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Sur le budget

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Publié: 28.10.2026 06:00

Les sombres semi-intellectuels qui ont donné leur feu vert au passage au système présidentiel en Turquie avec l'expression « pas assez, mais oui » doivent aujourd'hui rendre des comptes à toute la société : les libertés ont-elles augmenté avec ce système, ou ont-elles été restreintes ? Examinons brièvement les questions des libertés, du concept de peuple et du droit d'usage de la richesse dans le processus budgétaire, qui est un indicateur de ce processus grave. 

Il n'est nul besoin de regarder la Loi de finances qui sera publiée au Journal officiel. Car la première phrase de la Loi de finances sera certainement : "Les objectifs fondamentaux du Programme de l'année 2027, dans le droit fil de l'objectif ultime d'accroître le niveau de prospérité du pays ; sont d'augmenter la croissance et l'emploi, de réduire le déficit courant, de maintenir une position forte dans les finances publiques, d'assurer et de pérenniser la stabilité des prix", commençant par une phrase aussi fleurie que trompeuse. Mais dans le processus réel, les choses ne se passeront pas du tout ainsi, car les représentants des travailleurs, des retraités et du grand public seront absents lors de la préparation et de la discussion du budget. 

En tant que document politique par lequel le Parlement autorise le pouvoir exécutif à légiférer sur la part de la production sociale à allouer à quel service public, le budget public soulève deux questions importantes. La première est celle de la part du revenu national qui sera allouée aux dépenses publiques et de la manière dont cette allocation sera répartie entre les services publics ; la seconde est celle des types d'impôts et autres postes de revenus publics à partir desquels les ressources nécessaires seront fournies. Cependant, lorsque l'on aborde la question sous l'angle de la nature sociale du budget, il apparaît que, tant du point de vue de la répartition de la charge sociale du coût des services publics que de la répartition des bénéfices sociaux des dépenses publiques, le budget est un document à faible caractère social, orienté vers l'accumulation du capital, conformément à l'idéologie du système. Le budget, considéré comme l'un des fondements de la démocratie bourgeoise, est par essence un instrument financier public de nature formelle, loin d'assurer la démocratie économique et ne parvenant qu'à assurer partiellement la démocratie politique, à l'ombre de la formation du Parlement et de l'idéologie du système. Le moyen de faire avaler un tel document au peuple est de citer l'expression figurant dans la phrase d'introduction comme première phrase de la loi de finances presque chaque année budgétaire. 

La préparation du budget 2027 se poursuit à toute vitesse au Parlement. Les débats houleux et les affrontements entre l'opposition et les partisans du gouvernement lors des réunions de la Commission du budget concernant chaque département dépensier sont souvent relayés par la presse. Si, dans un demi-siècle ou plus, des chercheurs examinaient ce qui se passe aujourd'hui sous le toit du Parlement, ils s'accorderaient à dire que ce qu'ils voient n'est qu'une « querelle de bateliers ». On pourrait croire qu'à la suite des débats houleux au Parlement, l'adoption du projet de budget permet d'atteindre un niveau de décision optimal, assez proche de la justice sociale par une décision démocratique, en dehors du fonctionnement du marché. Pourtant, dans les démocraties bourgeoises, la question ne se déroule pas du tout ainsi. L'expression fleurie que les gouvernements ne manquent jamais d'insérer au début de chaque projet de budget annuel est martelée dans les esprits et les cœurs, mais n'est pas appliquée. La différence entre le discours et l'application réelle repose sur la différence entre les visions de la démocratie politique et de la démocratie économique.

La définition du budget, qui semble agréable à l'oreille et crée un souffle de démocratie puissante à la première perception, s'effondre comme un château de cartes en raison de son vide intérieur lorsqu'on la gratte un peu. Le fait que les promesses faites dans les textes budgétaires ne soient pas écrites dans le texte, ni réalisées, découle de l'infrastructure et de la logique du système capitaliste. Lorsque nous regardons l'histoire du capitalisme, nous voyons que deux concepts de démocratie différents ont émergé à la suite de deux mouvements révolutionnaires de nature différente. Le premier est le concept et la pratique de la « démocratie politique », connue sous le nom de démocratie bourgeoise, apparue après la Révolution française de 1789 et toujours en vigueur. Le second est le concept et la pratique de la « démocratie économique », née dans les années 1840 en Angleterre à la suite du développement de l'industrie, qui prend également en compte la répartition du revenu social. Aujourd'hui, dans presque tous les pays capitalistes, la philosophie de l'administration publique est traitée et appliquée dans le contexte du concept de démocratie politique. Selon cette vision, chaque citoyen est égal et, en tant que citoyen égal, possédant la liberté de voter et d'être élu, dans l'utopie du citoyen égal, en tant qu'électeur ou déterminant des élus, chaque citoyen peut, directement ou indirectement, avoir son mot à dire sur le montant à transférer de la production nationale vers le domaine public et sur la répartition de ce montant dans les canaux de dépenses.  

Pourtant, cette approche est contraire à la fois aux dynamiques du système capitaliste et à la nature de classe de l'État capitaliste. Dans les dynamiques de fonctionnement capitaliste, d'une part, la répartition du revenu social se détériore et des classes se forment, et d'autre part, l'État se dépossède pour se transformer en une structure d'État fiscal, tombant sous l'influence et la domination de la classe propriétaire-capitaliste. Dans ces conditions, la structure étatique, qui s'éloigne de la classe laborieuse et du peuple, devient dépendante du capital. Si les coulisses du fonctionnement nous envoient ces signaux, alors où placer les discours populistes dans les budgets et les explications superficielles et formelles des manuels scolaires ? D'une part, il est déjà clair, par la différence entre ce qui est promis chaque année et ce qui se passe réellement, que les discours positifs et populistes figurant dans les sections introductives des lois de finances sont une sorte de processus visant à masquer le fonctionnement ou à créer un consentement social. Alors, quand on se demande comment la société ne parvient pas à réagir à une contradiction aussi flagrante répétée chaque année, ou à demander des comptes à ses représentants au Parlement, nous sommes confrontés à l'idéologie du système qui entrave notre pensée et à des propagandes politiques à fonction idéologique chargées de fonctions similaires. Cependant, ce qui se passe réellement n'a rien à voir avec ce qui est promis dans les lois de finances, ni avec ce qui est énuméré dans les manuels scolaires ; et cela ne peut pas l'être, car dans les deux sources, l'objectif caché n'est pas de refléter la vérité, mais de transférer des ressources de la classe qui crée la valeur nationale vers la classe capitaliste sans trop de « vol », et de légitimer ce transfert en le légiférant par le document budgétaire, le plaçant ainsi sous la protection de l'État. Ce processus est réalisé à chaque étape et dans chaque domaine, de la taille du budget à la répartition de la charge fiscale sociale et au partage des fonds publics entre les postes de dépenses.

Dans ces conditions, il est inutile de piétiner continuellement les postes budgétaires. Car tout le document, jusque dans ses moindres détails, est le résultat d'un système et d'un fonctionnement. Diriger la critique vers le budget empêche de porter l'attention sur la source principale et donne à la société la conviction que les choses et le fonctionnement pourraient être corrigés si des changements importants étaient apportés au budget. C'est pourquoi il est nécessaire et plus significatif de regarder non pas le budget, qui est par essence un résultat, mais les processus de mouvement du capital qui forment la base de l'affaire et la structure et la philosophie de l'État construites sur cette base. 

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