Trouvez les actualités publiées dans la plage de dates ci-dessous
et et
et et
et et
Effacer
Euro
Arrow
55,6324
Dollar
Arrow
48,9953
Livre sterling
Arrow
64,7133
Or
Arrow
6594,7233
BIST 100
Arrow
12.347

La « monarchie par les urnes » va-t-elle s'effondrer ? Et par quoi sera-t-elle remplacée ?

Ne laisse pas l'algorithme choisir tes actualités, décide toi-même ce que tu lis. Ajoute 12punto à tes sources préférées !

Faut-il exagérer ? Nos doigts sont fatigués d'écrire et nos langues de parler : nous sommes sous l'ère du « IIIe Abdülhamid ». Nous commençons à entendre les craquements.  

En Turquie, tous les acquis du régime républicain ont été liquidés, étape par étape et, surtout, par le biais d'une violence politique qui a utilisé comme levier l'hostilité envers la République de milieux qui pouvaient se revendiquer de la gauche — et peut-être avaient-ils raison.

Acceptons-le désormais.

Nous nous débattons depuis longtemps dans une monarchie.

Cependant, une autre réalité demeure : les dirigeants ne parviennent toujours pas à enterrer la République qu'ils ont pourtant tuée. C'est le constat de l'écrivain Orhan Gökdemir.

L'affaire est entrée dans sa phase finale non pas plus tard, mais bien avant, le 12 septembre 1980.

Nous en sommes arrivés là aujourd'hui.

Depuis une dizaine d'années, un régime d'oppression de plus en plus lourd est en vigueur. Nous pouvons appeler cela une « monarchie par les urnes ». Ou encore le « régime du IIIe Abdülhamid »...

Il y a des urnes, le peuple va voter. Mais ces votes n'ont aucune valeur. Si les résultats électoraux contrarient les dirigeants, ils sont liquidés d'une manière ou d'une autre...

Ce régime oppressif « par les urnes », ce pouvoir islamiste, a deux soucis. Le premier est que le caractère fondateur et éclairé de la République de Turquie est devenu la propriété du peuple. Les classes populaires ne veulent pas perdre totalement leur empreinte progressiste ni baisser pavillon. Elles semblent même avoir créé leur propre « kémalisme populaire ». Le second souci, ce sont les femmes. Le pouvoir islamiste ne parvient toujours pas à surmonter la réaction silencieuse des femmes.

Par conséquent, nous vivons une oppression sans fin, une sorte de « contre-révolution permanente ». Mais c'est un régime oppressif qui n'atteint jamais ses objectifs.

Rappelons cette différence : ce qui caractérise cette monarchie par les urnes, c'est-à-dire la réaction de l'AKP, ce n'est pas une oppression par les épaulettes, mais une « oppression juridique » totalement instrumentalisée. La coquille du droit subsiste, mais son contenu est totalement vidé, et c'est à travers cette image et ces institutions qu'un régime réactionnaire et l'ordre d'exploitation qu'il a établi sont maintenus. Des illégalités effroyables sont commises.  

Quoi qu'il en soit, tout le monde le sait déjà.

La question dont la réponse semble toujours incomplète est sans doute celle-ci : si tel est le cas, comment cette « monarchie bienveillante » dépendante de l'extérieur, appelée Turquie — où que se trouve cette bienveillance — peut-elle bénéficier des compliments des démocraties européennes ? Un compliment ne passe pas forcément par des éloges, il peut aussi consister à ne pas mettre d'obstacles sur le chemin.

COUPS D'ÉTAT PAR LES URNES : LE 12 SEPTEMBRE ET SON LÉGITIME HÉRITIER, LE 3 NOVEMBRE

Alors, y a-t-il de quoi s'étonner ? En fin de compte, lors des deux coups d'État par les urnes, le 12 septembre 1980 et le 3 novembre 2002, l'Occident n'a pas agi différemment. Il a soutenu.

