À environ 50 ans d'intervalle, Istanbul a accueilli deux événements majeurs pour l'avenir du monde islamique.
En 1976, la 7e Conférence des ministres des Affaires étrangères de l'Organisation de la conférence islamique s'était tenue à Istanbul. Un demi-siècle plus tard, la première réunion du Comité politique et de défense stratégique, dans le cadre de l'Accord de défense commune de La Mecque signé entre la Turquie, le Pakistan et l'Arabie saoudite, s'est également déroulée à Istanbul.
On ne peut pas dire qu'il existe un lien direct entre ces deux réunions. La réunion de 1976 était une plateforme politique et diplomatique rassemblant un grand nombre de pays islamiques. L'Accord de défense commune de La Mecque, quant à lui, est une initiative lancée entre trois pays et centrée sur la coopération en matière de défense.
Néanmoins, les conditions régionales engendrées par ces deux époques présentent des similitudes frappantes. Dans les deux cas, les équilibres régionaux évoluent et, pour la Turquie, l'importance de la coopération politique, économique et stratégique avec les pays islamiques s'accroît.
La différence réside dans la nature de la coopération recherchée aujourd'hui.Alors qu'en 1976, la quête de solidarité et de coopération politique pour le monde islamique était au premier plan à Istanbul, en 2026, ce sont la sécurité, la défense commune et la dissuasion qui prévalent.
Que s'était-il passé en 1976 ?
Au milieu des années 1970, la volonté de la Turquie de développer ses relations avec les pays islamiques ne reposait pas uniquement sur des choix politiques. L'embargo sur les armes imposé à la Turquie par les États-Unis après l'opération de paix à Chypre, la hausse des prix du pétrole et l'augmentation de la puissance économique des pays islamiques riches en pétrole avaient conduit Ankara à réévaluer ses options de politique étrangère.
En 1976, tout en maintenant sa position au sein de l'alliance occidentale, la Turquie cherchait à développer ses relations politiques et économiques avec les pays islamiques. La conférence islamique organisée à Istanbul en était l'un des indicateurs importants. Outre les questions de la Palestine et de Jérusalem, la conférence a abordé les sujets de Chypre, des minorités musulmanes, ainsi que des questions économiques et culturelles, aboutissant à diverses décisions. La Turquie a également tenté d'obtenir le soutien des pays islamiques, notamment sur la question de Chypre. Cependant, l'expérience de 1976 avait révélé une réalité importante : la présence des pays islamiques autour d'une même table ne signifiait pas qu'ils pouvaient agir de concert. La mise en œuvre des décisions prises lors de la conférence s'était avérée difficile en raison des intérêts nationaux et des priorités divergentes de chaque pays.
2026 : La quête de sécurité au premier plan
Aujourd'hui, bien que les conditions derrière le rapprochement de la Turquie, du Pakistan et de l'Arabie saoudite dans le domaine de la sécurité soient différentes, un besoin commun émerge : la création de nouveaux mécanismes de coopération permettant aux pays de protéger leurs propres intérêts sécuritaires et économiques face à l'évolution des équilibres régionaux.
Les tensions entre les États-Unis et l'Iran, les activités militaires régionales d'Israël et les préoccupations sécuritaires des pays du Golfe renforcent l'importance de telles quêtes de sécurité régionale.
L'Accord de défense commune de La Mecque est né dans un tel contexte. Cependant, il serait erroné de considérer cet accord uniquement comme une alliance militaire formée contre l'Iran. Les relations de la Turquie avec l'Iran se poursuivent, la rivalité entre l'Arabie saoudite et l'Iran n'a pas totalement disparu, et le Pakistan est un voisin frontalier de l'Iran tout en étant engagé dans une sérieuse rivalité stratégique avec l'Inde.
Par conséquent, il est impossible que les trois pays perçoivent toutes les menaces sécuritaires de la même manière. Le succès de l'accord dépend de sa capacité à transformer des priorités de sécurité divergentes en objectifs communs.
