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L'OTAN va devoir faire face à ses problèmes reportés à Ankara

Écrit par Dr. Hande Orhon Özdağ... L'OTAN va devoir faire face à ses problèmes reportés à Ankara

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L'OTAN va devoir faire face à ses problèmes reportés à Ankara

Alors que les mesures de sécurité à Ankara sont renforcées de manière étouffante, les yeux du monde sont également tournés vers la capitale turque. Le sommet de l'OTAN, qui se tiendra les 7 et 8 juillet, sera sans aucun doute une réunion critique pour l'avenir de l'Alliance. En effet, ce sommet intervient à une période où l'OTAN traverse des débats d'une importance historique. Cependant, le sommet d'Ankara est extrêmement important non seulement pour l'OTAN, mais aussi pour le monde entier. 

UN SOMMET À L'OMBRE D'UN ORDRE EN ÉROSION

Le monde traverse une période où l'ordre international actuel s'érode sérieusement. La légitimité juridique de cet ordre international était déjà, en réalité, sujette à débat. Mais aujourd'hui, l'érosion des relations internationales fondées sur des règles est discutée de manière plus ouverte et plus brutale. La compétition entre grandes puissances s'intensifie. Les guerres régionales engendrent des conséquences mondiales. Le droit international est devenu inefficace, même pour les acteurs situés au sommet de la hiérarchie mondiale des puissances. Les institutions subsistent, mais leur force contraignante et leur légitimité s'affaiblissent.

C'est pourquoi l'image que l'OTAN donnera à Ankara, les décisions qu'elle prendra et les problèmes qu'elle résoudra (ou ne résoudra pas) seront importants non seulement pour la sécurité de l'Europe ou du monde atlantique, mais aussi pour la manière dont l'architecture de sécurité mondiale évoluera.

Récemment, les discussions sur le sort de l'OTAN portent principalement sur la guerre entre les États-Unis et Israël/l'Iran, l'incapacité des États-Unis à trouver le soutien attendu de la part de leurs alliés de l'OTAN, la sécurité du détroit d'Ormuz et la question du Groenland. Les discours sévères et sceptiques de Donald Trump à l'égard de l'OTAN rendent également ces débats plus visibles. Pourtant, les discussions sur l'OTAN ne sont en rien nouvelles.

UNE QUÊTE DE LÉGITIMITÉ SANS FIN APRÈS LA GUERRE FROIDE

En réalité, après la fin de la guerre froide, l'OTAN a fait l'objet de débats intenses concernant sa raison d'être et ses objectifs. L'Union soviétique s'était effondrée et l'argument fondamental qui tentait de légitimer l'Alliance, à savoir la perception de la menace soviétique, avait disparu. Dans ces conditions, le débat sur la raison pour laquelle l'OTAN devait continuer à exister, dans quel but et dans quel cadre politique, est devenu inévitable.

Au fil du temps, l'Alliance a apporté différentes réponses à cette question. Elle a élargi le concept de menace. De nouveaux sujets tels que la lutte contre le terrorisme, la gestion de crise, les opérations hors zone, la cybersécurité, les menaces hybrides, la sécurité énergétique, l'approche de sécurité à 360 degrés et la résilience ont été inscrits à l'ordre du jour de l'OTAN. Ainsi, l'OTAN a tenté de se redéfinir non seulement comme une organisation classique de défense collective, mais comme une alliance de sécurité plus large s'adaptant aux risques sécuritaires changeants. Cette transformation a permis à l'OTAN de survivre jusqu'à aujourd'hui. Mais elle n'a pas mis fin aux débats.

Il est utile de le rappeler : lors de son premier mandat, Trump avait une attitude très critique envers l'OTAN. La guerre russo-ukrainienne n'avait pas encore commencé. À l'époque, Trump jugeait déjà les dépenses de défense des pays européens insuffisantes et remettait en question le fardeau des États-Unis au sein de l'Alliance. Il présentait parfois l'OTAN comme une structure coûteuse et déséquilibrée pour Washington. 