Pourquoi, par exemple, l'Union européenne ne dit-elle rien face aux pratiques antidémocratiques flagrantes en Turquie, à l'emprisonnement pendant des années de dizaines de milliers d'innocents, à l'enquête et/ou au procès de centaines de milliers de personnes pour avoir critiqué le pouvoir ? Que dire du sort de Selahattin Demirtaş et d'Osman Kavala, qui n'ont d'ailleurs pas grand-chose à voir avec la gauche ? Et qu'en est-il d'Ekrem İmamoğlu et des milliers d'élus locaux kurdes ? Quelqu'un a-t-il déjà vu cette « chose » démocratique que nous appelons l'Occident s'émouvoir de l'oppression monarchique vécue par une Turquie de près de 90 millions d'habitants qui lui est viscéralement liée ? Pourquoi ne s'en soucient-ils pas ?

Nous devons trouver une réponse à cela.

Une réponse pourrait-elle être celle-ci ?

La dette extérieure de la Turquie s'élevait à 539 milliards de dollars au milieu de cette année. Les créanciers ne voudraient probablement pas mettre en danger une ressource qu'ils exploitent jusqu'à la moelle, ni leurs partenaires à la tête de cette ressource, cette clique de corrompus.

Si les historiens devaient un jour résumer le régime de l'AKP, ils diraient peut-être ceci : ils ont marchandé toutes les valeurs du pays avec l'Occident, les ont vendues pour une bouchée de pain, les ont louées, créant ainsi des conditions où le capital étranger pouvait miser un et gagner mille ; c'est ainsi qu'ils ont empêché que cette oie aux œufs d'or et ses bergers ne soient mis en danger... Ils ont ainsi garanti leur propre survie et leur pouvoir. Ils ont fait un calcul du type : « Si nous nous effondrons, leur capital s'effondrera aussi, c'est pourquoi ils ne nous toucheront pas ».

En effet, en cas d'effondrement du régime de l'AKP, vers lequel nous nous dirigeons, savons-nous quels milieux du capital étranger subiraient des pertes et de quelle ampleur ?

Tout le calcul de l'Ankara islamiste est là : rendre le capital étranger, et donc les capitales occidentales, dépendant de son propre pouvoir pour se garantir d'une manière ou d'une autre. Le démantèlement de l'AKP ne signifierait-il pas l'évaporation du capital occidental, laïc et démocratique, qui exploite la Turquie jusqu'à la moelle ? Une source de revenus ne serait-elle pas liquidée dans un tel cas ?

Nos économistes républicains progressistes et transcendants ont-ils fourni jusqu'à présent un inventaire détaillé et programmatique de ces forces d'exploitation étrangères, et avons-nous pu le faire savoir dignement à notre peuple ?

MAIS ALORS, PAR QUOI SERA-T-IL REMPLACÉ ?

Notre question principale est ici la suivante : si la monarchie actuelle s'effondre, si le régime du IIIe Abdülhamid est réduit en miettes et qu'une « période d'interrègne » s'ouvre, quelle garantie avons-nous que, dans les débris d'une Turquie dont le morcellement est planifié, après une tempête sociale intense, des micro-États islamistes, ethniques ou mafieux ne verront pas le jour, et que des variations plus petites et peut-être plus radicales de l'AKP ne s'empareront pas des leviers de commande ?

Combien de Kosovo prévoient-ils d'extraire de la Turquie ? Ces plans existent, dans les tiroirs.

Par conséquent, mettons en garde ceux qui attendent le soutien de l'Occident et ceux qui considèrent l'Occident comme un modèle et un objectif.

Des temps très, très difficiles attendent les républicains.

Il n'y a aucune garantie, surtout de la part de l'Europe, que lorsque l'effondrement de l'AKP deviendra inévitable, elle ne réitérera pas sur les terres anatoliennes le rôle provocateur qu'elle a joué dans la guerre en Ukraine.

Si certains pensent que la démocratie viendra après un régime d'oppression islamiste en déclin, nous leur suggérons de feuilleter un peu plus leurs livres. Qu'ils jettent un nouveau regard sur l'axe Yougoslavie-Syrie, voire sur l'Afghanistan...

Un profil en lambeaux pourrait suivre la « monarchie par les urnes » ou le « régime du IIIe Abdülhamid », en somme l'Ankara islamiste, si une offensive républicaine à orientation socialiste ne parvient pas à proposer une issue capable de maintenir cette géographie politique unie...

Il est certain que la démocratie de l'UE tentera d'étouffer cette seconde intervention, c'est-à-dire l'initiative républicaine.

Que faire ?

Il semble que nous reviendrons sur cette question...