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L'affaire du café-croissant !

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La semaine dernière, au carrefour de la gare routière d'Edremit, un café moderne récemment ouvert a attiré mon attention.

Sur l'enseigne, on pouvait lire en lettres voyantes : "Croissant et Café".

Par curiosité, je suis entré pour demander le prix.

J'aurais mieux fait de m'abstenir ; la réponse m'a laissé stupéfait.

Je me suis retrouvé face à face avec une preuve flagrante de la folie économique qui frappe le pays.

Tenez-vous bien : le prix d'un simple croissant est de 170 TL !

Si vous avez envie de quelque chose d'un peu plus luxueux, avec deux cuillères à café de confiture ou une touche de chocolat, le prix commence à 350 TL.

C'est à peine croyable.

Soulignons-le, nous ne parlons pas ici de cafés situés dans des stations balnéaires réputées pour arnaquer les touristes de passage, comme Bodrum ou Marmaris.

Considérons que ceci est le représentant à l'échelle d'Edremit d'un système qui défie les limites de la raison, dépasse les théories économiques et est ouvertement fondé sur l'exploitation des citoyens !

À mes débuts de journaliste, mon rédacteur en chef disait qu'un journaliste n'est pas celui qui sait tout, mais celui qui sait qui détient le savoir !

Je suis donc passé à la boulangerie sur mon chemin et j'ai posé la question.

Le coût de production total d'un croissant pour le propriétaire, en incluant le loyer, l'électricité, la main-d'œuvre et toutes les charges d'exploitation, ne dépasse pas 50 à 55 TL.

Ce chiffre est valable pour Edremit, bien sûr...

Je vous laisse deviner l'ampleur du profit réalisé.

Maintenant, mettons ce calcul tragi-comique sur la table à l'échelle mondiale en faisant appel à notre mémoire d'observateur international.

La patrie de cette viennoiserie, le croissant, est la France.

Aujourd'hui, en France, si vous allez dans une boulangerie de quartier ordinaire à Paris, vous paierez un croissant au beurre délicieux entre 0,90 et 2,00 euros tout au plus.

Disons que ce n'est pas un endroit ordinaire ; vous vous êtes assis dans l'un des établissements les plus luxueux et touristiques de Paris, ceux avec vue sur la tour Eiffel que l'on voit dans les films. Même là, le prix du croissant le plus exorbitant ne dépasserait pas 5 ou 6 euros.

Même en convertissant avec le taux de change élevé de l'euro actuel, ce luxe parisien mondialement célèbre reste moins cher que notre boutique d'Edremit !

Ce café aux prix exorbitants dont je parle ne se trouve pas sur un boulevard chic de Paris ou sur les rives du Bosphore à Istanbul. Il est situé à seulement 200 mètres du marché où les paysans vendent leurs produits le mercredi, juste à côté de la zone industrielle d'Edremit !

Entre le bruit des marteaux, la fumée de soudure et l'odeur des gaz d'échappement, on vend des viennoiseries plus cher que dans les cafés élitistes de Paris.

C'est exactement cela, la réalité sur le terrain de cette illusion de la "nouvelle Turquie" défendue avec arrogance par le pouvoir.

La perception des prix, la logique de localisation et les coûts de production ont été totalement abolis ; il ne reste qu'une soif de profit incontrôlée, effrontée et sans surveillance...

Ne regardons pas seulement l'Europe. Au printemps dernier, j'étais en Extrême-Orient. J'ai parcouru étape par étape Singapour, Hong Kong, la Corée du Sud et le Japon, centres mondiaux de la finance, de l'argent et de la haute technologie.

Tous ces pays dépassent largement le nôtre en termes de revenu par habitant et comptent parmi les nations les plus développées et les plus prospères au monde.

Je le dis clairement et nettement : aucun de ces pays n'est plus cher que la Turquie !

Le prix d'un dîner pris entre les gratte-ciel de Singapour ou au cœur de Tokyo reste plus raisonnable que les additions impitoyables que l'on vous présente aujourd'hui à Istanbul, Ankara, Izmir ou Bursa.

