Nous vous présentons le troisième volet d'une série de quatre articles dans lesquels nous abordons, à travers nos courts récits et commentaires, l'Odyssée d'Homère, qui fait l'objet d'un regain d'intérêt ces derniers jours. Pour les articles précédents “https://12punto.com.tr/yazarlar/sefa-taskin/odysseusun-yolculugu-1-151301”
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L'aventure d'Ulysse, l'un des héros de la guerre de Troie racontée par Homère, originaire d'Izmir, et l'homme rusé qui a permis à Troie, la brillante cité d'Anatolie, de tomber entre les mains des Achéens/Hellènes par la ruse, se poursuivait.
Sur le chemin du retour, dans une mer agitée.
Que ce soit la colère du dieu de la mer Poséidon ou ses propres erreurs, ce voyage, dans lequel les dieux de l'époque s'étaient également mêlés, était devenu difficile.
Où étaient donc les fumées s'échappant des cheminées des maisons de leur patrie, l'île d'Ithaque !
Après la terrible attaque subie dans le pays des Lestrygons, géants anthropophages, il ne restait plus qu'un seul des douze navires d'Ulysse.

(Félix Boisselier (1776-1811) : Homère chante ses poèmes avec sa lyre.)
***
Ulysse a bravé les vagues et, avec les hommes qui lui restaient, a atteint l'île d'Aiaia sur ce seul navire.
C'est là que vivait Circé.
Circé, fille du dieu Soleil Hélios, était une déesse dotée de pouvoirs extraordinaires en matière de magie et d'herbes médicinales.
En voyant une maison fumante sur l'île, Ulysse envoya ses hommes en reconnaissance. Il resta lui-même sur le rivage.
Circé accueillit les voyageurs arrivés à la maison. Elle les invita à entrer.
Conformément à la tradition de l'hospitalité, elle leur offrit à manger et leur servit du vin.
La boisson qu'elle leur donna était magique. Et avec sa baguette, elle transforma ses invités en porcs.
Leurs têtes, leurs voix, leurs poils et leurs corps étaient devenus ceux de porcs.
Mais une chose très importante n'avait pas changé :
Leur esprit était resté humain.
Euryloque, l'adjoint d'Ulysse qui accompagnait les marins à la maison de Circé, n'était pas entré et, voyant ses compagnons transformés en porcs, il avait pris peur.
Il s'enfuit et raconta la situation à Ulysse.

(John William Waterhouse, Circé et les porcs. 1891)
***
Ulysse se dirigea vers la maison de Circé pour sauver ses amis.
En chemin, Hermès, le messager des dieux, apparut devant lui.
Il lui donna la plante moly qui le protégerait de la magie.
Il but la boisson offerte par Circé, mais sa magie n'eut aucun effet sur lui.
Ulysse tira son épée et marcha sur Circé.
Finalement, sentant qu'il y avait une situation mystérieuse, Circé rendit aux hommes leur forme humaine.
Ulysse et ses amis restèrent un an sur l'île de Circé.
Ce n'était plus la tyrannie qui retenait Ulysse et ses hommes sur l'île.
Le confort, l'abondance et le plaisir avaient suffi à détourner l'homme de son chemin.
La magicienne Circé prenait bien soin d'eux, leur offrant nourriture et boisson en abondance.
Alors, pourquoi Circé agissait-elle ainsi ?
Pourquoi transformait-elle en animaux les hommes qui arrivaient sur son île ?
Pourquoi a-t-elle changé d'attitude par la suite, leur a-t-elle offert l'hospitalité pendant des mois, et a-t-elle même vécu des jours durant avec Ulysse, dont elle a eu des enfants ?
Homère, dans son épopée, ne donne pas la raison de ces actes.
On peut imaginer que Circé avait subi des méfaits de la part d'étrangers venus auparavant, ou qu'elle les transformait en pourceaux pour punir et humilier les hommes.
Son changement de comportement pourrait être dû au fait qu'elle a pressenti que la volonté et la détermination dont Ulysse faisait preuve pour protéger ses compagnons étaient d'origine divine.
Après tout, elle était elle-même une femme dotée de pouvoirs extraordinaires.
Homère nous la présente d'abord comme une magicienne et une menace, puis comme une hôtesse et une guide.
Dans l'Odyssée, quiconque croise le chemin de l'homme ne reste pas tel qu'il est apparu au premier abord.
Il change, il peut changer !

