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Atatürk : « Nous n'avons pas d'autre Turquie où aller »

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Date : 16 novembre 1937

Atatürk s'était rendu à Elazığ pour l'inauguration du pont de Singeç. Ce pont avait été incendié par des bandits par le passé afin d'empêcher le passage des troupes.

Après avoir inauguré ce pont, Atatürk devait se rendre à Pertek. Une fois sur place, il remarqua des cicatrices profondes et des traces d'ulcères sur les visages des écoliers venus l'accueillir. Il en demanda la cause au directeur départemental de la Santé, mais lorsque celui-ci expliqua que cela était dû à une sorte de moustique appelé « yakarca » (phlébotome), Atatürk s'irrita :

- « Que voulez-vous dire par une sorte de moustique ? N'a-t-on pas fait d'analyses ? N'a-t-on pas lutté contre cela ? » dit-il.

Il regarda les visages du préfet, du commandant de garnison et des autres responsables gouvernementaux ; leurs visages ne portaient pas de telles marques. Il se tourna alors vers le ministre de la Santé et de l'Assistance sociale, le Dr Hulusi Alataş :

- « Faites analyser ce moustique à l'Institut d'Ankara et faites de cette zone un terrain de lutte contre le paludisme. Combattez d'abord les insectes responsables de la maladie, puis trouvez un traitement pour les plaies », ordonna-t-il.

Il regarda à nouveau le visage des petites filles et dit au Dr Refik Saydam qui l'accompagnait : « Vous devez absolument trouver un remède pour cela. Les enfants de cette patrie ne devraient pas subir de défiguration à cause d'une telle maladie. Les enfants de mon pays ne méritent pas cela », exprima-t-il avec indignation. Il se tourna ensuite vers le ministre de l'Intérieur, Şükrü Kaya, et ajouta :

- « N'est-ce pas édifiant ? Ces moustiques ne s'en prennent pas aux dirigeants, mais au peuple », dit-il.

Il se rendit ensuite à la Maison du Peuple (Halkevi) de Pertek. Il se reposa un moment, puis discuta avec les citoyens.

Il s'entretint avec un vieux paysan qui avait couru de front en front dans sa jeunesse. À cause de l'attaque contre le pont de Singeç, le paysan dit avec embarras :

- « Pacha, quelques individus inconscients ont voulu salir le nom de ces lieux. Pardonnez-nous », ce à quoi Atatürk posa sa main sur l'épaule de l'homme et, comme s'il parlait à un compagnon d'armes, à un compagnon de destin, donna cette réponse historique :

- « Nous sommes obligés d'oublier les petites erreurs du passé. Nous sommes obligés de ne pas nourrir de rancœur et de préserver notre fraternité. Nous sommes une nation, nous sommes tous une seule nation. Nous n'avons pas d'autre Turquie où aller. Si nous comprenons cela, personne ne pourra nous diviser, ni de l'intérieur ni de l'extérieur. »

Cette phrase était véritablement historique. C'était une phrase qui éclaire encore aujourd'hui.

Comme le disait Atatürk, s'il existe un problème, il ne faut pas seulement lutter contre la maladie, mais aussi contre le moustique qui en est la cause et contre le marécage qui le nourrit.

Si nous regardons la situation actuelle sous cet angle, il est évident qu'il y a un problème majeur. Il y a un problème de terrorisme. Ce problème doit absolument être résolu. Et il doit être résolu à la source. Les causes doivent être éliminées.

N'est-ce pas intéressant ?

Comme Atatürk l'avait dit à propos des ulcères causés par les moustiques, les moustiques ne s'en prennent pas aux dirigeants, mais au peuple. C'est la même chose aujourd'hui. Le terrorisme, de la même manière, ne s'en prend pas aux dirigeants, mais au peuple.

Il s'en prend aux plus démunis.

Les funérailles des martyrs, ce feu qui brûle le cœur des mères, ne tombent pas dans les maisons, les palais ou les demeures des dirigeants du pays. Ils tombent dans les foyers des gouvernés, dans les bras du peuple.

Pire encore, les dirigeants du pays, les partis et les politiciens se nourrissent de ce terrorisme. Ils en tirent un profit politique. Ils en tirent une rente électorale. L'existence politique des partis micro-nationalistes et islamistes politiques se nourrit de cela.

Dans ces conditions, au lieu de dirigeants qualifiés souhaitant résoudre les problèmes du pays, ce sont des dirigeants non qualifiés qui transforment le terrorisme en démagogie, et la démagogie en rente politique, qui arrivent au pouvoir.

Personne ne devrait se nourrir du sang des martyrs ou des larmes des mères en pleurs. Personne ne devrait faire de la démagogie. Personne ne devrait attendre de rente politique. Rien que pour cette raison, le terrorisme doit impérativement prendre fin.

Il faut se concentrer sur le développement au plus vite.

Nous sommes régionalement soumis à la politique du Moyen-Orient et de l'Orient. La politique orientale se nourrit du sang, de la rancœur et de la mort. Elle grandit. Comme le disait Atatürk, nous sommes obligés de ne pas nourrir de rancœur et de préserver notre fraternité.

Encore une fois, comme le disait Atatürk, nous sommes une nation, nous sommes tous une seule nation. Nous sommes obligés d'oublier les petites erreurs du passé. Si nous comprenons cela, personne ne pourra nous diviser, ni de l'intérieur ni de l'extérieur.

Car nous n'avons pas d'autre Turquie où aller.