De plus, le scepticisme à l'égard de l'OTAN ne se limitait pas à Trump. L'expression « mort cérébrale » utilisée par le président français Emmanuel Macron pour qualifier l'OTAN est devenue le symbole d'un malaise plus profond émanant de l'intérieur même de l'Alliance. Cette déclaration était le signe que l'OTAN ne luttait pas seulement contre des menaces extérieures, mais aussi contre sa propre désorganisation stratégique interne.

LA GUERRE EN UKRAINE : ÉLAN STRATÉGIQUE OU FISSURES APPROFONDIES ?

La guerre en Ukraine a, en fait, conféré à l'OTAN un certain « dynamisme politique ». La perception de la menace russe s'est concrétisée à nouveau, en particulier pour les pays européens qui sont loin d'être autonomes en matière de sécurité. L'adhésion de la Finlande et de la Suède a montré que l'Alliance avait toujours une volonté d'élargissement. Cependant, la guerre en Ukraine a également entraîné de nouveaux débats brûlants. Des questions telles que la mesure dans laquelle l'Europe assumera sa propre sécurité, la pérennité de la garantie de sécurité américaine et la manière de gérer le risque de propagation de la guerre tout en renforçant la dissuasion dans les relations avec la Russie, se sont placées au centre de l'agenda de l'OTAN.

Par conséquent, la crise à laquelle l'OTAN est confrontée aujourd'hui n'est pas nouvelle. À chaque période où l'Alliance a dû redéfinir sa légitimité et sa fonction après la guerre froide, elle a réussi à surmonter ces crises de différentes manières. Elle l'a fait parfois en élargissant le concept de menace, parfois en inventant de nouveaux domaines de mission, et parfois en transformant les crises émergentes en nouvelles justifications pour sa propre survie. Mais aujourd'hui, le problème ne se limite pas aux limites de la capacité de l'OTAN à se régénérer. Il existe un problème politique plus profond : l'Alliance peut-elle encore produire une direction stratégique cohérente et une base de légitimité face à l'évolution des équilibres de puissance, à l'érosion des valeurs communes et à la divergence des intérêts nationaux ?

CE QUI SERA MIS À L'ÉPREUVE À ANKARA : VOLONTÉ COMMUNE ET DIRECTION STRATÉGIQUE

En effet, les orientations communes de politique étrangère des alliés s'érodent. Il devient difficile de s'accorder sur une perception commune de la menace. Alors que le flanc oriental place la menace russe au centre, le flanc sud privilégie les risques liés à l'immigration, au terrorisme, à l'énergie et au Moyen-Orient. Les États-Unis s'orientent vers une ligne plus dure concernant le partage du fardeau. L'Europe est contrainte d'accroître ses responsabilités en matière de défense. Alors que l'OTAN continue de se définir comme une alliance de valeurs démocratiques, la montée du populisme autoritaire affaiblit cette prétention. Les principes s'estompent. Les intérêts sont exprimés de manière plus crue.

Par conséquent, l'importance réelle du sommet d'Ankara ne réside pas dans le fait que l'OTAN apportera des solutions à tous ses problèmes, mais dans le fait qu'il révèle que ces problèmes sont désormais devenus trop visibles pour être reportés. L'Alliance a longtemps avancé en gérant les crises, en ouvrant de nouveaux chapitres de menaces et en adoucissant les tensions existantes dans son langage institutionnel. Mais aujourd'hui, la différence entre la gestion de crise et la production de stratégie devient plus évidente. Le message que les dirigeants donneront à Ankara montrera non seulement la capacité de l'OTAN à gérer le présent, mais aussi ce qu'elle souhaite protéger, transformer et laisser derrière elle face à un monde en mutation.

En conclusion, le sommet d'Ankara se réunit à une période si difficile que non seulement la capacité militaire de l'OTAN, mais aussi sa capacité à produire une volonté politique commune seront mises à l'épreuve. C'est pourquoi les clés du sommet ne seront pas résolues uniquement par les termes qui figureront dans la déclaration finale, mais par la capacité de l'OTAN à produire un sens commun de direction dans ce monde dispersé et incertain. Le message qui sera délivré à Ankara révélera non seulement la manière dont l'Alliance gérera ses crises actuelles, mais aussi sur quelle base politique et stratégique elle se repositionnera au milieu des incertitudes du nouvel ordre mondial.


Source de l'actualité: 12punto