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Le « Moyen-Orient » en filigrane du sommet de l'OTAN inquiète

Par Hande Orhon Özdağ... Le « Moyen-Orient » en filigrane du sommet de l'OTAN inquiète

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Le « Moyen-Orient » en filigrane du sommet de l'OTAN inquiète

Le sommet de l'OTAN à Ankara n'a pas seulement laissé derrière lui un communiqué final, mais aussi un vaste matériau politique qui pourra être débattu pendant longtemps, tant dans le monde qu'en Turquie. L'avenir de l'Alliance, les dépenses de défense, la guerre en Ukraine et la position de la Turquie au sein de l'OTAN constituaient l'agenda visible du sommet. Le Moyen-Orient, quant à lui, n'était pas au centre de la table, mais juste à côté. Bien qu'il n'ait pas été beaucoup discuté, les lignes en filigrane du sommet et du ballet diplomatique qui l'a accompagné offrent plus que suffisamment de raisons de s'inquiéter de l'avenir proche du Moyen-Orient.

L'ARTICLE SUR L'IRAN DANS LE COMMUNIQUÉ FINAL : UN ÉQUILIBRE PLUS SYMBOLIQUE QUE FORT

L'inclusion de l'Iran dans le communiqué final du sommet de l'OTAN était en soi significative. Cependant, la formulation de l'article en question est restée, à première vue, en deçà de l'impact politique qu'elle a suscité.

Affirmer que l'Iran ne doit pas posséder d'arme nucléaire n'est pas une position nouvelle ou radicale. L'Iran, partie au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, n'a jamais officiellement déclaré viser le développement d'armes nucléaires. Admettons-le, le débat ici porte moins sur ce que dit l'Iran que sur le point à partir duquel son programme nucléaire se transformera en capacité militaire. C'est pourquoi l'expression « l'Iran ne doit jamais posséder d'arme nucléaire » ne constitue pas un nouveau seuil sur le plan juridique et politique. Comme on pouvait s'y attendre, le communiqué ne donne aucune indication sur ce que ferait l'OTAN si l'Iran s'orientait vers le franchissement de cette limite.

L'accent mis sur la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz s'apparente également à un appel à un retour à la situation d'avant-guerre. Ormuz était déjà ouvert avant la guerre. Il y a donc ici un désir de rétablir le statu quo qui a été rompu par les États-Unis et Israël.

Pour cette raison, l'article sur l'Iran peut être lu davantage comme une tentative d'équilibre politique. Il semble qu'un espace de satisfaction symbolique ait été ouvert au sein de l'Alliance pour le président américain Donald Trump, qui n'a pas trouvé tout le soutien qu'il attendait des pays de l'OTAN dans ses opérations contre l'Iran. En bref, on peut dire que cet article a servi à apaiser Trump plutôt qu'à « dissuader » l'Iran.

LE DISCOURS DE TRUMP SUR L'IRAN : ENTRE GUERRE ET NÉGOCIATION

Les déclarations fluctuantes de Trump sur l'Iran se sont poursuivies à Ankara. D'un côté, il a affirmé que la guerre n'était pas terminée, de l'autre, il n'a pas fermé la porte à une solution diplomatique. Ce langage ambigu est devenu l'une des caractéristiques les plus marquantes du discours de politique étrangère de Trump : amplifier la menace, laisser la porte de la négociation entrouverte et, finalement, utiliser l'incertitude comme outil de négociation ! Trump l'a déjà fait en Corée du Nord, dans la guerre commerciale avec la Chine et sur la question russe. Bien sûr, il ne faut pas oublier que ce langage, oscillant entre fermeté et compromis, s'adresse autant à l'opinion publique intérieure qu'à la partie adverse.

Le protocole d'accord signé entre l'Iran et les États-Unis en juin reflétait d'ailleurs assez bien cette situation. Il n'était déjà pas réaliste de résoudre en quelques semaines de diplomatie, dans des conditions de guerre, des problèmes non résolus depuis des décennies. L'état actuel de non-conflit, qui est d'ailleurs parfois violé, ressemble davantage à un silence intermédiaire qu'à une paix durable. Ce silence peut permettre à Trump de reprendre son souffle jusqu'aux prochaines élections. Il peut offrir à l'Iran une opportunité de redressement économique et militaire. Il peut également donner aux pays de la région le temps de prendre de nouvelles positions. Cependant, l'histoire récente du Moyen-Orient montre que les cessez-le-feu temporaires sont, le plus souvent, une période de préparation au conflit suivant plutôt qu'une paix.

LA QUESTION DES F-35 : LES AVIONS ET AU-DELÀ

La question des F-35 pour la Turquie revêt une signification large en termes de puissance aérienne, d'équilibres régionaux et, en réalité, de hiérarchie au sein de l'OTAN.

Bien que Trump ait déclaré qu'il abordait la résolution du problème de manière positive, la manière dont les obstacles politiques, diplomatiques et juridiques seront surmontés reste incertaine. La question des S-400, les sanctions CAATSA, l'attitude du Congrès et le statut de la Turquie dans le programme restent en suspens, au milieu de tant de rumeurs.

