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Des chaînes pour dix ans…

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Publié: 22.10.2026 06:00

L'« Accord de La Mecque », signé entre la Turquie, l'Arabie saoudite et le Pakistan et dont les coulisses diplomatiques bruissaient depuis longtemps, a enfin été enregistré à la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM). 

Il a été enregistré, certes, mais les clauses qui transparaissent entre les lignes du texte nous présentent un document qui est, à proprement parler, une « cécité stratégique » pour la politique étrangère, les intérêts régionaux et les manœuvres probables de la Turquie.

Il n'est pas nécessaire de consulter une boule de cristal pour comprendre ce que cet accord sert, à qui il profite et quel scénario mondial il soutient ; il suffit de jeter un coup d'œil à la carte.

Avons-nous oublié la sortie arrogante et déplacée de Donald Trump, que l'on pourrait traduire par : « Si je le veux, Erdoğan attaquera le Yémen » ? 

Rafraîchissons-nous la mémoire !

Les porte-paroles du pouvoir n'ont pas été capables, ce jour-là comme aujourd'hui, de formuler une seule phrase satisfaisante et digne face à ces propos humiliants qui visaient directement les droits souverains de la Turquie. 

Pourquoi ? 

Parce que la réponse à la question de savoir sur commande de qui cet accord a été préparé se cache précisément dans cette phrase arrogante.

Bien que Trump ait crié « Yémen » sur scène, tout le monde sait que le véritable souci du Pentagone et des stratèges de Washington est d'encercler l'Iran, d'affaiblir la détermination du gouvernement de Téhéran et de construire un nouveau front au Moyen-Orient axé sur l'axe Israël-Arabie sunnite. 

Ne tournons pas autour du pot ; avant de jeter la Turquie dans une guerre par procuration à des milliers de kilomètres de ses frontières, qui ne concerne en rien sa sécurité nationale, le pouvoir doit expliquer à cette nation pourquoi il joue les sous-traitants pour les scénarios sanglants d'autrui !

C'est là que le bât blesse concernant l'Accord de défense commune de La Mecque. 

La question dépasse largement la signature d'un simple protocole de coopération militaire ou de formation entre deux pays.

C'est une chose que nous savons tous.

Le vrai problème est de savoir face à quelle menace concrète, dans l'intérêt géopolitique de qui, et avec quel niveau d'engagement militaire (dont la facture minimale est une perte en vies humaines) la République de Turquie s'est engagée avec cet accord !

Nos questions demeurent, nous continuons.

Alors que les énormes obligations de la Turquie découlant de son adhésion à l'OTAN sont évidentes, quelle est la justification logique et rationnelle d'intégrer Ankara dans un nouveau pacte militaire sur ce terrain le plus fragile du Moyen-Orient ?

Le deuxième article de l'accord est un véritable champ de mines diplomatique.

Il est clair que l'accord est structuré de manière similaire au traité de l'OTAN, breveté par Washington. Cependant, utiliser dans la même phrase l'OTAN, fondée sur les dynamiques de la guerre froide, et le bourbier actuel du Moyen-Orient relève, pour le moins, d'une ignorance des relations internationales.

L'accord contient également une clause rappelant le célèbre article 5 de l'OTAN. Elle prévoit qu'une attaque contre l'une des parties soit considérée comme une attaque contre toutes les parties.

En d'autres termes, en raison des manœuvres imprudentes de l'Arabie saoudite au Yémen ou en cas de conflit direct avec l'Iran, Ankara se retrouvera automatiquement « partie prenante à la guerre ». 

Une clause prétendument restrictive et apaisante a été ajoutée au texte, stipulant que « chaque pays apporte son soutien en fonction de ses propres capacités ».

Ceux qui ont un tant soit peu lu l'histoire de la guerre savent très bien que les jeux de mots diplomatiques sur papier ne ralentissent pas la vitesse d'une balle sur le front. 

Par la nature même de la guerre, l'engagement qui commence aujourd'hui par un « soutien diplomatique » se transformera demain en soutien logistique, et le surlendemain en une intervention directe des soldats turcs dans les déserts du Yémen ou dans le golfe Persique.

Laissons de côté pour l'instant les équilibres entre l'Iran et le Golfe ; concentrons-nous sur le bourbier de Riyad au Yémen.

