La vision d'Atatürk sur le Parlement et la politique étrangère
Que l'on accorde de l'importance à la profondeur historique ou que l'on cite Ibn Khaldoun en affirmant que « la géographie est le destin », quel que soit l'angle sous lequel on l'observe, la Turquie est un pays spécial et unique. Elle possède une culture si riche et un héritage si vaste qu'ils ne peuvent être réduits à une seule identité politique, historique, sociale ou culturelle.
Elle est multidimensionnelle, multiculturelle. Elle est à la fois asiatique et européenne. Elle est à la fois orientale et occidentale. Elle est à la fois tournée vers la mer Noire et vers la Méditerranée. D'un côté, elle est eurasienne, de l'autre, moyen-orientale. Son flanc occidental s'ouvre sur les Balkans, son flanc oriental sur le Caucase. Cette diversité, cette richesse et cette profondeur se reflètent naturellement dans la culture, la gastronomie et la musique turques. Un seul dirigeant dans notre histoire a su comprendre cet héritage grandiose, le mettre en avant dans la politique, la culture, la langue, l'histoire et la géographie, et l'utiliser de la manière la plus juste dans la politique étrangère : le grand leader Gazi Mustafa Kemal Atatürk.
Car ce grand révolutionnaire possédait non seulement une grande diversité d'intérêts intellectuels — comme ses connaissances en histoire, politique, philosophie, sociologie, économie, art militaire, géographie et mathématiques — et un vaste savoir dans ces domaines, mais il possédait également une connaissance très élevée de la géopolitique et de la stratégie. En tant qu'intellectuel distingué, il a parfaitement saisi l'importance de transformer le savoir en conscience, ainsi que la relation et l'unité entre les différentes disciplines. Grâce à cela, il est entré dans l'histoire comme un génie du timing dans les mesures qu'il a prises.
C'est pourquoi Atatürk, en tant que révolutionnaire qui accordait une grande importance à la volonté et à l'administration du Parlement et qui a mené la guerre d'Indépendance en créant ce même Parlement, a toujours pris en compte l'Assemblée dans le processus d'élaboration de la politique étrangère. Il a accordé de l'importance à la contribution du Parlement dans la définition et la mise en œuvre de la politique étrangère. La politique étrangère turque a toujours été débattue au Parlement depuis la création de la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM), et ce, dans toutes ses dimensions. De plus, les questions de politique étrangère n'ont pas été discutées uniquement au sein du gouvernement, du conseil des ministres, de la direction du parti au pouvoir ou du groupe parlementaire du parti au pouvoir, mais bien au sein de l'Assemblée. Sous l'ère d'Atatürk, comme par la suite, les présidents ont accordé une place détaillée à la politique étrangère dans leurs discours lors de chaque ouverture annuelle du Parlement. Lors des débats budgétaires, le ministère des Affaires étrangères a fourni des réponses complètes et détaillées à toutes les questions posées par les députés appartenant à différents partis au sein de l'Assemblée.
Car une politique étrangère définie par un large consensus au Parlement et suivie par le gouvernement sur la base de ce consensus bénéficie non seulement du soutien de la nation, mais devient également une politique étrangère solide, forte et pertinente, car elle est décidée après avoir été largement débattue dans l'opinion publique et après avoir recueilli l'avis de toutes les parties au Parlement et dans la société.
Car lorsque la politique étrangère, définie à la suite des débats menés au Parlement par le pouvoir et l'opposition, et dans l'opinion publique par le peuple, les experts, les scientifiques, les journalistes et les commentateurs via les médias, bénéficie de la volonté parlementaire, la marge de manœuvre du pouvoir s'en trouve facilitée.
Car le pouvoir, en défendant le sujet à l'extérieur, s'assoit à la table des négociations avec le soutien de la majorité parlementaire derrière lui, et ne porte pas le souci ou l'inquiétude que « l'opposition m'attaque à cause de cette politique étrangère que je mène et m'affaiblisse dans la politique intérieure ».
En somme, pour reprendre les mots d'Atatürk : « Le Parlement n'est pas une théorie, c'est une réalité. C'est la plus grande des réalités ».