Aujourd'hui, outre Israël, les F-35 se trouvent dans les forces aériennes de pays comme l'Italie, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Norvège. La Grèce cherche également à acquérir ces avions. La possession de F-35 par la Turquie pourrait créer un changement dans la géopolitique, notamment au Moyen-Orient et en Méditerranée. Il n'est donc pas surprenant qu'Israël s'oppose fermement à la question des F-35 pour la Turquie. Israël tente depuis longtemps d'imposer sa supériorité militaire à toute la région. La possession de F-35 par la Turquie pourrait affecter directement ce calcul de supériorité sur lequel Israël a beaucoup « investi » au Moyen-Orient.

Il est clair que la tension actuelle entre la Turquie et Israël reste largement au niveau du discours et remplit une fonction s'adressant aux opinions publiques intérieures. Cependant, il existe également une divergence marquée entre les projections des deux pays sur l'avenir de la région. La question des F-35 pourrait rendre cette divergence plus visible et plus stratégique. Cette situation augmente le risque d'une lutte d'influence qui pourrait être menée par des acteurs interposés sur des terrains fragiles, plutôt que la probabilité d'un conflit direct et chaud.

C'est précisément à ce stade que le dossier du Liban et du Hezbollah prend de l'importance.

LIBAN : UNE LIGNE DE FAILLE OUBLIÉE

Alors que Trump faisait l'éloge d'Ahmed al-Shara à Ankara, il était inquiétant de l'entendre expliquer quel grand geste il avait fait envers Israël en « donnant le plateau du Golan » et d'aborder la question du Liban et du Hezbollah. Ses déclarations ont clairement montré que Trump souhaitait donner un rôle plus important à la Syrie dans la question libanaise.

Cette approche de Trump est extrêmement problématique et très risquée. Car le Liban est un laboratoire politique où se superposent presque toutes les tensions historiques de la région. Les équilibres confessionnels, la question palestinienne, l'influence historique de la Syrie, l'influence de l'Iran, les préoccupations sécuritaires d'Israël, les interventions des puissances occidentales et la question des réfugiés sont entremêlés dans la même géographie.

L'héritage destructeur de la guerre civile libanaise semble aujourd'hui largement oublié. Pourtant, la guerre qui a débuté en 1975 et a duré 15 ans n'a pas seulement déchiré le Liban ; elle a créé une crise régionale multicouche impliquant la Syrie, Israël, les organisations palestiniennes, l'Iran et les puissances occidentales.

C'est pourquoi tenter d'intervenir au Liban par l'intermédiaire de n'importe quel acteur en Syrie est extrêmement dangereux. Alors que la stabilité n'a pas encore été établie en Syrie, qui est elle-même une bombe à retardement, donner à la Syrie un rôle de « maintien de l'ordre » au Liban revient, au-delà de l'absurdité, à allumer la mèche d'une nouvelle crise régionale.

Un tel développement pourrait conduire à la régionalisation de la guerre iranienne via le Hezbollah, à l'évolution de la question israélo-palestinienne vers un plan différent et à l'émergence de nouvelles tensions dans le monde arabe. Notre voisin, la Syrie, pourrait également redevenir la ligne de front de la compétition régionale.

En outre, une crise libanaise centrée sur la Syrie pourrait devenir un espace de décharge indirecte de la tension entre la Turquie et Israël. Un terrain de compétition pourrait émerger où les parties ne s'affrontent pas directement, mais soutiennent des acteurs différents et des réseaux de sécurité différents.

Dimension de la Méditerranée orientale

Une nouvelle crise qui pourrait survenir via le Liban affecterait sans aucun doute les équilibres déjà tendus de la Méditerranée orientale. La position géographique du Liban est importante en raison des lignes énergétiques, des zones de juridiction maritime et de sa proximité avec le triangle Israël-Syrie-Turquie.

La Méditerranée orientale est depuis longtemps l'un des centres de la compétition entre la Turquie et la Grèce, Chypre du Sud, Israël et l'Égypte. Les projets énergétiques, les bases militaires, la puissance aérienne et les zones de juridiction maritime sont les éléments fondamentaux de cette compétition.

Les récents développements entre la Grèce, Chypre du Sud, la France, l'Égypte et Israël peuvent être lus comme faisant partie d'un effort visant à créer une asymétrie de puissance au détriment de la Turquie dans la région. Bien qu'il soit discutable de savoir si l'acquisition de F-35 par la Turquie peut modifier cet équilibre, on peut penser qu'elle entraînera une nouvelle course aux armements.

C'est pourquoi il serait incomplet de considérer le dossier des F-35 uniquement comme un élément des relations turco-américaines. La question concerne également les calculs de sécurité d'Israël, la capacité militaire de la Grèce, l'équilibre des forces en Méditerranée orientale et la position régionale de la Turquie.

DERRIÈRE CE QUI EST APPARENT AU SOMMET D'ANKARA

Par conséquent, le sommet d'Ankara et les contacts diplomatiques menés en marge montrent que les différents dossiers de crise au Moyen-Orient convergent progressivement vers une ligne de tension commune. Le cessez-le-feu fragile en Iran, le nouveau rôle attribué à la Syrie, le dossier du Liban et du Hezbollah ainsi que les tensions en Méditerranée orientale alimentent la même pression régionale. L'agenda de l'OTAN, qui semble à première vue distinct de ces questions, a rendu plus visible, lors du sommet d'Ankara, la manière dont ces lignes de faille pourraient se connecter à l'avenir. J'espère que toutes ces possibilités resteront uniquement dans les lignes en filigrane du sommet, sans se transformer en réalité.


Source de l'actualité: 12punto