Où et quand les calculs politiques, confessionnels et stratégiques de l'Arabie saoudite au Yémen ont-ils coïncidé avec la vision régionale de la Turquie ? 

Pourquoi le Mehmetçik (le soldat turc) devrait-il payer la facture des aventures dans lesquelles la dynastie saoudienne s'est lancée par pur réflexe de protection de son trône ? 

Plus important encore ; les Houthis, que l'Arabie saoudite a officiellement qualifiés d'« organisation terroriste » et contre lesquels elle se bat au Yémen, seront-ils également classés dans la même catégorie par la Turquie après cet accord ? 

Demain, lorsque les définitions de menace des parties et leurs relations avec les acteurs de la région divergeront, quelle manœuvre Ankara effectuera-t-elle ? 

Les expressions vagues, flexibles et générales du texte ne répondent à aucune de ces questions vitales.

Soulignons que le plus douloureux et le plus grave est la clause de « chaînes » cachée dans l'article 16 de l'accord.

Le fait que l'accord soit à durée indéterminée et que la demande de quitter le pacte ne puisse être soulevée qu'après dix ans est un véritable suicide en politique étrangère. Dans une géographie moyen-orientale où les équilibres changent non pas en jours, mais en heures, et où les alliances fondent comme de la mousse de savon, quel esprit d'État a pu produire une telle décision de verrouiller la marge de manœuvre de la Turquie pendant dix ans ? 

De plus, la disposition selon laquelle le pays souhaitant se retirer ne peut se désengager des activités et projets déjà décidés montre clairement que la question dépassera la durée de vie politique du gouvernement actuel et hypothèque dès maintenant la volonté des futurs gouvernements et de l'État.

Cependant, au-delà de tous ces risques géopolitiques, il existe une question scandaleuse pour notre droit interne et notre démocratie.

Alors que la TBMM, lieu d'expression de la volonté nationale, n'a pas encore ratifié cet accord, et avant même que les processus constitutionnels et légaux ne soient achevés, des comités ont été formés, des réunions ont eu lieu et des décisions ont été prises comme si l'accord était déjà en vigueur.

C'est ignorer ouvertement l'ordre constitutionnel et le pouvoir législatif et de contrôle du Parlement.

Venons-en à la dimension des incohérences politiques et diplomatiques. 

Si Ankara s'est autant soucié d'assurer la sécurité de l'Arabie saoudite et de prévenir l'instabilité au Yémen, au point de considérer cela comme « vital », pourquoi n'a-t-elle pas imposé la condition de la reconnaissance de la RTCN, notre cause nationale et notre chair, à cet axe Riyad-Islamabad ? 

Pourquoi n'a-t-elle pas frappé du poing sur la table avec la même détermination pour la légitimité diplomatique de la RTCN en échange de ce pacte militaire ?

Soyons honnêtes, le besoin urgent du Moyen-Orient aujourd'hui n'est pas de nouveaux blocs militaires, des clivages sur l'axe sunnite-chiite ou des pactes sous tutelle américaine. Le besoin de la région est de prendre des mesures de confiance, de maintenir les canaux diplomatiques ouverts et de favoriser la coopération économique. 

C'est aussi clair et net que cela ! 

Chaque nouvelle alliance militaire créée déclenche des contre-alliances et dynamite une fois de plus les espoirs de paix dans la région.

Le véritable intérêt national de la Turquie n'est pas de prendre parti dans des fronts par procuration ouverts par d'autres outre-océan, ni de servir de bouclier à la sécurité des cheikhs du Golfe ; 

L'intérêt de la Turquie est d'assurer sa propre sécurité conformément à ses propres priorités nationales, selon le principe de Mustafa Kemal Atatürk : « Paix dans le pays, paix dans le monde ».

Soulignons cela au stylo rouge. 

Le pouvoir doit expliquer en toute transparence ce que l'Accord de La Mecque apporte exactement à la Turquie (s'il apporte quelque chose). 

Car ce qui sera perdu avec ces engagements militaires de soumission n'est pas seulement notre marge de manœuvre diplomatique ; c'est la capacité de décider, le cas échéant, d'entrer ou non en guerre, uniquement et exclusivement en fonction de nos propres intérêts nationaux, c'est-à-dire la liberté d'exercer le droit de souveraineté de l'État, concluons ainsi notre article.

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