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République et civilisation

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Les grandes civilisations du monde, les cultures profondément enracinées et les États puissants n'ont pas mis en avant les différences, les oppositions, les séparations, les altérités ou les clivages, mais plutôt les similitudes, les points communs et les convergences. Ils ont cherché et trouvé les moyens de fusionner, de mélanger, de synthétiser et de fondre ces éléments dans un creuset commun. C'est ainsi qu'ils se sont développés et renforcés. 

Lorsqu'il est question de dynamisme culturel, on observe que les cultures avancées ne sont pas celles qui sont restées les plus isolées, les plus fermées sur l'extérieur ou celles qui ont tenté de rester pures, mais bien celles qui ont entretenu des interactions intenses avec les autres, influençant et étant influencées en retour.  

La République de Turquie; a été fondée par un dirigeant qui avait parfaitement assimilé ces vérités scientifiques. Les réalités historiques, géographiques, sociales et culturelles l'ont également rendu nécessaire. Comme le soulignait souvent notre martyr de la République, Ahmet Taner Kışlalı, Mustafa Kemal Atatürk n'a pas mis en avant les différences mais les similitudes, et a institutionnalisé les points communs plutôt que les séparations.

Avec une conscience de la patrie, de la nation et de l'histoire, ainsi qu'une unité de langue et de culture, il a visé la fusion du peuple et la formation de la nation. Dans notre pays, qui se distingue par sa richesse et sa diversité culturelles, il a compris qu'une synthèse nationale ne pouvait se réaliser que par ce moyen. La création de la Faculté de langue, d'histoire et de géographie au sein de l'Université d'Ankara en 1935 (les concepts dans le nom de la faculté sont les éléments fondamentaux de la nation), la fondation de la Sümerbank en 1933 et de l'Etibank en 1935, ainsi que le choix de donner aux banques les noms des civilisations d'Anatolie, sont autant de preuves de la conception de la nation d'Atatürk et des lieux où il cherchait nos racines historiques. 

Il faut réitérer que sans dépasser les appartenances féodales, les identités ethniques, religieuses, confessionnelles, régionales et les allégeances héritées du Moyen Âge, on ne peut atteindre une culture avancée. On ne peut être civilisé. Sans établir des unions plus grandes, plus larges et plus profondes, on ne peut bâtir de grands États. Les grands États ne se construisent pas en se divisant, mais en s'unissant. En examinant les grands empires du passé, on constate qu'ils ont grandi et se sont développés en intégrant l'autre, en l'incorporant à leur structure. 

Surtout lorsqu'il est question de révolution, de progressisme ou de gauche, il est d'autant plus nécessaire de s'opposer à la division, à la fragmentation et au clivage. Car on ne peut faire une révolution en se fragmentant. La révolution est unificatrice. Si elle n'est pas unificatrice, elle ne peut atteindre son objectif. C'est ce que les révolutionnaires doivent savoir mieux que quiconque. La Révolution française, la Révolution d'Octobre, la Révolution chinoise, la Révolution cubaine, la Révolution mexicaine et la Révolution turque ont toutes réussi parce qu'elles ont uni, intégré et fusionné les peuples.

Qu'elle porte le caractère d'une révolution bourgeoise, qu'elle penche vers une révolution nationale démocratique, que son caractère de classe soit mis en avant ou qu'elle serve d'exemple aux révolutions des peuples opprimés, toutes les révolutions sont unificatrices, et elles doivent l'être.

L'inverse est également vrai, bien entendu. Les mouvements réactionnaires et les manœuvres contre-révolutionnaires sont diviseurs et fragmentateurs. Cela vaut pour la Turquie, la Russie et la Syrie. C'est ainsi que la Yougoslavie a été divisée. La situation de l'Irak est sous les yeux de tous. Car ouvrir la porte au fédéralisme par le biais du féodalisme, mettre en avant la politique identitaire en se cachant derrière le slogan « Les différences sont une richesse » et affaiblir la politique de classe, revient en substance à servir l'impérialisme. La force, la prospérité, la richesse et le succès ne résident pas dans la séparation, mais dans l'unité et la solidarité. 

Prof. Dr. Barış Doster