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En science, la qualité signifie la qualité, pas la quantité

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Ces dernières années, une agitation, ou plutôt une compétition acharnée, a commencé dans les universités : figurer dans le classement mondial des universités (Times Higher Education – THE). Pour y parvenir, il est devenu crucial d'augmenter le nombre de publications et de citations dans des revues indexées jouissant d'une reconnaissance internationale. Le recrutement des universitaires, leurs titres et leurs échelons de carrière sont désormais planifiés en fonction de ces critères.

Il est certes essentiel de mettre en place des mesures pour améliorer la qualité académique et encourager les travaux scientifiques dans les universités. Bien que l'on puisse penser que l'être humain possède une énergie intrinsèque qui le pousse à travailler et à produire, il est également reconnu que l'activation de cette énergie dépend de l'environnement et des conditions. C'est pourquoi, pour garantir la qualité et assurer un fonctionnement qualitatif, une approche planifiée et structurée est préférable au laisser-faire.

Le YÖKAK (Conseil d'évaluation de la qualité de l'enseignement supérieur), créé au sein du YÖK, ainsi que les organismes d'accréditation qui opèrent sous son égide, démontrent que la question de la qualité est prise au sérieux dans les universités turques. On ne peut nier que des mesures importantes ont été prises et que des réglementations sérieuses ont été introduites dans ce domaine.

Récemment, j'ai eu l'occasion de rencontrer le président du YÖKAK, le Prof. Dr. Ümit Kocabıçak, pour évaluer en détail les développements en la matière. Les efforts visant à hisser nos universités au niveau des standards mondiaux grâce à une culture de la qualité sont extrêmement importants. La qualité est également essentielle pour s'affranchir de la domination que l'Occident exerce depuis des siècles dans les domaines scientifique et académique.

Lorsqu'il est question de l'impérialisme occidental, les débats s'enflamment inévitablement. Certains estiment qu'il faut rivaliser avec l'Occident en utilisant ses propres outils, tandis que d'autres prônent une différenciation totale. À mon avis, focaliser les débats sur ce point et se diviser ainsi n'apporte aucun bénéfice. Le problème n'est pas d'imiter l'Occident ou de s'en éloigner, mais de comprendre et de faire comprendre le sens véritable de l'université et de la science.

L'université n'est pas seulement une institution d'enseignement, c'est aussi un lieu de production scientifique. Les universitaires qui y travaillent forment, d'une part, des ressources humaines pour divers secteurs en fonction des besoins de la société, et ont, d'autre part, la responsabilité de produire des connaissances scientifiques pour faire progresser l'humanité. C'est précisément là que la qualité de l'homme de science et de pensée prend toute son importance.

Un universitaire qualifié doit avant tout comprendre et analyser correctement la société dans laquelle il vit, et par conséquent, identifier avec justesse ses besoins. Il doit en effet former les ressources humaines qu'il destine à la société en fonction de ces réalités.

Par ailleurs, le scientifique doit posséder une vision, être capable de percevoir et de donner un sens au monde dans lequel il évolue de manière holistique. Un scientifique qualifié doit être capable d'analyser le parcours de l'humanité, du passé vers le présent et le futur, d'identifier les zones problématiques et de proposer des solutions en conséquence. Cela n'est possible que si le scientifique parvient d'abord à établir un lien intellectuel significatif avec sa propre réalité. Comprendre sa propre réalité est le point de départ pour établir un lien intellectuel significatif avec la réalité extérieure. En d'autres termes, l'homme de science et de pensée commence par se connaître lui-même, puis étend son champ de compréhension et de signification à son environnement extérieur.

Le métier d'universitaire n'est pas seulement une profession ou un domaine d'activité, c'est aussi un mode de vie. L'universitaire est celui qui, en commençant par lui-même, pose constamment des questions, remet en cause, identifie les problèmes, s'en préoccupe et cherche des solutions. Dès lors, chaque universitaire est avant tout un homme de science et de pensée. Il réfléchit pour soulager les maux de l'humanité et orienter sa marche, transformant ses réflexions en une production scientifique systématique.

Ainsi, l'homme de science et de pensée est, tout comme l'artiste, unique et singulier. Il peut, et doit même, s'inspirer des pensées d'autrui ; il peut, et doit, tirer profit des productions scientifiques des autres, mais il ne peut contribuer à la science qu'en apportant une différence dans sa propre production scientifique et intellectuelle. Ce n'est pas l'imitation ou la répétition, mais l'originalité et l'innovation qui constituent le véritable caractère de l'homme de science et de pensée.

Pourtant, il règne dans nos universités et parmi nos universitaires une étrange agitation : vouloir figurer dans les classements, accumuler des points, obtenir des promotions, etc. Le souci d'augmenter la quantité conduit à négliger la qualité. Le développement quantitatif est certes important, mais une quantité sans qualité n'a aucune valeur ni aucun sens.

En jetant un coup d'œil rapide aux productions scientifiques, aux publications, etc., il est possible de constater que la plupart sont des copies, voire des répliques les unes des autres. Articles répétitifs pour gonfler les chiffres, livres de piètre qualité publiés contre paiement sous le nom de maisons d'édition, projets coûteux qui n'ont aucun écho dans la réalité sociale, etc.

Par conséquent, puisqu'il est question de qualité, il est nécessaire de mettre à plat nos universités ainsi que notre vie scientifique et intellectuelle dans tous leurs aspects, de définir la bonne direction et de suivre cette voie. Le fait qu'une certaine prise de conscience commence à émerger est certes encourageant, mais il est crucial que le processus soit poursuivi selon un programme et un plan ininterrompus.

La quantité est importante, mais seulement si elle est synthétisée avec la qualité. Pour cela, il faut d'abord comprendre et expliquer correctement ce que signifie être un homme de science et de pensée, sa raison d'être dans la société et la vie humaine, sa fonction, sa mission et son caractère. La trajectoire des universités doit également être façonnée selon cette compréhension.