(John William Waterhouse, Circé offrant la coupe à Ulysse. 1891.)
***
L'image la plus frappante de l'aventure de Circé est sans aucun doute la transformation des hommes en pourceaux.
Mais Homère apporte un détail très intéressant.
Leurs corps sont devenus ceux de porcs. Mais leurs esprits, eux, sont restés humains.
Le corps se métamorphosait en animal, tandis que la conscience humaine demeurait à l'intérieur.
C'est ici que l'on peut poser la question suivante :
Qu'est-ce qui fait l'humain ?
Son apparence ? Son corps ? Ou bien son esprit, sa mémoire et la conscience de qui il est ?
Trois mille ans plus tard, la même question se dresse encore devant nous :
Ce qui fait l'humain est-il son corps, ou la conscience de son identité ?

(Portrait d'Ulysse. Johann Heinrich Wilhelm Tischbein. Galleria d’arte Paolo Antonacci. Rome)
***
Dans l'aventure d'Ulysse avec Circé, Homère nous rappelle une fois de plus le thème de l'hospitalité.
Circé invite les étrangers à sa table avec un sourire, mais elle ensorcelle leur nourriture.
Ici, l'apparence de l'hospitalité dissimule un piège.
Cela signifie que, parfois, pour comprendre le danger, il ne faut pas regarder comment on est accueilli, mais ce qui se cache derrière cet accueil chaleureux.
Le danger n'a pas toujours un visage effrayant.
Alors que ses compagnons entrent dans la demeure de Circé, le fait qu'Euryloque se méfie et ne les rejoigne pas souligne l'importance de la prudence.
Parfois, ne pas aller là où tout le monde va n'est pas de la lâcheté.
Après avoir couru prévenir Ulysse, le fait qu'il ait peur et ne veuille pas accompagner Ulysse chez la magicienne pour sauver ses compagnons transformés en pourceaux est une autre facette de la condition humaine.
Celui qui voit le danger en premier n'est pas toujours le plus courageux.
Mais celui qui semble le plus courageux n'est pas toujours celui qui voit le danger en premier.
Les communautés humaines ont parfois besoin des deux :
De celui qui avance et de celui qui dit « stop ».

(Jean-Auguste-Dominique Ingres, Ulysse, 1827)
***
Le fait qu'Ulysse, qui utilise toujours son intelligence pour résoudre les problèmes, reçoive l'aide d'Hermès, doté de pouvoirs divins, face à la puissante magicienne Circé, ajoute une autre réalité au voyage d'Ulysse : L'homme ne peut pas tout accomplir seul.
L'homme ne peut pas tout accomplir seul.
Parfois, même l'homme le plus intelligent a besoin d'aide.
L'important n'est pas de recevoir de l'aide, mais d'avoir l'intelligence nécessaire pour l'utiliser lorsqu'elle se présente.
Finalement, les jours des guerriers fatigués de Troie sur l'île de Circé touchèrent à leur fin.
Un jour, ses hommes rappelèrent à Ulysse pourquoi ils étaient encore là.
Ils devaient retourner à Ithaque, chez eux. C'était leur objectif.
Circé ne s'opposa pas à leur départ.
Mais avant, il y avait un lieu terrible où Ulysse devait se rendre.
Le royaume des morts.