Un nouveau départ à Istanbul
La première réunion tenue à Istanbul dans le cadre de l'Accord de La Mecque montre que le processus ne se limite pas à la simple signature d'un traité. Des mesures ont été prises pour développer la coopération dans des domaines tels que l'industrie de défense, le développement technologique conjoint et la production commune, ainsi que pour institutionnaliser le mécanisme entre les trois pays.
C'est ici qu'apparaît la différence fondamentale entre 1976 et 2026. En 1976, la Turquie cherchait à développer ses relations politiques et économiques avec le monde islamique. Aujourd'hui, une tentative est faite pour créer une structure commune dans le domaine de la sécurité entre la Turquie, le Pakistan et l'Arabie saoudite.
Élargissement et nouvelle architecture de sécurité
Le fait que l'accord soit ouvert à l'élargissement pourrait mettre à l'ordre du jour l'adhésion de nouveaux pays dans la période à venir. Cependant, l'élargissement n'augmentera pas nécessairement l'importance de l'accord. À mesure que le nombre de membres augmente, les perceptions des menaces et les priorités de politique étrangère se diversifieront également.
C'est pourquoi il est plus probable qu'une future initiative de La Mecque élargie devienne une plateforme de sécurité flexible et multicouche plutôt qu'une alternative directe à l'OTAN.
L'un des éléments qui déterminera la pérennité de cette structure est la mesure dans laquelle la sécurité et l'économie seront liées. La protection des installations énergétiques et des routes commerciales, la sécurité des infrastructures critiques, la cybersécurité, l'industrie de défense et le développement technologique font désormais partie intégrante de la sécurité nationale. Compte tenu des dimensions économiques de ces domaines, la coopération pourrait s'étendre à l'économie en plus de la sécurité, élargissant ainsi davantage la portée de l'initiative de La Mecque.
L'essentiel est la stratégie commune
Il y a une leçon importante à tirer du processus qui s'étend de 1976 à aujourd'hui : il est facile de réunir une table commune dans le monde islamique, mais il est difficile d'y produire une stratégie commune. C'est également le point le plus important concernant l'Accord de défense commune de La Mecque. Il est possible d'augmenter le nombre de membres. La question principale est de savoir transformer les intérêts de différents pays en une stratégie commune.
En cas d'échec, l'Accord de La Mecque pourrait se transformer en une structure produisant de nombreuses réunions et déclarations communes, mais dotée d'une capacité d'action limitée en temps de crise. En cas de succès, il pourrait constituer le noyau d'une architecture de sécurité régionale plus large.
Vers une nouvelle ère
Les 50 années écoulées ont considérablement modifié les acteurs, les menaces et les équilibres régionaux. Cependant, la quête des pays de la région pour de nouveaux partenariats capables de protéger leur sécurité et leurs intérêts économiques face à l'évolution des rapports de force se poursuit. Pour cette raison, évaluer l'Accord de défense commune de La Mecque uniquement à travers les développements militaires actuels serait incomplet. Ce qui importe réellement, c'est la structure vers laquelle l'accord évoluera dans les années à venir.
Si les trois pays parviennent à unir leurs priorités de sécurité divergentes autour d'intérêts communs, à permettre l'adhésion de nouveaux pays et à soutenir la coopération sécuritaire par l'économie et la technologie, l'Accord de La Mecque pourrait se transformer en le noyau d'une architecture de sécurité régionale.
Dans cette perspective, la quête de rapprochement politique et économique d'il y a 50 ans à Istanbul se manifeste aujourd'hui, toujours à Istanbul, par une recherche de coopération plus institutionnelle dans les domaines de la sécurité et de la défense.
Les années à venir montreront vers quel avenir cette initiative évoluera. Ce processus entamé à Istanbul restera-t-il une coopération limitée à des déclarations communes, ou constituera-t-il, avec le temps, le fondement d'une architecture de sécurité régionale plus large ?
À mon avis, le véritable point de rupture historique réside dans la réponse à cette question.
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