de Dilruba ni insulte, ni injure, ni dénigrement…
Oui, elle a dit « idiots », mais elle ne l'a pas dit au Président…
D'ailleurs, elle n'a pas utilisé les mots que le Président a lui-même employés à maintes reprises : sans honneur, pillards, misérables, pauvres types, négligents, stupides, imbéciles, on ne sait pas si c'est une femme ou une fille…
Pourri, débauchée…
Elle n'a pas utilisé les termes de sans honneur, sans dignité, sans éducation…
Il y a quelqu'un qui dit tout cela, mais qui, loin d'être arrêté, ne fait l'objet d'aucune poursuite judiciaire :
Et ce quelqu'un est, malheureusement, le Président de ce pays !
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Aujourd'hui, dans ce pays, il y a au moins 40 millions de personnes ayant le droit de vote qui trouvent les propos de Dilruba Y. justifiés et qui disent : « Elle a été bien trop modérée »…
Que comptez-vous faire ? Nous mettre tous en prison ?
Non…
Vous allez simplement multiplier les interdictions pour tenter de faire taire l'opposition sociale grandissante et étouffer la voix de la rue…
Vous aurez recours à la violence et aux sanctions.
Mais vous allez déchanter, messieurs, vous allez déchanter…
Je signe des deux mains les critiques de Dilruba, que je n'ai jamais vue de ma vie… dont j'ignore le travail, l'âge et la ville d'origine.
Et je le fais depuis des années, bien avant même qu'elle ne vienne au monde.
Maintenant, allez-vous m'emprisonner, moi aussi ?
Et après ?
Si tout le monde commence à signer ces propos, que ferez-vous alors ?
Je vous donne la réponse à ma question :
Vous partirez !
Vous partirez, bon gré mal gré.
Et nous, nous fermerons tous les robinets derrière vous pour que…
Il n'y ait pas de retour possible !