(Version colorisée par intelligence artificielle de la gravure « Ulysse aux Enfers » datant de 1632-33, réalisée par Theodoor van Thulden d'après une composition de Francesco Primaticcio)
***
Selon Circé, Ulysse devait faire escale au royaume des morts avant de retourner à Ithaque.
Le souverain du royaume des morts était Hadès, frère du dieu suprême Zeus et de Poséidon, dieu des mers.
Hadès n'était pas le dieu de la mort, mais le dieu du monde des morts. Homère désignait directement ce royaume comme « le pays d'Hadès ».
Dans le royaume des morts, décrit par Homère comme un lieu froid et sombre aux confins du monde, Ulysse allait parler à l'âme du devin aveugle Tirésias et apprendre les dangers qui l'attendaient sur le chemin du retour.
Tirésias était l'un des devins les plus célèbres de son époque.
Il était mort, mais n'avait pas perdu son pouvoir de voir l'avenir.
Ulysse et ses hommes prirent la route.
Arrivés à l'entrée du royaume des morts, Ulysse creusa une fosse dans le sol, comme Circé le lui avait enseigné.
Il y versa d'abord du miel et du lait, puis du vin et de l'eau. Il saupoudra le tout de farine d'orge.
Ensuite, il sacrifia les victimes et fit couler leur sang dans la fosse.
C'était le rituel.
Les âmes des morts commencèrent à se rassembler autour du sang.
Ulysse finit par parler à l'âme de Tirésias.
Tirésias lui raconta les dangers qu'il rencontrerait sur le chemin du retour.
Il lui ordonna de ne surtout pas toucher aux troupeaux sacrés du dieu Soleil Hélios, situés sur l'île de Thrinacie.
S'ils y touchaient, ils subiraient une grande catastrophe.
Mais les paroles de Tirésias ne s'arrêtaient pas là.
Une fois rentré à Ithaque et après avoir réglé ses comptes avec les prétendants, Ulysse devrait reprendre la route, une rame sur l'épaule.
Il marcherait jusqu'à un endroit où vivaient des gens qui ne connaissaient pas la mer, ne mettaient pas de sel dans leur nourriture et ne savaient pas ce qu'était une rame.
Un jour, quelqu'un qu'il croiserait prendrait la rame sur son épaule pour un van.
C'est là qu'Ulysse planterait sa rame en terre et offrirait un sacrifice à Poséidon.
Ensuite, il retournerait chez lui.
Tirésias ajouta que sa mort viendrait aussi loin de la mer, dans une vieillesse paisible.
C'est ainsi que Poséidon lui pardonnerait !
Mais Homère ne raconterait pas la réalisation de cette prophétie.
Ou était-ce seulement possible ?

(Ulysse parle à Tirésias dans le royaume des morts. Image. Intelligence artificielle)
***
Dans le royaume des morts, Ulysse rencontra également des défunts qu'il avait connus durant la guerre de Troie.
Il parla au roi Agamemnon et au héros troyen Achille.
Pour Achille, qui fut un grand guerrier de son vivant, la gloire et la grandeur n'avaient plus guère de sens.
Il déclara qu'il « préférerait être un journalier chez un pauvre homme parmi les vivants plutôt que de régner sur le royaume des morts ».
Cette citation, transmise par Homère, sera utilisée pendant des siècles dans différentes langues pour décrire une situation dramatique de sens similaire.
Ulysse savait désormais ce qui l'attendait sur le chemin du retour.
Il quitta le royaume des morts et retourna avec ses hommes sur l'île de Circé.
Circé les mit en garde une dernière fois.
Devant eux se trouvaient les Sirènes aux voix envoûtantes, le monstre à six têtes Scylla et le tourbillon destructeur Charybde.
Et plus loin encore, l'île de Thrinacie, où paissaient les troupeaux sacrés d'Hélios, les attendait.

(Ulysse rencontre Achille dans le royaume des morts. Image. Intelligence artificielle)
***
Sorti du royaume des morts, Ulysse retourna sur l'île de Circé.
Car il avait fait une promesse à l'âme de son compagnon défunt, Elpénor.
Elpénor était mort en tombant du toit de la demeure de Circé le matin même de leur départ pour le royaume des morts ; ses compagnons avaient quitté l'île sans remarquer sa disparition.
Ulysse tint parole.
À leur arrivée sur l'île de Circé, ses compagnons incinérèrent le corps d'Elpénor et enterrèrent ses cendres. Son âme trouva enfin le repos.
À cette époque, laisser un corps sans sépulture ou sans crémation était l'un des plus grands manques de respect que l'on puisse témoigner à un défunt.
Ils plantèrent également sa rame sur la tombe du malheureux Elpénor.
Ensuite, Circé leur décrivit un à un les dangers qui les attendaient.

