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Accueil > Auteurs > Bahadır Selim Dilek > Et si ce n'était pas par ignorance...

Et si ce n'était pas par ignorance...

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Publié: 22.08.2024 06:00

Alors là, nous sommes dans de beaux draps !

C'est bien triste pour le pays, et pour nous aussi...

Il y a quelques jours, lors de son discours aux Célébrations internationales, culturelles et artistiques de Hacı Bektaş Veli, il a déclaré :

« Les Alévis ont des problèmes qui attendent une solution. La Turquie n'a pas accordé aux Alévis l'égalité des droits civiques, en raison d'une discrimination qui blesse les consciences et qui n'est jamais clairement exprimée. Malgré toutes les dispositions de la Constitution en vigueur, lors de l'élaboration et de l'application des lois, les citoyens alévis ne bénéficient pas de l'égalité des droits civiques et sont marginalisés. Leurs demandes légitimes sont ignorées. »

Il avait déjà exprimé des propos similaires, imprégnés d'identitarisme.

Critiquant la pratique des administrateurs nommés par le gouvernement (kayyum), il avait utilisé l'expression « les Kurdes sont moins égaux en Turquie », avant d'ajouter : « Les Kurdes et les Turcs sont égaux. Si les Kurdes disent "je ne me sens pas égal", alors jusqu'à ce qu'ils se sentent égaux, pour une citoyenneté constitutionnelle égale... nous lutterons ensemble jusqu'au jour où ils diront "je suis égal", pour l'égalité des Alévis. »

Nous ne négligeons évidemment pas l'effet galvanisant, enthousiasmant et renforçateur que ses paroles peuvent avoir sur ceux qui s'égarent dans le monde étroit de la politique identitaire.

Nous savons que si de tels propos étaient tenus par quelqu'un pratiquant une politique bon marché basée sur le populisme, l'ethnicisme, le confessionnalisme, voire le clientélisme local, cela ne vaudrait ni la peine de perdre du temps à critiquer, ni celle d'épuiser son souffle.

Cependant, le dirigeant d'un parti qui a sorti ce pays des ténèbres du Moyen Âge pour le faire entrer littéralement dans la modernité, qui a libéré mes concitoyens de leur condition de sujets pour en faire des citoyens dignes, sans distinction d'origine, de religion ou de confession, et qui représente — ou devrait représenter — la philosophie fondatrice de la République, ne peut pas, ne doit pas parler ainsi.

Soulignons-le avec un trait épais.

La demande de changement qui l'a porté à la présidence du parti reposait aussi, en arrière-plan, sur le fait que Kılıçdaroğlu n'avait pas montré une sensibilité suffisante à la question de la laïcité au cours de ses 13 années de mandat.

Mes concitoyens ont appris, par leur propre expérience, ce que coûte l'élimination effective de la laïcité.

En fin de compte, au cours des 22 dernières années, non seulement nous n'avons pas progressé d'un pouce, mais nous nous sommes enlisés dans la médiocrité, voire en dessous, dans presque tous les domaines.

Alors que le pays était entraîné dans un marécage par l'effet délétère et corrupteur de cette mentalité archaïque, Kılıçdaroğlu a ignoré les principes de son parti ; il a légitimé les approches religieuses et confessionnelles du pouvoir, est resté silencieux face à la poussée du pays vers les ténèbres médiévales pour ne pas déplaire aux fanatiques, et a préparé le terrain pour le parlement le plus réactionnaire de l'histoire de la République en offrant 39 députés aux islamistes politiques.

Finalement, les délégués du CHP ont tranché et ont renvoyé Kılıçdaroğlu chez lui.

Ceux qui voyaient dans le retour aux paramètres fondateurs de la République le seul moyen d'échapper à la mentalité islamiste attendaient, après le congrès, que l'accent soit mis davantage sur la laïcité, et que les droits et libertés fondamentaux, la nation et le nationalisme soient placés au premier plan.

Il n'en a rien été.

Son successeur a continué là où son prédécesseur s'était arrêté. Et il ne s'est pas contenté de continuer, il est allé encore plus loin.

Une fois installé dans son fauteuil, il aurait dû, sans perdre de temps, soigner les blessures ouvertes par la politique identitaire qui, depuis 13 ans, prend en otage la base du CHP.

Il ne l'a pas fait.

Pourtant, il est impossible qu'il ignore que le concept de « citoyenneté égale », devenu un leitmotiv du PKK et très prisé par les faux gauchistes, les bénéficiaires de fonds étrangers, les protégés de l'UE et les partisans du kurdisme, est un jargon impérialiste produit pour diviser le pays, d'abord mentalement, puis physiquement.

Il ne voit pas, ou ne veut pas voir, le danger clair et immédiat.

Il persiste et insiste dans cette voie.

Il évite soigneusement de prononcer les mots « laïcité » et « sécularisme ». Tout comme l'autre, il fait tout son possible pour ne pas froisser les fanatiques.

À l'inverse, nous soulignons que le remède aux souffrances infligées à mes concitoyens par le pouvoir actuel n'est pas le sophisme de la « citoyenneté égale » poussé depuis l'autre côté de l'Atlantique, mais un État-nation fort, reconstruit sur la laïcité et « l'égalité des citoyens ».

Signalons une fois de plus que dans ce pays, l'antidote à l'islamisme politique n'est pas le confessionnalisme alévi, que la liberté de religion et de conscience ne peut être garantie que par la laïcité, et qu'il est crucial que la religion soit retirée de la sphère publique pour être laissée à la conscience des individus.

Mais à ce stade, la question dont la réponse est d'une importance critique est la suivante : devons-nous expliquer ses déclarations, diamétralement opposées aux principes et à la philosophie du parti qu'il dirige ainsi qu'à l'héritage spirituel laissé par Mustafa Kemal Atatürk, simplement par le fait qu'il n'a pas été formé à l'école du parti du CHP, qu'il n'est pas passé par l'enseignement des républicains, bref, par son ignorance politique ; ou devons-nous, en tenant compte de son désir de rapprochement et d'apaisement avec Tayyip, penser qu'il a un agenda différent ?

Laissons la réponse à cette question délicate au lecteur et mettons un point final à notre article.

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