Les Jeux Olympiques de Paris 2024 ont débuté avec une cérémonie d'ouverture qui, si elle s'est transformée en un spectacle visuel, a également suscité des controverses. En examinant l'évolution historique des Jeux, nous retrouvons le baron Pierre de Coubertin, qui a joué un rôle clé dans la naissance et la renaissance de l'idée olympique moderne.
L'une des raisons fondamentales, et la plus importante, pour laquelle Coubertin a lancé ces jeux quadriennaux était de permettre aux tensions entre les peuples et les pays de se transformer en amitié et en paix par le biais du sport. La devise « Citius, Altius, Fortius » (Plus vite, plus haut, plus fort), apprise auprès de son ami proche, le père Didon, durant ses années d'enseignement, allait devenir le premier symbole de l'olympisme qui allait se développer dans les années suivantes.
En 2021, le Comité International Olympique a ajouté à cette devise le mot « Communiter » (Ensemble), précédé d'un trait d'union. La célèbre citation de notre fondateur Mustafa Kemal Atatürk, qui définit également le profil de l'athlète modèle : « J'aime l'athlète intelligent, agile et aussi moral », peut être considérée comme un complément philosophique à la devise olympique.
Contrairement aux Jeux de l'Antiquité grecque, il a été décidé que les Jeux modernes seraient ouverts à tous les pays (ensemble) et seraient « itinérants », visant ainsi à construire un pont de paix par le sport. Au fil des ans, les pays participants ont utilisé ces plateformes à des fins économiques, sociales et culturelles, transformant les Jeux en un véritable marché international pour le branding national.
Les Jeux ont contribué à l'humanité en permettant à des États ennemis sur la scène politique de s'affronter de manière sportive, en brisant les préjugés contre certains pays grâce à leurs athlètes populaires, et en permettant au pays hôte de refléter sa culture historique lors de la cérémonie d'ouverture.
Au regard de cette perspective historique, on peut dire que la Turquie est l'un des pays les plus chanceux en termes de promotion de sa marque nationale lors des Jeux de Paris 2024. Le tireur sportif et sous-officier à la retraite Yusuf Dikeç, qui a marqué les Jeux avec son attitude « cool » — sans lunettes, sans casque antibruit et avec ses cheveux grisonnants — est devenu un véritable phénomène international. Bien plus que pour la médaille d'argent remportée avec sa coéquipière Şevval İlayda Tarhan, Yusuf Dikeç a fait parler de lui pour son allure, son attitude et son calme olympien, faisant ainsi la publicité de la Turquie dans le monde entier, un effet démultiplié par le tweet du patron de X, Elon Musk.
Dans ma dernière story Instagram, fermée soudainement un matin sans aucun préavis, j'avais partagé l'article de CNN sur Yusuf Dikeç. CNN, suivi par 20 millions de personnes dans le monde entier pour suivre l'actualité internationale, avait consacré un reportage à la pose devenue iconique d'un athlète turc. Alors que la promotion de la Turquie sur la scène internationale via les réseaux sociaux progressait à toute vitesse, le pays s'est soudainement retrouvé dans la position de celui qui interdit Instagram. C'est ce qu'on appelle se tirer une balle dans le pied.
Il n'y a pas que Dikeç, bien sûr… Notre équipe nationale féminine de volley-ball s'est également qualifiée pour les demi-finales. Peut-être seront-elles championnes demain ou après-demain. Cette interdiction pourrait même éclipser leur succès. Quelle tristesse.
Alors que nous suivions avec enthousiasme ce qui était écrit sur nos athlètes, nous observons désormais notre triste sort, entravé par des interdictions. L'application soudaine en Turquie d'interdictions des réseaux sociaux, telles qu'on les voit dans des pays comme la Chine, l'Iran, la Russie ou la Corée du Nord, est un développement dramatique qui, en plus d'être problématique sur le plan économique et des libertés, portera préjudice au pays sur les plans culturel et social.
Le proverbe attribué aux Japonais, mais qui pourrait être considéré comme anonyme : « Même si c'est ton ennemi, ne coupe pas les ponts, un jour ce pont pourrait t'être utile », semble parfaitement s'appliquer à cette situation. Alors que la publicité de plusieurs millions de dollars pour la Turquie tournait d'elle-même sur les réseaux sociaux, nous restons là, ignorants des développements, à regarder nos téléphones dans un univers parallèle entouré d'interdictions. Comme nos ancêtres l'ont si bien dit : « Personne ne fait à l'homme ce qu'il se fait à lui-même ». C'est exactement notre cas.
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