(Version colorisée par intelligence artificielle de la gravure « La crémation d'Elpénor » datant de 1632–1633, réalisée par Theodoor van Thulden d'après une composition de Francesco Primaticcio)
***
Les premières étaient les Sirènes.
Homère ne décrit pas leur apparence.
Dans l'art grec antique ultérieur, les Sirènes étaient le plus souvent représentées comme des créatures ailées au corps d'oiseau et à tête de femme.
L'image de la belle femme ou de la sirène marine qui nous vient à l'esprit aujourd'hui est une création d'époques bien plus tardives.
Leur véritable arme n'était pas leur beauté...
C'était leur voix.
Entendre leur chant était mortel.
Leurs navires passaient devant la côte où se trouvaient les Sirènes.
Ulysse était curieux.
Voir l'inconnu...
Entendre...
Il voulait apprendre.
La curiosité qui l'avait poussé à entrer dans la grotte du cyclope Polyphème l'habitait toujours.
Il voulait aussi écouter les Sirènes.
Puisqu'il en était ainsi, Circé lui avait dit ce qu'il devait faire.
Ses hommes se boucheraient les oreilles avec de la cire, et lui-même se ferait attacher solidement au mât du navire.
Ainsi, il pourrait entendre la voix des Sirènes sans pouvoir les suivre.

(John William Waterhouse (1849–1917). Ulysse et les Sirènes. (1891). National Gallery of Victoria (NGV), Melbourne, Australie)
***
Les Sirènes ne promettaient ni amour ni immortalité à Ulysse.
Elles promettaient le savoir.
Elles disaient tout connaître des événements de Troie et être au courant de tout ce qui se passait sur terre.
« Viens Ulysse, arrête-toi et écoute-nous », criaient-elles, l'invitant à rejoindre la prairie sur la côte où elles se trouvaient.
Elles faisaient appel à l'une des plus grandes faiblesses d'Ulysse :
Sa curiosité.
Mais il y avait désormais une différence entre l'Ulysse de la grotte du cyclope Polyphème et celui-ci.
Il avait appris à contrôler sa curiosité sans pour autant y renoncer.

(Vase attique à figures rouges attribué au Peintre des Sirènes, daté d'environ 480-470 av. J.-C. Vulci, Italie)
***
En approchant de la côte où se trouvaient les Sirènes, après s'être fait attacher au mât du navire, il donna ses ordres à ses hommes :
Peu importe à quel point je vous supplie...
Ne me détachez pas.
Ensuite, les marins se bouchèrent les oreilles avec de la cire.
Lorsque le chant des Sirènes se fit entendre, Ulysse voulut réellement être libéré de ses liens.
Il supplia.
Il ordonna.
Ses hommes virent ses agitations mais ne le détachèrent pas.
Ils serrèrent les cordes encore plus fort.
Ulysse avait fait quelque chose de différent ici.
Il n'avait pas fui les Sirènes...
Il ne les avait pas fait taire...
Il les avait écoutées.
Mais avant d'entendre leurs voix, il avait anticipé que sa volonté pourrait changer une fois qu'il les entendrait.
Ces voix...
En un sens, il avait lié sa volonté future à sa raison présente.
C'est peut-être là l'un des moyens pour l'homme de se protéger :
Autant que de savoir à quel point on est fort...
Savoir aussi où l'on peut rester faible.

(Herbert James Draper (1863-1920). Ulysse et les Sirènes (1909). Ferens Art Gallery, Kingston upon Hull)
***
Les rames firent avancer le navire, les Sirènes furent laissées derrière.
Comme Circé l'avait averti, deux dangers se dressaient désormais devant eux :
Scylla et Charybde.
D'un côté, Scylla aux six têtes...
C'était un monstre marin terrifiant vivant parmi des rochers étroits.
Elle possédait six têtes au bout de six longs cous.
Lorsque les navires passaient à proximité, elle attrapait et dévorait un marin avec chacune de ses têtes.
De l'autre côté, Charybde...
C'était un tourbillon effrayant qui aspirait les eaux de la mer avec une grande force avant de les recracher. Elle faisait cela trois fois par jour.
Il fallait passer entre les deux.
Il était inévitable de s'approcher de l'un en essayant de s'éloigner de l'autre.
Le conseil de Circé était effrayant :
Si tu t'approches de Charybde, tu tomberas dans le tourbillon et tout le monde pourrait mourir.
Le terrible cycle de l'eau peut aspirer le navire et vous engloutir tous.
Passe près de Scylla.
Le monstre peut attraper six de tes hommes, tu ne peux perdre qu'eux.
Ulysse n'avait pas de bonne option devant lui.
Il ne pouvait choisir que le moindre mal.
Il a évité le tourbillon et est entré dans le détroit.
Scylla, le monstre à six têtes, a pris six de ses hommes.
Ulysse n'a pas pu les sauver.
Parfois, l'homme n'est pas confronté à un choix entre le bien et le mal.
Il est contraint de choisir entre le mal et le pire.
Peut-être que ce sont là les décisions les plus lourdes dans la vie des dirigeants, des commandants et des hommes : le Choix de Sophie...

