La véracité de l'adage « la plume de la diplomatie est la baïonnette » a été prouvée, qui sait combien de fois, sur l'enclume de l'histoire. La baïonnette que l'impérialisme avait pointée vers notre flanc lors de l'imposition de Sèvres était désormais entre nos mains à Lausanne. Mais revenons d'abord au début de l'année 1914, lorsque les bruits de bottes de la Première Guerre mondiale se faisaient entendre. Les calculs faits autour d'une table étaient vraiment parfaits et alléchants. La géographie riche en énergie de l'Empire ottoman allait être partagée par les Alliés, et les Turcs allaient être dépossédés de leur patrie et réduits en esclavage. Dans un avenir proche, ils allaient être définitivement expulsés d'Anatolie.
Cependant, les choses ne se passeraient pas comme les Alliés le souhaitaient, et les calculs faits à Londres et à Paris allaient être déjoués sur les fronts. La victoire attendue au début de 1915 ne pourrait être obtenue qu'à la fin de 1918, au prix de pertes économiques, politiques et humaines très élevées, et d'un coût considérablement alourdi. Les Alliés étaient extrêmement furieux. Ils allaient certainement demander des comptes pour ces quatre années de résistance, alors qu'il aurait été possible de céder et de se rendre au début de la guerre, augmentant ainsi le coût du conflit !
L'armistice de Moudros avait été conçu comme le prologue de Sèvres. Le travail des Turcs vaincus, désarmés par l'armistice de Moudros, dont l'armée avait été démobilisée et dont les chantiers navals, les positions fortifiées et la marine avaient été confisqués, devait être achevé à Sèvres. Nous parlons de l'armistice signé sous la pression de l'amiral britannique Calthorpe sur le cuirassé Agamemnon, dans le port de Moudros sur l'île de Lemnos. Le choix du cuirassé portant le nom d'Agamemnon, commandant en chef des armées grecques unies venues envahir Troie dans l'Antiquité, était un message suffisamment clair pour qui savait le lire !
Sèvres, accepté le 10 août 1920 par le Conseil du Sultanat réuni sous la présidence de Vahdettin, était non seulement l'arrêt de mort de la nation turque, mais aussi un reflet édifiant de la pourriture et de l'épuisement historique et politique de la dynastie ottomane que représentait Vahdettin. Si l'affaire s'était terminée par la volonté du Sultan-Calife sans volonté, le prix à payer pour rester assis sur le trône en tant que sultan fantoche aurait été l'anéantissement de la nation ! Mais les Turcs allaient choisir une fois de plus de résister.
À l'instar de ceux qui tentent de saisir une bûche devant une inondation, la mission confiée à l'armée grecque, débarquée en Anatolie le 15 mai 1919 avec le rêve de la conquête de l'Ionie, était celle d'un tueur à gages de Sèvres. En raison de la brutalité exercée contre la population civile pendant la période d'occupation (15 mai 1919 - 9 septembre 1922), Mustafa Kemal qualifiera l'armée grecque de « horde de meurtriers dépourvus de l'honneur militaire ». La victoire militaire ne suffisait pas à tout régler. La baïonnette avait ouvert la voie à la diplomatie. Les comptes des siècles allaient être réglés lors de la Conférence de Lausanne.
Le bloc impérialiste, mené par l'Angleterre et la France, s'assoit à la table de Lausanne en tant que vainqueur de la Première Guerre mondiale. Ils ont invité la délégation turque en tant que vaincue de la grande guerre et veulent qu'elle paie toute la facture ! La délégation turque contestera tout d'abord cette définition des parties et soulignera qu'elle ne vient pas à Lausanne de Moudros, mais de Mudanya. En effet, la délégation de la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM) à Lausanne ne porte pas le poids de l'humiliation de Moudros, mais la confiance en soi de l'armistice de Mudanya, fruit de la victoire de la guerre d'Indépendance !
La conférence débutera le 20 novembre 1922 au lieu du 13 novembre. Après de longues discussions, des tensions, des défis mutuels et une longue pause dans ce « festin des loups », le traité de Lausanne, document de liberté et d'indépendance de la nation turque, sera signé le 24 juillet 1923. Le chiffon de Sèvres a pris sa place dans les poubelles de l'histoire, et la victoire militaire remportée par la baïonnette des « Mehmet » a ouvert la voie à la victoire diplomatique obtenue à Lausanne.
Terminons notre article par l'évaluation significative d'Atatürk concernant le traité de Lausanne : « Ce traité est un document qui annonce qu'un grand assassinat, préparé depuis des siècles contre la nation turque et que l'on croyait achevé avec le traité de Sèvres, a échoué. C'est une œuvre de victoire politique sans précédent dans l'histoire ottomane. »
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