Par exemple, à l'aéroport international de Haneda à Tokyo, le prix d'un menu hamburger avec soda et frites est de 1 140 yens, soit 330,06 TL au taux de change actuel.

Voyons voir, combien paierez-vous pour ce même hamburger à l'aéroport d'Istanbul ?

Je vous le dis : le menu Big Mac chez McDonald's est à 890 TL, le menu Whopper chez Burger King à 946 TL, le menu Double Quarter Pounder à 900 TL, et le menu Saltbae Burger chez Nusr-Et à 2 000 TL.

Franchement, c'est indécent...

Alors, ne faut-il pas se demander pourquoi, alors que les géants mondiaux peuvent offrir ces standards de vie humains à leur population, nous jouons les premiers rôles pour devenir le pays le plus cher du monde ?

Pourquoi sommes-nous contraints de payer une fortune pour un café et un croissant dans une boutique surgie de nulle part au bord de notre propre zone industrielle ?

Élargissons le tableau.

La vague d'inflation mondiale qui a pris le monde en otage après la pandémie, la rupture des chaînes d'approvisionnement, l'impression monétaire incontrôlée et les crises logistiques sont entrées dans nos vies comme une menace mondiale.

Les économies développées ont réussi, d'une manière ou d'une autre, à contenir les dommages causés par l'abondance de liquidités en augmentant la production et par des politiques monétaires strictes.

Cependant, en Turquie, la situation a totalement échappé à tout contrôle.

Nous ne vivons plus une fluctuation économique mondiale ou une quelconque incompétence. Nous sommes face à un système de pillage organisé, dont chaque étape est minutieusement calculée et menée en se cachant derrière les crises mondiales.

Cette cherté exorbitante que nous subissons est un transfert de capital conscient et systématique effectué à l'aide du fouet de l'inflation.

Le dernier centime dans la poche du peuple est transféré dans les coffres d'une poignée de privilégiés.

Ce mécanisme, qui élimine totalement la justice sociale, crée une société de l'aumône planifiée en laissant de larges masses dans le besoin. À mesure que le sens de la morale et de la justice disparaît dans la société, ce système d'exploitation s'enracine et devient permanent.

La Turquie, avec son revenu national qui s'appauvrit, avance imprudemment vers le titre de pays le plus cher et le plus impitoyable du monde, en totale contradiction avec sa situation réelle.

Au lieu de mener des réformes structurelles, de soutenir la production et de punir la mentalité des spéculateurs, le pouvoir préfère gérer la perception sociale avec des mensonges millimétrés et de faux chiffres.

Par le biais de l'inflation, ils enrichissent les riches et transforment les pauvres en esclaves contraints à l'allégeance.

Dans ce climat où le contrôle et le droit sont consciemment détruits, l'opportunisme est présenté comme une stratégie de survie, et la décomposition morale envahit toute la société, du bas vers le haut.

Le résultat est évident : en Turquie, l'inflation n'est plus seulement un échec technique composé de chiffres. C'est un système de pillage profond qui corrompt délibérément le tissu social et fait se sentir les gens comme des réfugiés dans leur propre patrie.

Ce système corrompu, qui a créé un environnement plus cher qu'à Paris ou en Extrême-Orient, n'est pas durable.

Nous sommes arrivés au point où les mots ne suffisent plus et où la vérité éclate au grand jour.

Ce tableau n'est ni une erreur de "modèle économique", ni un vent que le marché aurait pris tout seul ; il s'agit d'une opération de dépossession préméditée, dont la facture est payée par le peuple tandis que les bénéfices vont à une poignée de privilégiés.

Ce pillage effronté, qui s'étend des coins industriels de l'Anatolie aux rues des mégapoles, des aéroports qui sont la vitrine du pays jusqu'au pas de la porte du marché paysan, est la plus grande crise existentielle menaçant notre paix sociale et notre avenir.

N'oublions pas : aucun système où la justice est abolie, où l'immoralité devient la règle et où les masses sont condamnées à l'aumône n'a jamais été éternel. C'est sur ces mots que nous concluons notre article.