(Image sur un vase représentant Scylla, Charybde et le navire d'Ulysse, conçue par un graphiste numérique indépendant utilisant le pseudonyme ou nom d'utilisateur "darko" sur des plateformes d'images de stock comme Adobe Stock, Getty Images ou Shutterstock, en imitant numériquement le style de la céramique à figures rouges de la Grèce antique d'Athènes)
***
Ensuite, ils sont arrivés à l'île de Thrinacie, où se trouvaient les troupeaux du dieu Soleil Hélios.
Thrinacie était une île qui, vue de loin, ressemblait à un paradis.
Dans le royaume des morts, Tirésias les avait mis en garde.
Circé avait également répété le même avertissement.
Ils ne devaient en aucun cas toucher aux troupeaux d'Hélios qui paissaient librement sur l'île.
Ils savaient que le prix à payer serait lourd.
Ulysse et ses hommes ont promis de respecter cette interdiction.
Mais les vents n'ont pas soufflé pendant des jours.
Les vivres des voyageurs se sont épuisés.
La faim a commencé.
D'un côté la faim, de l'autre les troupeaux de l'île fertile...
Un jour, alors qu'Ulysse s'était éloigné, Euryloque, l'un de ses principaux hommes qui l'aidait de temps à autre, a convaincu les autres.
Ils ont abattu les bêtes.
Ils les ont mangées.
Hélios, le soleil divin qui donne vie à la nature par ses rayons et qui voit tout, s'est mis en colère.
Il a demandé au dieu suprême Zeus de punir ceux qui avaient tué ses troupeaux.
Pour échapper à leurs péchés, les marins ont profité d'un vent favorable pour quitter l'île et reprendre la mer.
Cependant, Zeus avait écouté Hélios.
La punition est tombée du ciel.
Les foudres de Zeus ont brisé les navires.
Tout le monde, sauf Ulysse, est mort.
Pourquoi cela s'est-il produit ?
Il n'est pas facile d'arriver à une conclusion définitive ici.
Les hommes n'avaient pas tenu leur parole.
Tenir parole est l'une des règles universelles non écrites de l'humanité.
Mais ils ont ouvert.
Devant eux, d'un côté, l'interdiction divine...
De l'autre, la faim.
Pourtant, une vérité demeurait inchangée :
Il est facile de tenir une promesse quand les conditions sont favorables.
La véritable épreuve commence lorsque le prix à payer pour tenir cette promesse devient lourd.
Ulysse était désormais seul.

(Image illustrant les troupeaux d'Hélios. Intelligence Artificielle)
***
S'accrochant à des morceaux de bois, Ulysse, dont le navire avait fait naufrage, dérivait en mer.
Il est resté en mer pendant neuf jours.
Le dixième jour, il atteignit l'île d'Ogygie, où vivait Calypso.
Calypso était une nymphe immortelle, une divinité de la nature.
Il y est resté sept ans.
L'île de Calypso était magnifique.
Des sources d'eau... Des arbres... Des fleurs... Des oiseaux... Des vignes...
Presque un paradis.

(Angelica Kauffman (1741–1807). Calypso prenant le ciel et la terre à témoin de son amour sincère pour Ulysse. 1770. The Cobbe Collection. Highlands Park Museum. Surrey)
Mais l'endroit où l'homme souhaite vivre n'est pas toujours le plus bel endroit du monde.
Parfois, c'est simplement :
Son foyer.
Calypso, qui le faisait vivre dans l'abondance et le confort depuis des années, a proposé quelque chose d'extraordinaire à Ulysse.
S'il restait avec elle, il deviendrait immortel.
Il ne vieillirait pas.
Il ne mourrait pas.
En échange, il ne devait renoncer qu'à une seule chose :
Ithaque.
Ulysse a refusé.
Parce qu'à Ithaque, il y avait sa femme Pénélope.
Son fils Télémaque...
Son père Laërte...
Son chien Argos...
Sa maison...
Sa terre...
Son passé...
Tout ce qui faisait de lui Ulysse...
Son identité !
Calypso pouvait lui offrir l'immortalité.
Mais il ne pouvait pas offrir la vie qu'il avait vécue en tant qu'Ulysse.

(Ditlev Blunck. Ulysse, sur l'île de Calypso… 1830)
***
Alors que Poséidon, furieux contre Ulysse, était au loin, les dieux ordonnèrent finalement à Calypso de laisser partir Ulysse.
Calypso obéit aux dieux.
Bien qu'elle ait tant souhaité qu'Ulysse reste à ses côtés, elle ne fit aucune difficulté ; de toute façon, elle ne pouvait pas s'opposer aux dieux.
L'ingénieux Ulysse construisit un radeau.
Il prit la mer.
Ignorant la décision prise par les autres dieux, Poséidon aperçut Ulysse en mer.
Sa colère n'était pas encore retombée.
Il souleva la mer.
Il déclencha une tempête gigantesque.
Les vagues se dressèrent !
Le radeau fut mis en pièces.
Pendant deux jours et deux nuits, Ulysse lutta contre la mer pour survivre.
Alors que Poséidon, le dieu de la mer, tentait de l'engloutir, une autre déesse marine, Ino-Leucothée, eut pitié d'Ulysse et vint à son secours.
Sa déesse protectrice, Athéna, fit quant à elle cesser les autres vents pour ne laisser souffler que Borée (le vent du nord), aidant ainsi les vagues à se calmer et permettant à Ulysse d'atteindre le rivage.
Il semble que dans le monde d'Homère, même les dieux ne partageaient pas toujours la même volonté.

(L'Italien Pellegrino Tibaldi (1527–1596). Ulysse et Ino Leucothée. 1550–1551. Stanza di Ulisse (Salle d'Ulysse) au plafond du Palazzo Poggi. Bologne, Italie)
***
Finalement, les vagues le rejetèrent sur les côtes du pays des Phéaciens. (Le pays des Phéaciens).
Sur le rivage, il se réfugia sous deux oliviers, l'un sauvage et l'autre cultivé, dont les branches s'entremêlaient.
C'était comme s'il se trouvait entre deux mondes : l'un représentait la nature sauvage, l'autre la vie façonnée par la main de l'homme.
Cette nuit-là, Ulysse, sur le seuil où il allait passer de la nature sauvage à la civilisation, se couvrit de feuilles sèches et s'endormit.
Le lendemain, il fut réveillé par les voix de Nausicaa, la fille du roi de l'île, et de ses jeunes compagnes.
Nausicaa lui vint en aide.
Elle lui donna des vêtements.
Puis elle lui indiqua le chemin menant au palais de son père, le roi Alcinoos.
Ulysse arriva au palais peu de temps après.
Il y rencontra quelque chose qu'il n'avait pas vu depuis longtemps :
L'hospitalité.
Une humanité chaleureuse !

(Peter Paul Rubens. Ulysse et Nausicaa. 1619, Munich, Allemagne)
***
Lorsque les Phéaciens apprirent qui il était et ce qu'il avait traversé, ils décidèrent de le ramener à Ithaque.
Ulysse s'endormit sur le navire.
Les marins phéaciens ramèrent toute la nuit.
Au matin, ils atteignirent les côtes d'Ithaque.
Ils ont déposé Ulysse endormi sur le rivage.
Ils ont placé ses cadeaux à ses côtés.
Et ils sont partis.
L'homme qui avait quitté Ithaque vingt ans plus tôt...
Était enfin de retour sur sa propre terre.
Homère dit : « Il n'est rien de plus doux pour l'homme que sa patrie et sa famille » (os udèn glikion ês patrídos udè tok?on).
Cependant, à son réveil, Ulysse ne comprit même pas où il se trouvait.
Il était au bord de la mer.
Il regarda autour de lui mais ne reconnut pas son pays.
Sa déesse protectrice, Athéna, apparut devant lui.
Et elle le transforma en un vieux mendiant.
Car rentrer à la maison ne suffisait pas.
Il devait maintenant reconquérir son foyer.
(Nous poursuivrons la semaine prochaine)
Sefa Taşkın
20.09.2026
Dikili/Izmir
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